chapitre 1 (partie 4)

- Jessica, ce que tu as vu dans la forêt n’était que le fruit de ton imagination. Tu étais encore en état de choc, tu ne savais plus ce qui se passait autour de toi. La peur t’a fait interpréter chaque mouvement de manière plus…impressionnante qu’ils ne l’étaient vraiment. Me dit-il d’une voix étrange, comme si chacun de ses mots se voulaient être d’une grande persuasion. Il avait articulé chaque syllabe de manière à être certain que j’en saisisse tout le sens.

- Jeremy, je ne suis pas débile! Ok? Donc tu n’es pas obligé de me parler ainsi. Et je sais très bien ce que j’ai vu, ce n’était pas le fruit de mon imagination. Alors si tu ne veux pas me dire la vérité, je te prierais au moins de ne pas me prendre pour une conne, lançai-je avec un petit sourire insolent.

Jeremy se figea stupéfait, les yeux écarquillés. Comme si j’avais dit quelque chose d’incroyable. Pensait-il vraiment que j’étais assez bête pour ma laisser dicter ce que je devais croire? Ou peut-être avait-il été choqué pas la légère vulgarité de mes propos…

- Bon, d’accord, j’avoue que je n’aurais pas du te parler sur ce ton. Tu viens de me sauver la vie et c’est un peu déplacé de ma part…

- Non, ce n’est pas ça. Excuse moi, c’est juste que je pensais à autre chose, je…laisses tomber ce n’est rienn me coupa-t-il.

Je n’en croyais pas un mot, mais je me gardais bien de lui dire. Il ne semblait pas vouloir se confier de toute façon, et je ne me sentais pas en position de lui reprocher quoi que ce soit après ce qu’il avait fait pour moi.

- Tu te sens en état de conduire, s’assura-t-il avant de se diriger vers le côté passager.

J’inspectai prudemment l’état de mon poignet, et effectuai quelques rotations. Je fus soulagée de constater qu’il n’était pas cassé, et que la douleur vive de ma chute s’était bien dissipée. J’allais avoir un beau bleu et une bonne inflammation, mais rien de grave.

- Oui, merci ça ira. Mais, n’es-tu pas venu avec ta voiture? M’enquis-je étonnée.

- Euh…si mais je reviendrais la chercher demain. Je préfère ne pas te laisser seule après ce qui vient de se passer. Tu es sure que tu ne préfères pas que je prenne le volant? S'inquiéta-t-il.

- Certaine, l'assurai-je en me glissant derrière le volant. Je n'avais pas envie de passer pour une petite nature traumatisée, et préférais conduire à mon allure pour le garder le plus lontemps possible à mes côtés.

Aucun de nous ne brisa le silence durant les 15 premières minutes, ce qui ne fit qu’aggraver la tension palpable entre nous.

  

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- Tu conduis toujours aussi vite? Finit-il par demander d’un air gentiment moqueur qui me décrispa un peu.

- Oui, je suis une conductrice très prudente monsieur l’agent, au moins je ne risque pas de recevoir une amende!

- Ça reste à voir. Les responsables de bouchons sont aussi bien passibles de sanctions que pour les excès de vitesse. Je n’ai jamais vu personne conduire aussi lentement, à part peut-être les fermiers sur leurs tracteurs!

Nous éclatâmes d‘un rire mutuel, ce qui détendit un peu plus l’atmosphère.

- Cela m’étonne qu’une fille aussi prudente que toi puisse suivre un parfait inconnu dans les bois, fit-il alors remarquer. Une légère intonation de reproche dans la voix. Je me sentis rougir de honte à l’idée de ce qu’il pouvait imaginer.

- Oui je sais, j’ai vraiment été très stupide sur ce coup! Adrien avait vraiment l’air inoffensif, je ne me suis pas méfiée.

- C’est un piège classique, on envoie une jeune fille aguicheuse ou un jeune homme charmant pour attirer les gens seuls et vulnérables.

- Je suis une vraie touriste! Admis-je sans aucune fierté.

- Tu seras plus prudente la prochaine fois.

- Et comment! Je crois que je viens de perdre le peu de sociabilité qu’il me restait en stock. J’adhère définitivement et entièrement à ma paranoïa, déclarai-je sincèrement. Enfin, si l’idée que je puisse me mettre en danger avait pu le convaincre de m’escorter continuellement, je n’étais plus très sure de vouloir être si prudente!

  

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Lorsque nous arrivâmes enfin chez moi, bien trop tôt! Jeremy m’assura que l’un de ses collègues passerait le chercher, et qu’il refusait catégoriquement de me laisser seule cette nuit. Il ne partirait pas avant de m’avoir vu passer la porte de mon domicile, où mon frère pourrait veiller sur moi. Il m’escorta donc jusqu’à la porte, s’évertuant à laisser entre nous une distance un peu trop large à mon goût.

- Encore merci de m’avoir sauvé la vie. Si tu n’avais pas été là…

- N’y penses plus. Le pire ne s’est pas produit, alors ne l’évoquons pas. Me coupa-t-il d’un air horrifié par cette idée.

- Et…je voulais te demander…si il serait possible de ne pas ébruiter ce qu’il s’est passé ce soir. Tu comprends, mon frère ne le supporterais pas et surtout, je risquerais d’être punie à perpétuité.

Ma requête sembla étrangement lui plaire, et je sentis une sorte de soulagement dans son regard.

- Bien sur, aucun problème. Mais, comment vas-tu lui expliquer pour les traces sur ton visage?

- Oh, ne t’inquiète pas. Je suis la reine du bobard parental! Tant que tu ne parles de ça à personne, il ne se doutera de rien.

- Je resterais muet comme une tombe, promit-il en m’adressant le plus charmeur de tous les sourires.

Au moment de se dire au revoir, il sembla soudainement très mal à l’aise. Comme si il doutais de la manière la plus adéquate de me saluer. Puis il se décida enfin à me faire la bise. Pas aussi froid que ça aurait put l’être, mais surtout pas aussi chaud que je l’aurais souhaité.

Je profitai tout de même de ce geste pour effleurer le plus doucement, et le plus sensuellement possible sa joue du bout de mes lèvres. Ce qui sembla le troubler tout autant que moi, à ma grande satisfaction. Son regard trahissait tout le désir que son attitude avait tenté de cacher, en vain. Et ça me rassurait. J'allais enfin me décider à entrer lorsque je me rappelai que je portais encore sa veste sur mos dos. Mon frère trouverait cela bien trop suspect de me voir entrer habillée d'une veste d'homme sans aucun autre vêtemêment dessous pour me couvrir. Je m'empressai alors de retourner à la voiture.

- Mais où est-ce que tu vas encore? S'étonna Jeremy en m'observant d'un air inquiet.

Je ne pris pas la peine de lui répondre et me dépéchai de farfouiller dans le coffre à la recherche de mon sac de jym. Avec un peu de chance, Théo l'aurait laissé trainer comme à son habitude.

Je soupirai de soulagement en le retrouvant applatit sous la bâche de peinture, au mileu des autres objets abandonnés dans son coffre. Sa voiture était aussi bordélique que son bureau, une vraie caverne d'Alibaba! Mon sac n'en n'avait pas bougé depuis la fin des cours deux mois plus tôt, et bien que l'odeur des vêtements chiffonés à l'interieur laisse à désirer, j'étais bien contente qu'aucun de nous deux n'ait pris la peine de le sortir. Sans aucune pudeur, j'ôtai la veste de Jeremy sous ses yeux stupéfaits et enfilai un vieux tee shirt gris. La rue était déserte, ainsi je ne craignais pas d'être surprise en plein déshabillage. Je ne me pressai donc pas de me couvrir trop vite, espérant bien qu'il ne manquerait rien du spectacle. Il ne prit pas même la peine de detourner son regard, et je ne pus m'empêcher de lui adresser un petit sourire malicieux en lui rendant sa veste.

  

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Je dus raconter à Théo une histoire à dormir debout au sujet d’une chute vertigineuse de l’un des manèges de la fête foraine. J’aurais soi-disant paniqué dans une attraction trop rapide, et aurais tenté de descendre en plein milieu du circuit, prise de panique par la vitesse… Ce qui était tout à fait crédible, étant donné ma peur des manèges à sensation. Et puisque cette mésaventure m’était déjà réellement arrivée quelques années plus tôt, où j’avais finit à l’hôpital avec une belle fracture, il n’eut aucun mal à croire que je puisse en être capable. J’eus droit à un sacré remontage de bretelles, mais très léger en comparaison de ce qu’aurait été sa réaction si il avait eu connaissance de la vérité. J’aurais été privée de sortie jusqu’à la ménopause si il avait su que j’avais failli me faire violer, après avoir suivit un inconnu dans la foret en pleine nuit. C’est sur que dit comme ça…je passait pour une gamine attardée et inconsciente, totalement irresponsable. Peut-être l’étais-je réellement? Ce qui était certain, c’est que j’avais bien retenue la leçon et que je n’avais besoin d’aucune punition supplémentaire pour ne plus jamais recommencer.

  

  

  

  

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Cette nuit là, j’eus tout autant de mal que la veille à trouver le sommeil. A présent que je me retrouvais seule, je réalisai avec horreur la gravité de ce qui m’était arrivé et surtout, à côté de quoi j‘étais passée. Mais aussi la chance que j’avais eu d’être miraculeusement secourue, et encore plus par un homme qui me plaisait terriblement, et que je semblais ne pas laisser indifférent. Un tas de questions dont je doutais d’obtenir les réponses tourbillonnaient bruyamment dans mon esprit, et malgré la lourdeur de mes paupières, je ne réussis pas à m’endormir avant 3h du matin. Comment Jeremy m’avait-il retrouvé aussi vite dans une forêt dont moi-même je n’aurais pu trouver la sortie par cette nuit si sombre? Comment avait-il fait pour désarmer, tabasser…et peut-être même tuer ces hommes armés et supérieurs en nombre? Je n’avais pourtant détecté aucune arme sur lui, et je doutais que celle-ci aurait pu m’échapper, si il en avait bien porté une. Car je n’avais pas pu m’empêcher de détailler scrupuleusement chaque parcelle de sa prodigieuse anatomie dans les moindres détails. Et cette rapidité incroyable dont-il avait fait preuve en se déplaçant entre mes agresseurs? Non, ce n’était pas possible d’être aussi rapide, même pour le plus doué des sportifs de haut niveau…ni même pour un animal, me fis-je curieusement remarquer.

Jeremy et sa bande dégageaient quelque chose de mystérieux, mais à présent, j’étais persuadée qu’il ne s’agissait plus d’une simple impression. Au-delà de leur charisme envoûtant et de leurs drôles de manières, ils étaient réellement « spéciaux ». Et je voulais… non, j’avais besoin de découvrir leur secret, de connaître la vérité. Curieuse moi? Oh que oui! Et certainement bien trop… Lorsque j’avais une idée en tête, elle avait la fâcheuse tendance à virer à l’obsession. Et puisque Stefan, et depuis peu Jeremy, m’obsédaient déjà par les sentiments qu’ils avaient suscité à mon cœur… je ne risquais plus de les lâcher tant que je n’aurais pas mes réponses. Et plus têtue que moi, c’est difficile à imaginer!

  

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Parmi ce flot intense de questions, suppositions et autres réflexions à leur sujet, une autre pensées s‘engouffra brusquement dans mon esprit. Qu’était-il advenu d’Adrien? Avait-il été tué par ses complices avant qu’ils ne se lancent à ma poursuite? Se pouvait-il qu’il soit encore à leur campement, seul et blessé, loin de tout secours? Un nœud se noua dans mon estomac, en réalisant que je n’avais pas même pensé à le signaler à Jeremy. Je ne m’étais pas préoccupé de son sort, et l’avais tout simplement oublié en me focalisant sur la contemplation mon sauveur. La culpabilité m’oppressa  brutalement comme un étau glacial, je me sentis soudain fébrile en comprenant la gravité de ce que j’avais fait, ou plutôt de ce que je n’avais pas fait. Tous les muscles de mon corps engourdis de fatigue se contractèrent brusquement, je me redressai tout à coup sur mon lit comme propulsée par un ressort. Un sentiment d’urgence me pressait pour que je réagisse, mais que pouvais-je bien faire? Prévenir Théo et bousiller la version des faits que j’avais eu tant de mal à lui faire gober, au risque de le payer très cher? Appeler Jeremy…comment? Je n’avais même pas son numéro de téléphone. Je tentais de retrouver mon calme de manière à réfléchir efficacement. Prenant sur moi pour ne pas céder à la panique, je me rassis sur mon lit en respirant profondément. Cela ne servirait à rien de s’agiter dans tous les sens, et je devais me détendre pour me concentrer et trouver une solution. Certes, je pouvais ameuter la police et le SAMU, réveiller mon frère et lui avouer toute la vérité, et Adrien aurait une chance d’être secouru. Enfin, si seulement il en avait besoin...et je n’en était pas certaine. Il pouvait tout aussi bien être mort, et dans ce cas je m’attirerais des ennuis pour rien. Comme il pouvait s’être enfui lâchement sans attendre le retour de ses copains, et je m’exposerais ainsi inutilement à de lourdes conséquences avec mon frère. De plus, je pressentais que Jeremy non plus ne souhaitait pas que les détails de son incroyable sauvetage ne s’ébruitent, et je risquais de lui attirer des ennuis… Et puis, étais-je vraiment certaine qu’Adrien mérite que je prenne ainsi le risque d’encourir la moindre sanction pour lui? Il m’avait bien fait courir le risque de me faire violer, en sachant pertinemment de quoi étaient capables les hommes à qui il m’avait livré.

 

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 Cela ne lui avait posé aucun problème de jouer avec ma vie. Et même si il n’était pas un monstre comme ses « amis », c’était bien lui qui m’avait balancé dans la gueule du loup. Il n’avait pas été passif ni innocent, et le fait qu’il soit un être faible et influençable n’excusait en rien ce qu’il avait fait. Si il y avait moins de lâches et d’égoïstes en ce monde, les vrais méchants n’auraient aucun pouvoir. Ce n’est pas parce qu’on agit sous l’effet de la peur ou par manque de caractère que l’on en est moins coupable! Alors, tout bien réfléchi…Non, je n’allais pas risquer de me pourrir la vie en me faisant punir pour quelqu’un qui avait délibérément choisi de miser mon corps et ma vie dans le seul but d’impressionner sa bande. Il avait fait son choix, et ce n’était pas à moi d’en subir les conséquences. J’avais déjà suffisamment payé le prix de ses erreurs en me faisant traquer et cogné dessus. Non…je n’avais pas à me sentir coupable! Avoir survécu ne m’imposait aucune responsabilité envers lui, car si mon corps ne gisait pas froid et nu dans la forêt en cet instant, ce n’était pas grâce à lui.

 

 

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Après mûres réflexions, je finis par me résoudre à attendre qu’il fasse jour pour appeler le commissariat. Je n’aurais qu’à demander à m’adresser directement à Jeremy. Je lui parlerais d’Adrien, et il ferait ce qu’il avait à faire. Et si c’était trop tard pour lui… Je repoussai cette idée qui m’était trop difficile à supporter.

De toute façon, à l’heure qu’il était, j’aurais dut être morte après m’être fait sauvagement violer. Je ne lui devais rien, à part peut être de la rancœur et de la haine pour le piège qu‘il m‘avait tendu sans aucun scrupule. Mais je ne lui souhaitais pourtant aucun mal, je ressentais même de la pitié et de l’inquiétude à son égare, et c’était déjà beaucoup plus qu’il ne le méritait… Oui, j’étais bien en train de chercher des arguments pour me convaincre que je n’étais pas coupable! Cherchais-je à me justifier auprès de ma conscience? Peut-être, car c’était bien par lâcheté et égoïsme que j’allais tranquillement me recoucher, et fermer les yeux sur le danger qu’était certainement en train de courir Adrien. J’étais moi aussi, en train de faire passer mes intérêts avant sa sécurité en décidant de ne pas agir. Soit! Qu‘il en soit ainsi. Au moins, je ne me mentais pas à moi-même. Cette décision ne correspondait peut être pas aux principes qui m’étaient chers mais étrangement, elle s’imposait à moi avait un sentiment de justice. Deux petites voix contradictoires s’agitaient dans ma tête, chacune exprimant des opinions incompatibles. Il m’arrivait souvent de ressentir cette impression de duel entre deux parts de moi-même. L’une était émotive, sensible et faible, elle me rendait vulnérable face à mes sentiments; Et l’autre, bien plus sombre et froide, vide de toute compassion, qui se dressait parfois en moi telle une armure lorsque la première me mettait trop en danger. Elles ne s’étaient jamais entendues, et la plupart du temps c’était bien ma sensibilité qui gouvernait mon esprit. Mais ce soir, ce ne fut pas elle qui eu le dernier mot. Et les convictions de ma petite voix sombre prirent le dessus.

 

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Puisque ma sensibilité et ma foi en la bonté humaine m’avaient poussé à faire confiance et à me faire piéger, je décidai de ne plus l’écouter pour aujourd’hui. Adrien était coupable, et il méritait tout ce qu’il pourrait lui arriver. A peine cette pensée se fut-elle imposée à mon esprit que tout sentiment de culpabilité et d’inquiétude pour lui s’évaporèrent instantanément de moi.

Quoi qu’il en soit, j’avais espéré une existence plus palpitante, et j’avais été servie! Je ne doutais pas que ce jour hante à jamais mes cauchemars…et aussi quelques rêves bien sur. Sue ne me croirait jamais lorsque je lui raconterais…

 

 

 

 

 

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Si il y a bien une chose que je ne supporte pas, c’est d’être réveillée avant midi lorsque je suis sensée être en vacances. Particulièrement quand mes cogitations nocturnes m’ont maintenue éveillée jusqu’à 3h du matin. Mais Théo ne semblait pas partager mon amour pour la Sainte et sacrée grasse matinée. Et puisqu’il s’était autoproclamer «  maître du monde » à la maison, c’était lui qui décidais de l’heure à laquelle je devais me lever. «  Ce n’est pas bon pour toi de dérégler ton cycle de sommeil, il faut garder les bonnes habitudes même en vacances… »  Justifiait-il pour légitimer ses tendances tyranniques.

Il n’était que 11h20 du matin, lorsqu’il déboula le moins silencieusement possible dans ma chambre pour ouvrir en grand les rideaux. Je fis mine de ne pas l‘avoir entendu, espérant ainsi gagner un petit sursis sous ma couette. Mais ça ne prenait pas avec lui. Il savait pertinemment combien je pouvais être sensible au moindre bruit le matin, et qu’il en avait fait suffisamment pour me tirer du sommeil.  Avec le temps, il avait aussi finit par comprendre que la manière douce n’était nullement efficace pour me séparer de mon lit. Je l’entendis chercher parmi ma pile de CD un instant, ne me laissant aucun doute sur la méthode qu‘il emploierait aujourd‘hui. Il ne dut pas y trouver ce qu’il recherchait, aussi revint-il sur ses pas et disparut de la chambre. Je n’étais pas naïve, et connaissais suffisamment mon frère pour ne pas espérer qu‘il renonce aussi facilement. Il me laissa à peine le temps retomber dans les bras de Morphée, puis revint brusquement à l’assaut de ma chaîne stéréo. N’ayant pas trouvé d’horreurs inécoutables dans ma propre collection, il avait eu la brillante idée d’aller chercher une musique de son cru. J‘eu à peine le temps de réfléchir à ce qui m‘attendait qu’un vacarme assourdissant envahit brusquement ma chambre. Je reconnus avec effroi ce qui semblait être une fanfare de trompettistes et autres terroristes de la musique. Le volume de ma stéréo monté au maximum me força instantanément à m’éjecter de mon lit pour l’éteindre. Même la plus obstinées des marmottes n’aurait su s’accrocher à son sommeil sous pareilles tortures. Si il y un talent que je dois reconnaître à mon frère, c’est bien d’être persuasif!

 

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- Tu aimes? C’est l’enregistrement de la fanfare de ma dernière année de lycée. Je l’ai conservé pour de grandes occasions. Annonça-t-il d’un air ravi. Il trouvait ça très drôle, mais moi pas. Je n’étais déjà pas du matin, mais là…

- C’est les vacances bordel! Tu ne pourrais pas me laisser profiter des quelques grasses matinées qui me restent avant la rentrée? C’est trop demander, gueulai-je de mauvais poil en me précipitant pour éteindre cette horreur.

- Il est déjà 11h30, c’est-ce que j’appelle une bonne grasse matinée, rétorqua-t-il d'un air blasé. Nous avions déjà joué cent fois la même dispute, et il n’était plus motivé à débattre sur le sujet.

- Tu avais dis que je devais me lever avant midi, ce qui signifie que j’avais le droit de dormir jusqu’à 11h59, d’après ton propre règlement, renchéris-je de mauvaise fois.

- Oui, mais je dois partir dans 5 minutes alors je voulais être sur que tu te lèverais avant mon départ. Tien d’ailleurs, je vais être en retard signala-t-il en consultant sa montre.

- Je te laisse le CD ou…? Ne put-il s’empêcher d’ajouter avant de passer la porte en m‘adressant le plus sadique de ses sourires.

- Non ça ira, Merci! Et puis d’abord, votre fanfare était vraiment pourrie! Tu aurais mieux fait d’entrer dans un gang, c’est moins dangereux pour les civils! Gueulai-je dans le vide pour avoir au moins le dernier mot, à défaut d‘avoir gagné la bataille.

Rien de tel qu’un réveil traumatisant pour m’inspirer quelques vannes. Mais mon frère n’était déjà plus là pour l’entendre.

 

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Je me traînai jusqu’à la cuisine sans prendre le temps de m’habiller. Une journée ne commence jamais vraiment avant le premier café du matin, et j’appréciais de rester le plus longtemps possible en pyjama.

Une fois ma première cafetière avalée, je me sentis enfin totalement réveillée. Et toutes les pensées qui m’avaient torturé la veille assaillirent de nouveau mon esprit. Étrangement, ce fut mon inquiétude pour Adrien qui me frappa la première. Ma carapace d’insensibilité de la veille avait du s’évanouir durant mon sommeil, laissant de nouveau place à un sentiment de culpabilité. Comme je l’avais prévu la veille, je m’empressai de joindre le commissariat. Ce fut Denis qui répondit à l’accueil, quelle petite veinarde je suis! J’eus droit à un interminable et très enthousiaste monologue de plus d’un quart d’heure avant qu’il ne se décide enfin à m’écouter. Il sembla très surpris que je ne demande pas à parler à mon frère, et le fut encore plus lorsque je lui dis que je voulais m’adresser à Jeremy.

- Je suis désolé mais il n’est pas au bureau aujourd’hui, s’excusa-t-il. De quoi voulais-tu lui parler? Je peux lui faire passer un message quand il reviendra, ne put-il s’empêcher de proposer d’une voix bien trop curieuse.

- Non, merci Denis ça ira. J’allais raccrocher, mais quelque chose en moi m’interdit d’abandonner ce pauvre Adrien à son sort. Culpabilité quand tu nous tiens! Si il y avait la moindre chance qu’il soit encore en vie dans cette foret, je ne pouvais pas perdre une minute de plus à me taire.

- Euh…y a-t-il quelque un d’autre de l’équipe « Spéciale » à qui je pourrais parler, finis-je par demander hésitante.

- Je transfère l’appel dans leur bureau si tu veux? Mais…tu es sure que je ne peux pas t’aider. Moi aussi je suis inspecteur et…

- Merci Denis, ça ira, le coupai-je sans ajouter la moindre explication pour satisfaire sa curiosité.

 

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Je fus mise en attente quelques minutes qui me semblèrent interminables et commençai à douter que quelqu’un me répondent lorsqu’une voix masculine finit par me parler.

- Oui, c’est pour quoi? Grogna sèchement mon interlocuteur, d’un ton glacial et agacé, comme si mon appel le dérangeait. Mon petit doigt me dit que cette voix si désagréable ne pouvait être que celle de Stefan. Ma gorge se serra soudainement, et les battements de mon cœur s’accélérèrent malgré moi lorsque je compris que c’était bien lui à l’autre bout de la ligne. Aucun son ne réussit à sortir de ma bouche, pétrifié par l’assaut brutal de mes émotions incontrôlables

- Qui est-ce? S’impatienta-t-il face à mon silence ridicule. L’espace d’un instant, je faillis raccrocher dans un élan de panique. Je ne savais plus quoi dire, ni même comment parler. Mais j’étais certaine que Denis me balancerait si Stefan lui demandait qui avait appelé. Je n’aurais alors plus qu’à me laisser mourir de honte de m’être ainsi ridiculisé.

La bouche sèche, je finis tout de même par articuler d’une petite voix étranglée:

- Euh…Bonjours, c’est Jessica, la sœur de l’inspecteur Lorens. Je voulais joindre Jeremy au sujet de l’endroit où…il m’a trouvé hier soir.

Je n’étais pas certaine que Jeremy ai partagé l’incident de la veille avec son équipe, mais je me doutais qu’il préfèrerait que je m’adresse à eux plutôt qu’aux autres flics.

- Quel incident? S’étonna-t-il avec impatience.

Apparemment, il ne leur avait rien dit. Et zut! J’espérais ne pas être en train de faire une boulette monumentale.

 

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- Euh…pourriez vous juste lui faire passer au plus vite le message et lui dire qu’il y avait peut-être une autre victime près de l’endroit où il m’a trouvé. Je n’ai pas pensé à la lui signaler, et je m’inquiète un peu pour ce garçon. Il à peut-être besoin de secours, mais je n’en suis pas certaine... Bafouillai-je maladroitement. Je préférais en dire le moins possible, au cas où j’avais fais une erreur. Attirer des ennuis a Jeremy était bien le dernier de mes désirs.

Stefan resta silencieux un instant, ce qui ne fit qu‘augmenter d‘un cran mon état de nervosité.

- Pourquoi était-il avec toi hier soir? Ou étiez-vous exactement? Finit-il par reprendre d’un air suspicieux, comme si la conversation devenait un interrogatoire. Pourquoi avais-je l’étrange intuition que Jeremy n’aurait pas du être en ma compagnie?

- Je l’ai croisé par hasard…

- Où ça? Insistâ-t-il sur un ton un peu trop agressif à mon goût. Ma timidité se changea soudain en irritation. Il avait beau être l‘homme le plus séduisant de cette foutu planète, cela ne lui octroyait aucunement le droit de me parler ainsi. Il m’aurait été impossible de l’envoyer promener si il avait été face à moi, à me fixer de ses yeux magnifiques. J’aurais peut-être même fondu en larme. Mais là, je n’avais à faire qu’au son de sa voix désagréable. Et ça ne suffirait pas à me paralyser d’admiration.

Je me raclai la gorge avant de lui répondre d’une voix plus ferme et assurée, toute aussi désagréable que la sienne.

- Stefan, je vous demande simplement de lui faire passer mon message dans les plus brefs délais. Si vous n’en n’êtes pas capable, passez moi donc quelque un de plus compétent, me surpris-je à balancer sous l’effet de la colère.

 

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Il ne s’attendait certainement pas à une telle réaction de ma part, et hésita quelques instants avant de me répondre.

- Comment sais-tu que c’est bien à Stefan que tu t’adresses, demanda-t-il sur un ton moins agressif.

- Je ne connais pas vraiment les autres membres de votre équipe, mais je doute qu’ils puissent tous être aussi désagréable que vous. Me contentais-je de répondre.

Stefan ne devais pas être habitué à se faire casser ainsi. Il me sembla entendre un léger ricanement, et devinai qu’il était entrain de sourire. Mes réactions impulsives ont tendance à surprendre ceux qui ne me connaissent pas, ils s’imaginent toujours que ma timidité s’accompagne d’un manque de caractère. Malheureusement pour eux, mon incapacité à contrôler mes émotions et ma susceptibilité exacerbée sont bien plus tenaces que ma timidité. Derrière mes airs de petite fille sage et docile, je suis un vrai volcan, toujours prête à exploser à la moindre provocation. Théo dit souvent que suis une "grande gueule", il faut croire que nos entraînements de vannes quotidiennes ont su développer chez moi un certain sens de la répartie.    

- Je lui ferais passer le message, finit-il enfin par répondre d’une voix plus cordiale, presque amusée. Il devait apprécier qu’on lui tienne tête, intéressant… Il était donc ce genre d’homme plus sensible aux sarcasmes qu’aux sourires. Pour le séduire, mieux valait utiliser la manière forte que la douceur, je tâcherais de m’en souvenir.

- Bien, tout est dit alors, conclus-je avant de raccrocher sans attendre sa réponse. Je doutais fort qu’il soit du genre à s’encombrer des formules de salutations courtoises habituelles, je pris donc sur moi pour me retenir de lui souhaiter une bonne journée. Ce n’était pas mon genre d’être aussi grossière, mais je déteste être plus polie que mon interlocuteur. C’est une question de principe! 

 

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En reposant le téléphone, je réalisai avec étonnement le rythme calme des battements de mon cœur. Je venais de parler à l’homme qui m’impressionnait le plus au monde et pourtant je n’étais déjà plus troublée. Habituellement, un simple contact visuel avec lui me mettait dans tous mes états. Mon cœur s’emballait, mes mains devenaient moites et tout mon corps demeurait fébrile même après qu’il se soit éloigné. Cela signifiait-il que j’étais enfin guérie de lui? Il me suffit visualiser le souvenir de son visage parfait, de ses yeux envoûtants pour comprendre que non. Si il était apparu devant moi en cet instant, je me serais tout simplement liquéfié sur place. Peut-être fallait-il qu’il me mette en colère pour me désensibiliser à son charme? Ou était-ce le fait de la distance? Quoi qu’il en soit, je n’arrivais pas à le sortir de ma tête, ni même de mon cœur à mon grand désespoir. Et comme si cela n‘était pas suffisamment compliqué, je commençais à ressentir les mêmes sentiments à l’égare de Jeremy. Conclusion: j’étais totalement perdue, et l‘unique personne à qui j‘aurais pu me confier était absente jusqu‘à la fin des vacances. Sue me manquait plus que jamais, et j’avais vraiment un besoin urgent de me confier à une amie.

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Il y a encore quelques temps, je pensais que rien n’était plus insupportable que l’ennui. Mais à présent, je comprenais que l’incertitude et l’attente pouvaient être encore pire. Cela faisait déjà deux jours interminables que je n’avais pas eu la moindre nouvelle de Jeremy. Plus aucun contact depuis son miraculeux sauvetage. Il n’avait pas même daigné me rappeler pour confirmer la réception de mon message, ni pour me rassurer au sujet d’Adrien. Après ces deux jours d’attente désespérée, ma patience avait finit par céder et je n’avais pas pu m’empêcher de faire un tour au commissariat, pour rendre visite à mon frère bien sur! A ma grande déception, Denis m’avertit que Jeremy n’était pas revenu au post depuis mon dernier appel. Cela ne m’avait pas dissuadé de revenir le lendemain, puis le jours suivant, mais il n’était toujours pas réapparu. Commençant à m’inquiéter sérieusement, je m’étais décidée à appeler directement son équipe. Après une bonne heure de préparation psychologique, j’avais enfin réussi à composer le numéro du commissariat. Je m’étais attendue à tomber de nouveau sur Stefan, et m’étais longuement entraîné devant mon miroir pour retrouver ma voix la plus assurée. Malheureusement, ce ne fut pas lui qui me répondit mais Déborah, l’une des deux magnifiques créatures féminines de l’équipe spéciale.

 

 

 

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J’avais détesté cette fille dès le premier regard! Une magnifique blonde fatale au physique de mannequin irréel, capable de faire complexer n‘importe quelle Miss Univers. Elle avait parfaitement conscience de sa beauté, et cela se lisait bien trop dans son regard empreint de suffisance et de prétention. Tous les membres de son équipe étaient hautains et supérieurs, mais aucun ne dégageait autant que Déborah cette impression de…mépris absolu. A coté d’elle même Stacy Green, la pire peste de mon lycée, aurait pu passé pour une fille humble et sympathique, c’est pour dire à quelle point elle m’était antipathique! Lorsqu’elle me répondit de sa voix suave et sensuelle pleine d’une écrasante assurance, je ne pus réprimer un sentiment intense de jalousie. Même sans la voir, on sentait combien elle pouvait être séduisante rien qu’au son de sa voix. Elle aurait fait une parfaite hôtesse de téléphone rose! Pas étonnant que Stefan ne m’ait jamais accordé la moindre attention avec une collègue pareille sous son nez!

Elle ne me donna aucune explication sur l’absence de Jeremy, et m’envoya promener en ajoutant que ça n’était mes affaires. Lorsque je lui demandai si Stefan avait bien fait passé mon message, elle se contenta de me répondre qu’il s’en était occupé mais qu’il n’avait aucun compte à rendre à une gamine. Je n’eus pas même le temps de commencer à répliquer qu’elle m’avait déjà raccroché au nez. Cela me mit hors de moi. Peut-être avais-je parlé un peu trop vite en accusant Stefan d’être le plus désagréable de sa bande!

Il me fallu bien une heure avant de réussir à me calmer, et cesser de crier des insultes dans le vide. N’ayant personne à qui rendre visite pour m’occuper l’esprit, je décidais de peindre le reste de l’après midi. Après avoir installé mon matériel et quelques feuilles de papier journal sous mon chevalet, je me cloîtrai dans ma chambre jusqu’au retour de mon frère.

 

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Vers 18h30, je reconnus le bruit de sa voiture qui se garait dans l’allée. Un sentiment de bien être m’envahit en l’entendant passer la porte. Nous avions beau nous chamailler constamment, sa présence m’était indispensable. Et même si je ne pouvais pas lui confier mes problèmes sentimentaux, il me suffisait d’être près de lui pour me sentir apaisée.

Je l’entendis s’affairer quelques instants dans l’entrée, puis ses pas résonnèrent enfin dans l’escalier. Nous avions toujours le même petit rituel; Chaque soir en rentrant du travail, il s’empressait de me rejoindre dans ma chambre pour s’assurer que j’allais bien avant de retourner vaquer à ses occupations. Nous avions pris l’habitude de discuter quelques minutes, pour parler de tout et de rien ,avant de retourner à nos activités.

Sachant que je l’avais entendu monter, il entra naturellement dans ma chambre sans frapper. Lorsque ses yeux rieurs plein de tendresse apparurent dans l’embrasure de la porte, un large sourire s’étira immédiatement sur mes lèvres.

- Tu as passé une bonne journée? S’enquit-il en se vautrant sur mon lit d’un air épuisé.

- Je n’irais pas jusqu’à dire « bonne », mais passable. Je m’ennuie trop depuis que Sue est partie.

- Je suis désolé…J’aurais aimé prendre des vacances pour partir avec toi mais avec cette affaire qui nous est tombée dessus…

Théo avait l’air sincèrement navré, et je savais qu’il se sentait coupable de me laisser seule tout l’été.

- Mais non, ne t’en fais pas. Ce n’est pas de ta faute si je n’ai pas beaucoup d’amis valables, tentai-je de le rassurer.

- Peut-être devrais-tu essayer de t’ouvrir à d’autres personnes…Tu n’étais pas amie avec Monica Gibson? Je l’ai croisé l’autre jour en centre ville.

- C’est-à-dire que…nous ne sommes pas sorties ensembles depuis le collège. Nous n’avons plus vraiment les mêmes centres d’intérêts! Précisai-je en en grimaçant.

- Ça ne te ferait pas de mal de t’intéresser un peu à des choses différentes…des choses de ton âge.

- Parce que tu crois vraiment que c’est normal de limiter ses sujets de conversations au shoping, à l’équipe des Pom Pom girls et aux magazines peoples, sous prétexte que l’on a 17 ans?

 

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Je ne supportais pas qu’on me colle une étiquette en fonction de mon âge, ni même qu’on me dise quelles préoccupations devaient être les miennes. Selon moi, l’évolution d’une personnalité et de sa maturité ne dépendent pas du nombre des années vécues, ni même de la multiplicité de ses expériences, mais de ce qu’elle en fait! Deux personnes peuvent vivre un même évènement sans en avoir une perception similaire. Chacune en tirera sa propre interprétation, sa propre compréhension en fonction de sa nature, de ses valeurs et de sa sensibilité personnelle. Peut-on dire que les vieillards qui ont connu la guère et diverses épreuves, sont tous aussi sages et intelligents? Certainement pas! Il y a tout autant de vieux cons que de jeunes. Ce qui prouve bien à quel point certains préjugés simplistes peuvent être faux et infondés. 

- Je suis d’accord avec toi, mais je pense que tu pourrais faire quelques efforts pour t’intégrer. Être un peu moins exigeante dans le choix de tes fréquentations, insista mon frère.

- Je préfère être seule que mal accompagnée, merci! Je n’ai pas envie de jouer un rôle pour être populaire. Au moins lorsque je suis seule, je peux lire un livre ou regarder la télé. C’est mieux que de m’ennuyer à écouter des conneries puériles en secouant la tête d‘un air faussement intéressé.

Théo me comprenait, mais ne m’approuvait pas. Il soupira d’un air blasé en se redressant sur mon lit.

- Ça ne servirait a rien d’essayer de te faire changer d’avis, n’est-ce pas?  

- Je suis têtue, il parait que c’est de famille! Répliquai-je sans m’empêcher de sourire.

- J’espère quand même que tu t’ouvriras un peu à de nouveaux amis. Je m’inquiète juste pour toi tu sais.

- Oui je sais, me contentai-je de répondre en déposant un tendre baiser sur son front.  Si il savait combien ma dernière tentative d’amitié m’avait coûté, il changerait certainement son opinion sur le sujet.

 

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