Chapitre 2

Non je ne rêvais pas! Il était bien là, suspendu au bord de ma fenêtre à m’observer silencieusement. Je faillis crier lorsque je compris qu‘il n‘était pas le fruit de mon imagination, surtout après toutes ces idées qui m’étaient passées par la tête quelques minutes plus tôt. Pétrifiée, il me fallut un instant avant de pouvoir réagir et me lever de mon lit.

- Tu veux bien m’ouvrir? Entendis-je murmurer à travers la vitre.

Je me précipitai alors pour le laisser entrer, à présent j’étais totalement éveillée.

Jérémy se faufila à l’intérieur d’un geste fluide mais prudent, comme si il craignait que le moindre mouvement brusque puisse me faire fuir. Il resta éloigné de moi, une expression embarrassée sur le visage. Je sentais qu’il hésitait à trouver ses mots.

- Que fais tu ici? Demandai-je, encore sous le choc de son apparition.

- Je…j’avais juste envie de te voir… Mais c’était une mauvaise idée, je ne sais pas ce qui m’a pris. Je comptais repartir avant que tu ne me surprennes.

- Comment as-tu fais pour grimper jusqu’ici? M’enquis-je en estimant d’un coup d’œil la hauteur de ma fenêtre.

Malgré la froideur apparente de ma voix, je ressentais l’irrésistible désir de m’approcher de lui, de sentir son odeur, la douceur de ses mains sur ma peau. Le souvenir de cette proximité dans la réserve me revint, et je dus lutter pour ne pas céder à cette pulsion intense. Il ne répondit pas à ma question, et se contenta de reprendre comme si je n’avais rien dit.

- Je voulais m’excuser pour tout à l’heure, je ne voulais pas que tu te fasses des idées…que tu puisses avoir peur de moi.

 

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- Quelles idées? Pourquoi devrais-je avoir peur de toi?

Il plongea alors son regard dans le mien d’un air concentré, comme si il cherchait à y lire quelque chose.

- Justement, je n’ai aucune idée de ce qu’il se passe dans ta tête… dit-il d’un air étrange, comme si cela était anormal pour lui.

- Encore heureux que tu ne sois pas dans ma tête! Ne t’inquiète pas, je n’ai peur de toi. Je suis juste un peu perdue. Je me demande ce qui s’est passé entre nous tout à l’heure, ça ne me ressemble pas d’être aussi…intime et tactile avec un garçon que je connais à peine. Ça c’est passé tellement vite… Tu es un vrai casse tête pour moi, je n’arrive pas à te cerner.

Mes joues se remirent à rougir et je surpris un sourire soulagé apparaître sur son visage, il sembla se détendre un peu.

- Oui c’est…étrange. Moi non plus je n’ai pas l’habitude de me sentir autant attiré par une fille. Il y a quelque chose chez toi de tellement…envoûtant.

- Non je pense que ça venait de toi, je n’ai rien d’envoûtant en moi. Et je crois que tu dois avoir l’habitude de susciter ce genre de réaction chez les toutes les femmes.

Il se mit à rire, et s’approcha doucement. Tout mon corps frissonna lorsque je vis sa main s’approcher de mon visage pour le caresser.

- Oh que si! Tu n’imagines pas combien tu es séduisante. Quand j’ai essuyé tes larmes l‘autre jour, j’ai ressentis quelque chose que je n’avais jamais éprouvé auparavant avec qui que ce soit. Je n’avais qu’une envie…te toucher encore, respirer ton odeur…

Il n’imaginait pas combien ses paroles pouvaient me troubler. L’entendre ainsi avouer son désir ne fit qu’attiser le mien. Je sentais ma peau brûler là où ses doigts me touchaient, jusqu’à ce que cette chaleur finissent par se répendre dans tout mon corps. Je réalisai soudain que je n’étais pas habillée, et combien la légèreté de ma tenue pouvait être indécente. Je reculai immédiatement, gênée par mon impudeur. Son visage se crispa.

 

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- Excuse moi, je t’ai effrayé?

- Non, pas du tout…euh, en fait je viens de me rendre compte que j’étais en sous vêtements. La situation est déjà suffisamment ambiguë et…dangereuse pour que je reste ainsi.

Je saisis le premier peignoir à ma portée, et l’enfilai à toute hâte.

- Dangereuse? Releva-t-il d’un air déçu.

J’aurais mieux fait de me taire.

- C’est-à-dire qu’il est évident qu’il y a une certaine…tension inexplicable entre nous, et que le fait d’être dénudée dans ma chambre, la nuit, en présence d’un garçon qui semble avoir le pouvoir de me faire perdre tout contrôle de moi-même…est plutôt dangereux.

- Oh! Je comprends, dit-il avec un sourire soulagé, une étincelle malicieuse illuminant son regard.

- Craindrais-tu que j’abuse de toi?

- Non, je crains plutôt de désirer que tu le fasses, avouai-je en regrettant immédiatement les paroles que j‘avais laissé s‘échapper trop spontanément.

Oh mon Dieu…mais qu’est-ce qui me prend de dire un truc pareil?

Un large sourire s’étira sur son visage, il se mordit la lèvre d’un air plus que satisfait.

- Je suis désolée…euh, je ne voulais pas dire ça…bafouillai-je rouge de honte. - Je pense qu’il vaudrait mieux instaurer une distance de sécurité entre nous, pour éviter tout débordement.

- Vraiment? Dit-il d’un air amusé chargé de sous entendus en s’approchant lentement de moi.

- Ce n’est pas drôle! Tu n’imagines pas l’effet que tu as sur moi, lorsque tu me touches, lorsque tu m’embrasses… Mais au final je ne te connais pas. Je ne sais rien de toi, ni de ce secret qui te pousse à m’éviter l’instant d’après. Il va falloir que tu répondes à mes questions. Lançais-je en reprenant un peu de mon assurance.

Il s’arrêta alors et s’assit sur la chaise de mon bureau, les bras croisés, reprenant un air sérieux et préoccupé.

- Oui je m’en doutais. Et si je suis venu, c’est que je pense que qu’il est trop tard pour faire comme si tu n’avais rien vu. Je n’ai pas réussi à me contrôler tout à l’heure… mais au moins tu ne t’es pas enfuie en hurlant. Je préférais ne pas attendre pour éviter tout malentendu.

Je n’étais plus très sure de ce que j’avais vu, mais son invitation à aborder cet « incident » me poussa à oser la question qui me perturbait le plus.

- Tu as léché mon sang, je n'ai pas halluciné?

- Oui.

- Pourquoi?

- Je crois que tu t’en doutes déjà un peu…se contenta-t-il de répondre en m’adressant un regard grave.

Je n’allais tout de même pas lui parler de ma théorie « vampiresque », il devait certainement s’attendre à un raisonnement plus rationnel de ma part.

 

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- Tu as…un trouble du comportement? Proposai-je sans vraiment y croire. Au moins, c’était une hypothèse réaliste qui ne me ridiculiserait pas. Bien qu’au fond de moi, résonne le mot vampire avec insistance.

Il éclata de rire en entendant ma réponse. Il ne devait certainement pas s’attendre à une hypothèse pareille.

- Tu me prends pour un givré fétichiste du sang?

Il n’arrivait plus à s’arrêter de rire.

- Ce n’est pas drôle! Le grondai-je, sans pouvoir m’empêcher de rire à mon tour.

- Oh que si! Je m’attendais à tout sauf à ça.

- Tu vois une autre explication…logique?

Il cessa soudain de rire et reprit son expression grave. Il se relava brusquement et s’approcha à nouveau de moi d‘un mouvement si rapide que j‘en eus le souffle coupé. Son visage était à présent si près que je pouvais sentir la chaleur de sa peau. Il planta intensément son regard dans le mien dans une expression de défi.

- Tu ne crois pas du tout ce que tu viens de dire, j’en suis certain. Tu es intelligente et imaginative, je pense que tu as une autre petite idée derrière la tête, n’est-ce pas?

Un silence angoissant se fit alors entre nous, il continuait à me fixer froidement sans bouger. Hésitante, ma main vint prudemment se poser sur ses lèvres. Je fis lentement glisser mes doigts et lui entrouvris légèrement la bouche à la recherche de...canines. Il se laissa faire, docilement. Son regard n’exprimait aucune surprise, il savait exactement ce que j’étais en train de chercher.

Je sentis soudain la pointe aiguisée de l’une de ses dents, anormalement longue.

Je n’eus aucun geste de recul. Je m’y attendais et savais sans comprendre pourquoi, que je n’avais rien à craindre de lui.

- Tu es un…vampire?

Il ne répondit pas immédiatement, scrutant la moindre réaction de panique de ma part. Et je compris à son silence que j’avais visé juste.

- Pourquoi n’as-tu pas peur? Finit-il enfin par demander en constatant mon attitude dénuée de terreur.

- Je n’en sais rien, avouai-je sincèrement.

Il s’éloigna de moi, et se tourna vers la fenêtre.

 

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- Je n’avais pas le droit de te le dire. Si les autres l’apprenaient… J’ai menti à Stefan tout à l’heure. Il sentait que quelque chose s’était passé.

- Alors pourquoi es-tu revenu ce soir pour me le dire? J’aurais finis par douter de ce que j’avais vu, et je me serais persuadée de la première explication que tu m’aurais donné. Je n’osais même pas te dire le mot vampire tellement je trouvais cette idée ridicule…

- Quand j’ai voulu retirer le verre de ta plaie, je pensais pouvoir me contrôler. Je n’ai aucun problème à le faire d’habitude. Dans mon travail, il est fréquent de tomber sur des scènes assez sanglantes. Mais tu m’attirais tellement…

- Est-ce parce que tu es un…vampire que je me sens à ce point attirée par toi? C’est une sorte d’hypnose, un truc comme ça?

Il se tourna enfin vers moi en souriant.

- Les vampires ont tendance à avoir un certain pouvoir d’attraction sur les mortels. De par notre beauté, mais aussi par une énergie spéciale que nous émettons pour attirer nos proies. On peut, en se concentrant bien, hypnotiser un humain. Mais je ne l’ai pas fait avec toi. En fait, j’ai même eu l’impression que c’était toi qui avais cette emprise sur moi. J’ai ressenti cette sensation inexplicable lorsque nous discutions dans ta chambre tout à l‘heure…

Une atmosphère électrique avait envahi ma chambre, et malgré toute ma volonté de garder mes distances, cette fois-ci, c’est moi qui m’avançai vers lui. La révélation de son secret intensifiait ce sentiment de complicité qui me liait à Jeremy. Je sentais qu’une force invisible m’attirait à lui tel un aimant.

Immobile, et attentif au moindre de mes gestes, il me laissa m’approcher, une lueur d’espoir dans le regard. Je caressai lentement son visage si parfait, tentant d‘accepter la réalité de son secret. Il ferma les yeux de plaisir et soupira.

 

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- Pour être honnête, il faut que je te dise que j’ai tenté de t’hypnotiser et de te faire oublier ce que tu avais vu.

Je me figeai brusquement en comprenant ce qu‘il avait voulu me faire.

- Tu as manipulé mon esprit?

- Non! S’empressa-t-il de répondre face au regard chargé de reproches que je lui adressais.

- Je reconnais avoir essayé, le soir où je t’ai sauvé mais je n’ai pas réussi. Mon pouvoir n’a aucun effet sur toi. C’est pour cette raison que nous sommes venus ce soir…je devais m’assurer que tu n’ai rien vu qui ne compromette notre secret. Je devais essayer encore… Je suis désolé.

- Donc, tout ce qui s’est passé entre nous…c’était juste pour te rapprocher de moi et contrôler mon esprit?

Je laissai retomber ma main de son visage, blessée par cette révélation.

- Bien sur que non, ne crois pas ça surtout! S’insurgea Jeremy en saisissant mon visage entre ses mains.

- Tu es tellement différente… En réalité j’espérais au fond de moi que je ne réussirais pas cette fois ci non plus. Je n’avais pas prévu d’être à ce point incapable de me contrôler. Mais étrangement, je ne regrette pas de m’être trahi dans la réserve.

- Pourquoi?

- Parce que depuis notre premier échange…tu obsèdes toutes mes pensées. Il y a quelque chose en toi qui m’attire, qui me fait perdre toute raison. Et lorsque nous avons discuté tout à l’heure, j’ai compris combien tu étais exceptionnelle, et que ce lien que je ressens entre nous n’était pas qu’une question de désir superficiel.

- Merci, répondis-je d’une petite voix émue et soulagée par ces paroles que je sentais sincères.

- Merci à toi de ne pas m’avoir rejeté.

- Il n’y a rien qui puisse être repoussant chez toi.

Son regard s’illumina, rassuré par ma réaction. Plus aucune hésitation ne semblait le retenir, il s’approcha un peu plus pour m’embrasser. Je sentis tout mon corps se raidir au contact de sa langue qui se glissait dans ma bouche pour caresser la mienne. Un délicieux frisson parcouru ma colonne vertébrale, jusqu’au bas de mon ventre. Il encercla brutalement ma taille de ses bras, et serra avidement son corps délicieusement musclé contre le mien. Mon désir s’enflamma violement dans tout mon être, et mes bras ses refermèrent instinctivement autour de son cou. Je sentais dans sa manière de m’enlacer que la révélation de son secret l’avait libéré de toute inhibition, plus rien ne se dressait entre nous à présent. Et cela me fit peur.

J’étais en train de perdre tout contrôle de moi-même et de la situation qui dérapait, et je n’étais pas certaine d’être prête à ce qu’il risquait d’arriver.

 

J’étais dans les bras d’un vampire que je connaissais à peine, dans un état de transe incontrôlable et risquais de me laisser aller bien plus loin que je ne l‘avais jamais été. Mon désir était si intense, presque douloureux…mais tout cela allait bien trop vite pour moi.

Soudain, sa main glissa sous mon peignoir entrouvert et se mit à caresser avidement tout mon corps, palpant ma poitrine de plus en plus fort avant de descendre plus bas. Ses doigts glissèrent lentement le long de mon ventre avant de s’engouffrer sous ma petite culotte, m’arrachant un gémissement de plaisir. Ce qui ne fit qu’attiser son désir, que je sentis durcir lorsqu’il se pressa contre moi un peu plus fort. Sa respiration se faisait de plus en plus rapide, le mouvement de ses doigts entre mes cuisses de plus en plus fort. Je compris que lui non plus n’avait plus aucun contrôle, et que nous risquions de dépasser certaines limites irréversibles. Il fallait que je réussisse à échapper à son emprise, à cette envie brûlante de mon corps qui ne désirait qu‘une chose: lui appartenir totalement, s’abandonner au plaisir des ses caresses.

- Non! Attends.

 

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Il s’arrêta net, haletant. Son regard affamé d‘un désir animal. Il retira sa main, comprenant que tout cela allait beaucoup trop vite pour moi. Je n’avais jamais eu de rapports aussi intimes avec un garçon. Et malgré cette pulsion intense qui me tentait d’aller plus loin, je savais que c‘était bien trop tôt. Qu’il ne fallait pas perdre le contrôle de moi-même, si je ne voulais pas le regretter par la suite. Tout était allé tellement vite entre nous...

- Je suis désolé, j’aurais du me contrôler, s’excusa-t-il en saisissant son visage entre ses mains tremblantes.

- Non, ce n’est pas de ta faute, moi aussi j‘ai très envie de… Mais c’est beaucoup trop rapide pour moi. Je n’ai pas l’habitude.

- Je comprends. Moi non plus je ne veux pas que ça se passe ainsi. Je ne sais pas ce qui y a entre nous, mais ça me fait peur. Le moindre contact suscite en moi un tel désir… Je ne sais pas jusqu’où je pourrais aller quand je suis dans cet état.

Je compris à son expression horrifiée qu’il ne faisait pas seulement allusion à un simple désir charnel. Il parlait aussi de mon sang.

- Je pense qu’on devrait apprendre à mieux se connaître, et éviter de trop s’approcher « physiquement » l’un de l’autre pour le moment. Dis-je à regret.

- Je le pense aussi... Je devrais peut-être y aller, il est tard. Et je crois qu’il vaudrait mieux éviter de se retrouver seuls en pleine nuit dans ta chambre. Il ne faut pas tenter le Diable.

Nous échangeâmes un sourire gêné.

Il allait sortir lorsqu’une question impatiente me revint à l’esprit.

- Jeremy…

Il fit volte face, le regard plein d’espoir.

- J’ai une question ridicule à te poser?

Je perçu la déception dans ses yeux, il espérait certainement que je veuille le retenir.

- Je t’en prie..

- Et bien, en fait je me demandais, comment tu peux sortir en plein jour sans… brûler ou scintiller?

Ma question sembla l’amuser.

- Scintiller?

- Oui, enfin…laisses tomber, je lis un peu trop de romans fantastiques.

 

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- En fait, nous n’aimons pas vraiment le soleil, mais nous pouvons tout de même sortir quelques heures par jour. Le mythe du vampire qui se transforme en poussière c’est de la pure connerie. Certes, il nous affaiblit beaucoup et nous profitons de la nuit pour nous régénérer. Les vampires qui ne sortent jamais le jour sont souvent plus puissants et plus résistants. Le soleil nous rend vulnérables, il nous prive de certains pouvoirs.

Ses révélations attisèrent un peu plus ma curiosité.

- Oh, mais dans ce cas, pourquoi travailler dans la police, cela vous oblige à sortir souvent de jour?

- En fait, c’est une longue histoire. Pour résumer, nous utilisons cette fonction comme sorte de…couverture, ça nous permet de surveiller les crimes non humains, et aussi…de nous nourrir.

J’eus un léger sursaut en comprenant ce qu’il voulait dire par « se nourrir ». Ma réaction de surprise ne lui échappa pas et il détourna le regard visiblement embarrassé.

- Nous ne nous nourrisson que de criminels dangereux contre lesquels la loi est totalement impuissante, lorsqu'on ne peut pas les arrêter de manière plus légale. Je me doute que ça ne doit pas être évident pour toi de concevoir une telle…alimentation. Tu dois nous prendre pour des monstres sanguinaires. Je suis désolé. Je n’ai pas choisi d’être ce que je suis…

Sa détresse me toucha sincèrement et je culpabilisai d’avoir pu le blesser par ma maladresse. Je pris sa main dans la mienne, pour le rassurer. Je comprenais qu’il avait honte de parler de sa nature.

- Non ce n’est pas du tout ce que je pense. Je n’ai seulement pas l’habitude d’entendre ce genre de récit hors de mes livres c’est tout.

- Nous ne buvons jamais le sang d’innocents. Enfin, je parle pour notre clan. Tous les vampires n’ont pas le même sens moral. Eux aussi font partis de ces criminels que nous chassons. Nous veillons à ce que les nôtres ne viennent pas perturber votre monde…Tu as d’autres questions?

- En fait des milliers, mais je vais essayer de me retenir. J’aimerais juste savoir, quel âge as-tu alors?

- J’avais 21 ans lorsqu’on m’a transformé. Je perçus une expression de profonde souffrance briller dans son regard à l’évocation de ce souvenir.

Je ne suis pas très vieux en fait, j’ai seulement une cinquantaine d’année. Je suis le plus jeune du clan, c’est peut être aussi pour ça que je suis le plus imprudent et que je ne sais pas encore me contrôler aussi bien que les autres.

 

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- On peut dire que pour un vampire, tu es encore en phase de « crise d’adolescence », plaisantai-je.

Nous éclatâmes d‘un rire mutuel.

- C’est exactement ce que dirait Conrad.

- C’est lui le plus âgé, n’est-ce pas?

- Exact. Comment as-tu deviné?

- Je ne sais pas, il a une telle assurance, une telle capacité de persuasion…

- Oh oui, tu as remarqué alors…tout à l’heure avec ton frère et les autres?

- Il les a hypnotisé? C’est pour ça qu’ils ont arrêté de poser toutes ces questions qui les passionnaient pourtant beaucoup d’habitude. Je trouvais leur réaction vraiment bizarre. Ce n’est pas le genre de Théo de renoncer aussi vite!

Il sembla soudainement très surpris, et m'observa d’un air curieux.

- Comment as-tu pu t’en rendre compte? Normalement, tous les humains à proximité sont hypnotisés en même temps et ne se rendent compte de rien. Surtout avec Conrad…

- Et bien j’ai l’impression que ça ne marche pas sur moi avec lui non plus, désolée.

- C’est surprenant! Je pensais que mes pouvoirs n’avaient pas eu d’effet à cause de mon âge… Mais ceux de Conrad sont si puissants. J’avais raison quand je te disais que tu es différente, tu es vraiment…très spéciale.

- Tu penses sincèrement que Théo et les autres ne poseront plus de questions?

- En fait, c’était un peu la seconde raison de notre visite. Stopper la curiosité de nos collègues les plus fouineurs. Nous ne voulions plus prendre le risque qu’ils puissent découvrir des choses qu’ils ne devaient pas. Mais nous sommes obligés de recommencer régulièrement, au bout de quelques mois l’effet se dissipera, et ils recommenceront à se poser des questions.

Cette soirée était vraiment la plus spéciale de toute ma vie! En quelques heures, toute mon existence venait de basculer dans un monde que je n’imaginais même pas envisageable.

 - Bon je vais y aller, je reviendrais bientôt. Je sais que de toute façon, je ne pourrais pas résister à l’envie de voir. Il faudra juste être prudents et discrets. Les autres ne doivent surtout rien savoir, ça serait…dramatique.

Je frémis à l’idée que Conrad ou pire, Matt, puisse venir me faire un lavage de cerveau, ou me faire disparaître tout simplement si ils apprenaient que leur secret m’avait été révélé. J’imaginais aussi les conséquences que cela pourrait avoir sur Jérémy. Comment les vampires réagissaient-ils à la trahison de l’un des leurs?

- Encore une question…Oui, je sais j’abuse.

- Non vas-y, c’est un plaisir d’assouvir ta curiosité. Surtout quand je vois combien tu es ouverte d’esprit.

- J’aimerais savoir pourquoi tu m’as dit tout cela, à moi? Pourquoi prendre un tel risque? Tu me connais à peine.

Lui-même semblait ne pas être certain de la réponse, effleurant une dernière fois mon visage, il s’approcha à nouveau de moi et me répondit d’une voix douce et pleine de tendresse;

- Sincèrement, je n’en sais rien. Je sais juste que tu provoques quelque chose en moi que je ne saurais expliquer. Tu m’inspires confiance. Et puis, même si je ne suis pas un vampire depuis très longtemps, il y a un vide en moi…une profonde solitude. Je me sens tellement différent des autres

membres de mon clan. Mon humanité est encore trop présente. Et quand nous avons discuté tout à l’heure, j’ai ressentis que quelque chose en toi me ressemblait, que tu saurais me comprendre…Je ne peux pas t’en dire plus, moi-même je ne comprends pas. Mais je ne regrette vraiment pas d’avoir pris ce risque.

Il déposa un léger baiser sur mes lèvres, puis disparu par la fenêtre.

 

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Je n’en revenais toujours pas. Avais-je halluciné toute cette scène impossible? Jérémy était-il bien venu dans ma chambre me révéler sa nature de vampire? Il avait disparu si vite, sans un bruit, tel un mirage ou un rêve éveillé.

Je restais un instant à ma fenêtre, au cas où il serait revenu. Puis retournai me coucher. Étrangement, je n’étais plus du tout fatiguée et ne cessais de revivre dans ma tête chaque instant de cette incroyable soirée.

La vie pouvait vraiment être surprenante; il y avait une semaine à peine, c’était encore au visage de Stefan que je pensais au réveil, et à présent, c’était celui de Jérémy qui hantait mon esprit avant de m’endormir. Je n’avais qu’une hâte, le revoir au plus vite…

 

 

 

 

 

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Perdue dans la contemplation de mon bol de céréales, je luttais contre l’envie de m’endormir sur la table de la cuisine. Je n’avais pas réussi à m’endormir avant 4h du matin, et le réveil avait été très difficile. Comment aurais-je pu dormir normalement après cette soirée irréaliste? J’avais encore du mal à réaliser ce qui s’était passé, et mon état de fatigue ne permettait plus à mes neurones de fonctionner correctement.

- Tu as vraiment une sale tête ce matin! Fit remarquer mon frère en m’observant d’un air moqueur.

Théo savait toujours trouver les mots pour me mettre de bonne humeur.

- Fais moi un café! Je t’en supplie, répondis-je de ma voie comateuse.

- Alors là tu peux te brosser, Martine! Hier, tu es partie te coucher en me laissant tout le rangement à faire, et je m’en souviendrai la prochaine fois que tu auras besoin d’un service.

- Eh! C’était Ta soirée avec Tes collègues! Est-ce que je te demande de ranger ma chambre moi?

- Non, mais tu me demandes un café…

Il restait juste assez de café dans la cafetière pour une seule tasse. Théo l’agita un instant, feignant une moue hésitante. Il me jeta un regard de défit.

- Ok! Je suis désolée, je m’excuse de ne pas t’avoir aidé, la prochaine fois c’est moi qui rangerai toute seule, tu es le maître du monde, bla bla bla…ça te va comme ça? Cédai-je sans même livrer batail. J’étais bien trop fatiguée pour me chamailler, et j’étais prête à toutes les concessions pour ce fichu café.

- Hum…Je ne sais pas…j’ai peut être envie d’une dernière tasse…

- Bon qu’est-ce que tu veux?

Il avait cet air de petit comploteur qui avait une idée bien précise derrière la tête.

- Et bien… Je ne vais pas avoir le temps de rentrer avant ce soir, j’ai beaucoup de travail au poste, et je dois partir dans 5 minutes. Donc si tu pouvais me faire quelques sandwichs et me les apporter au commissariat vers midi ça serait très gentil!

- C’est tout?

- Non…en fait j’aimerais aussi que tu en profites pour aller mes chercher quelques donuts du Starbuck Coffee à l’autre bout la ville, ainsi qu’un chocolat viennois grand format.

- Rien d’autre votre altesse?

- Hum…non ça ira.

Il afficha un sourire victorieux d’emmerdeur professionnel, comme à chaque fois qu’il gagnait la partie. Et finit enfin par me servir mon café.

 

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- M-e-r-c-i! Tout ça pour un café, je dois vraiment être morte moi!

- Mais de rien! Bon, j’y vais, profite bien de tes derniers jours de vacances!

- Mouais ç'est ça…

Et dire que c’était lui le représentant de la Loi! Il y avait de quoi avoir peur.

J’avalai mon énorme tasse de café en une gorgée, espérant ainsi que la caféine me sorte un minimum de mon coma léthargique. Comme Théo me l’avait si bien rappelé, c’était mes derniers jours de vacances et donc de liberté avant la rentrée. Je voulais en profiter pour faire un peu de

shopping et revoir mes amies.

Mon petit déjeuner avalé, je montai à la salle de bain prendre une douche froide. Avec ça, j’étais sûre de me réveiller pour de bon!

 

 

 

 

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 L’effet de l’eau glacée eut l’effet espéré, et je me sentis enfin prête à commencer ma journée. Mon cerveau à nouveau en état de marche, je me rappelai soudain la demande de mon frère. Comment avais-je pu ne pas réagir! Si j’allais au commissariat, je verrais Jeremy! La corvée imposée par Théo se révélait finalement un excellent prétexte à ma visite, et j’étais impatiente de le revoir.

J’allais encore devoir faire quelques petits efforts vestimentaires, pour ne pas décevoir le souvenir qu’il avait eu de moi hier. Il me faudrait à nouveau chercher dans la garde robe de maman.

Maman…que devait-elle penser de moi, de là où elle était?

Était-elle déçue de mon imprudence irresponsable? Désapprouvait-elle que je puisse fréquenter Jérémy? Pour ce qui était de l’avis de papa, je n’avais aucun doute. Il ne m’aurait même pas permis de sortir avec un garçon humain avant mes 40 ans, alors un vampire n‘en parlons même pas!

Après m’être recueillie un instant devant leur photo accrochée au mur, je me mis à chercher la tenue la plus appropriée à ma visite dans le placard de ma mère. Il fallait surtout qu’elle soit suffisamment sobre et discrète pour que Théo ne la remarque pas. Je choisis une petite jupe noire et un top au dos nu en soie blanche. Vraiment très classe! Sophistiqué, et féminin; tout ce dont j’avais besoin. Après un petit coup de brosse et un peu de maquillage, je fus enfin prête à sortir. Il n’était que 10h00, et j’avais largement le temps avant l’heure du déjeuner. Je pris alors le téléphone et composai le numéro de Sue. Si je ne me trompais pas, elle devait être rentrée de son voyage en Espagne ce matin, et j’étais très impatiente de la revoir.

« Allo?….Oui et toi….Moi aussi j’ai un tas de choses à te raconter….Je suis prête…Ok, dans 15 minutes au café Suri…à tout de suite bisou. »

Je savais que je ne pourrais pas tout lui raconter, au sujet des vampires, mais j’avais besoin de me confier à une amie. Je n’aurais qu’à faire le tri dans mes révélations.

 

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Sue était une vieille amie d’enfance. Nos parents avaient été eux aussi de très bons amis, et je m’étais toujours sentie chez eux comme dans une deuxième famille. Après le décès de mes parents, ils avaient fait tout leur possible pour nous soutenir, Théo et moi. Je savais que ses parents, David et Caroline, se sentaient responsables de nous et que d’une certaine manière, ils me traitaient comme si j’avais été leur propre fille. Ils avaient toujours été présents depuis l’accident, et avait même proposé à mon frère de devenir mes tuteurs à l’époque du drame. Mais Théo avait choisi de s’occuper de moi. Ce qui ne les avait pas empêché de continuer à veiller sur nous. Ce lien très fort qui liait nos deux familles m’avait beaucoup rapproché de Sue, et aujourd’hui je la considérais comme une sœur. Son absence avait été très difficile à supporter pour moi, car nous n’avions jamais été séparées avant ces vacances d’été. Entendre enfin sa voix à l’autre bout de la ligne m’avait fait l’effet d’un électrochoc, j’allais enfin pouvoir sortir de mon hibernation et partager avec elle toutes ces choses que je ne saurais affronter seule.

 

  Sue était déjà installée à une table lorsque j’arrivai enfin au café Suri. Je fus très surprise de constater qu’elle ne m’attendait pas seule. Une jolie fille rousse au teint de porcelaine se tenait timidement assise à ses côtés. Quand elle me vit arriver, Sue bondit immédiatement de sa chaise et se précipita surexcitée dans mes bras.

- Jesssssssssssssss! Ma chérie, tu m’as trop manqué pendant ces deux mois! Ça fait tellement de bien de te retrouver, j’ai un milliard de trucs à te raconter…Cria-t-elle d’une voix pleine d’euphorie en me serrant contre elle.

- Toi aussi, tu n’imagines pas à quel point tu m’as manqué cet été, je me suis trop ennuyée sans toi, c’était horrible….

La jolie rousse se leva à son tour, et m’adressa un timide bonjour, elle semblait toute fragile et embarrassée. Ses magnifiques yeux émeraude, et la douceur de son traits angéliques me donnèrent tout de suite une très bonne impression au premier regard.

 

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- Oh j’allais oublier, je te présente Gabrielle. Je l’ai rencontré au refuge pour animaux de Old Hill, elle est bénévole là-bas et il se trouve qu’elle est dans la même classe que nous cette année. Le monde est petit, hein?

- Je suis ravie de faire ta connaissance, Sue n’a pas arrêté de me parler de toi, murmura-t-elle à mon intention. Elle prononçait chaque mot d’une petite voix à peine audible, le regard baissé vers le sol.

- Gaby est très timide, mais c’est un vrai boute-en-train quand on l’a connais bien, pas vrai Gaby? Précisa Sue devant la discrétion de sa nouvelle amie. Gabrielle se mit à rougir, un petit sourire gêné aux lèvres.

- Je t’ai commandé un grand crème, comme d’habitude.

- Super, ça tombe bien, j’ai besoin d’un dose supplémentaire de caféine! La remerciai-je. Sue me connaissait si bien, et je fus soulagée de constater qu’elle n’avait pas oublié ma grande passion pour le café.

Nous nous assîmes autour de la table, impatientes de commencer à déballer nos nouveaux potins.

- Tu ne vas jamais me croire! Lança-t-elle la première en sautillant littéralement sur sa chaise, trop impatiente de commencer son récit.

- Raconte moi tout, je t’écoute.

- Désolée Gaby, tu vas devoir écouter encore une fois toute l’histoire…Alors voilà, tu sais que je suis partie en Espagne pour perfectionner mon niveau en langue?…

- Oui, passes les détails…La pressai-je, trop curieuse.

- Attends!…Donc mes parents m'ont envoyé dans une famille extrêmement chiante et stricte là bas. Je n’avais quasiment rien le droit de faire. Permission de sortie jusqu’à 20h, tu imagines les vacances de merde….Enfin bref, tout était pourri, et comme si ça ne suffisait pas, mon père à insisté pour que j’ai en plus un professeur particulier à domicile pour m’entraîner à l’écris….

- Bon, vas-y accouche….

Les yeux bleus de Sue s’illuminèrent de malice, revivant chaque scènes de son récit avec toute la passion de ses souvenirs. C’était tellement bon de la retrouver, avec toutes ses histoires impossibles et sa joie de vivre débordante.

-….Et il se trouve que le prof en question, Juan, était un super canon de 24 ans, hyper sexy….

- Et vous êtes….?

 

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