chapitre 3 (partie 2) suite manquante

 

Après son départ, nous restâmes figés un instant à nous observer silencieusement. Jeremy réalisait à quel point nous avions frôlé la catastrophe et n’arrivait toujours pas à se détendre.
- Merci pour ce magnifique mensonge, tu n’étais pas obligée de faire ça.
- C’est moi qui t’ai mis dans cette situation, en venant sur ton lieu de travail te poser toutes ces questions. Alors c’était aussi à moi de régler le problème que j’avais engendré.
- Tu mens vraiment très bien ma parole! Je ne sais pas comment tu as pu improviser tout ça, mais c’était très plausible, me remercia-t-il sans joie. Il ne semblait pas se pardonner son imprudence, et avait apparemment du mal à digérer de ne pas s'en être sorti tout seul.
- J’espère qu’il ne te prendra pas la tête tout à l’heure. Je suis vraiment désolée. Je pense que je devrais te laisser, tu ferais mieux d’aller t’expliquer avec lui. J’ai déjà mis assez de pagaille pour aujourd'hui, m'excusai-je honteuse de l'avoir mis dans une telle situation.



 

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Jeremy dut ressentir mon malaise, et il s'obligea à sourire. Il caressa tendrement mon visage, m'adressant un regard dénué de tout reproche.

- Ce n'est pas toi la fautive, je ne veux pas que tu culpabilises. J'aurais dû être plus prudent, et m'abstenir de te parler de tout ça ici, dit-il avant de poser ses lèvres sur les miennes. Il m'étreignit un instant dans un élan de tendresse, et se ravisa immédiatement. Il recula brusquement de quelques pas.

- Malgré mon demi siècle d'expérience, je ne semble toujours pas savoir retenir la leçon de mes erreurs. Tu me rends fou...imprudent, grogna-il en écrasant son poing contre le mur.

- Ne sois pas aussi dur avec toi. Tentai-je en vain de l'apaiser sans oser m'approcher.

Une vague d'inquiétude m'envahit soudain. Je ne voulais pas que cet incident le pousse à me fuir. Non...je ne pouvais pas le perdre! La réalité de mes sentiments pour lui m'apparut enfin comme une évidence. Je l'aimais.

- Je peux venir te voir ce soir? Demanda-t-il d'un air impatient qui chassa instantanément toutes mes craintes.
- Euh…en fait j’avais déjà prévu quelque chose avec Sue. On va à la soirée barbecue annuelle de Robin…mais si ça te dit de venir avec nous? Enfin je ne sais pas si ce genre de distraction pleine de jeunes humains puériles plaisent aux vampires…
- Je viendrai, trancha-t-il sans hésiter.
- OK, alors rejoins moi à la maison vers 17h45, Sue passera nous chercher à 18h.
- Maintenant que Conrad sait pour nous deux, je n'aurais plus à m'éclipser en douce pour te rejoindre. Il effleura de sa main mon visage, le regard chargé de désir. Je lui souris pleine de regrets, avant de sortir à mon tour. Impatiente de le retrouver ce soir.


Tout s’agitait dans ma tête, l'incident avec Gabrielle mais aussi cette mystérieuse affaire dont Jeremy m’avait parlé; les images de ces filles mortes mutilées dans le bureau de mon frère, sans compter cette confrontation inattendue avec Conrad...mon esprit était sur le point de saturer.
Cette petite soirée chez Robin entourée de visages familiers, d’histoires simples et surtout normales, allait me faire le plus grand bien. Je rentrai donc chez moi me préparer pour ce soir, et tenter de me vider la tête en réfléchissant à des préoccupations moins essentielles, telle que la manière dont j’allais le dépenser mon chèque.





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Il était 17h30, lorsque la sonnette retentit à l'entrée.
Je me pressai de descendre ouvrir à Jeremy qui m’attendait derrière la porte, toujours paré de son incroyable sourire ravageur. Son regard s'illumina lorsqu'il se posa sur moi et mon cœur s'emballa instantanément. Il cachait quelque chose dans son dos, l’air mystérieux.
- Je suis un peu en avance, ça ne te dérange pas? J’étais trop impatient de te voir, et je voulais être un peu seul avec toi avant l’arrivée de Sue, murmura-t-il d'une voix base et sensuelle en effleurant mon oreille de ses lèvre. Je frémit à son contact.
- Non c’est parfait...j’avais fini de me préparer de toute façon.
- Tu es sublime, s'exclama-t-il en me déshabillant de son regard plein de désir. Je m’étais une fois encore habillée avec l'une des robes de maman, profitant que Théo ne soit pas là pour me voir sortir. Elle était en satin rouge sans brettelles, maintenue par un bustier en corset, descendant jusqu’à mes genoux. J’avais relevé mes cheveux, laissant ainsi mes épaules dénudées au cas où Jeremy voudrait y attarder ses lèvres. Malgré nos bonnes résolutions, je ne pouvais pas m'empêcher d'espérer ses caresses, ses baisers...Oui je sais, encore mon esprit de contradiction!
- J’ai exactement ce qu’il te faut pour aller avec cette robe magnifique, la petite touche finale à ta perfection, déclara-t-il le regard malicieux.
Il révéla sa main qui était cachée dans son dos pour me tendre un petit écrin noir. Surprise, et surtout très émue par ce présent inattendu, je le saisis timidement, gênée qu’il me fasse déjà un cadeau.
- Ouvre-le, je t’en prie.
Je l’ouvris délicatement, et fus éblouie par la beauté de l’incroyable bijou à l’intérieur. Un magnifique pendentif en forme de cœur, un rubis entouré de petits fils d'or blanc, accroché à une chaîne en argent.
- Oh mon Dieu…Jeremy il ne fallait pas c’est beaucoup trop…Je ne peux pas accepter un tel bijou, je ne le mérite pas…
Il saisit alors le collier et vint le suspendre à mon cou, en l’attachant dans mon dos. Il caressa sensuellement mes épaules, puis ma gorge et vint y déposer une léger baiser.
- Je tiens à ce que tu le portes, vraiment j’insiste.
- C’est le plus beau cadeau qu’on ne m’ait jamais offert, je ne sais pas quoi dire…merci.
- Il te plait?
- Oh oui! Je l’adore, mais c’est beaucoup trop…On se connaît à peine, tu n’aurais pas dû…
- Ce pendentif à une signification spéciale pour nous, les vampires…M'annonça-t-il en susurrant chaque mots si près de mon oreille qu'il aurait pu la toucher. Je soupirai et fermai alors mes yeux, abandonnant ma tête contre torse, m'enivrant de son parfum et de la chaleur de son corps musclé pressé dans mon dos. Il soupira à son tour, torturé par l'envie que suscitait ce contact entre nous. Ses lèvres hésitèrent un moment sur ma nuque, me mettant au supplice. Il lutta un instant, sa respiration de plus en plus rapide, mais sa retenue finit par céder. Ses mains se refermèrent brusquement autour de ma taille et m'attirèrent avec force contre lui. L'effleurement de sa bouche se changea alors en baiser passionné le long de mes épaules, de ma gorge jusqu'à mes lèvres que je lui tendis. Tout son corps vibrait d'un désir intense et contenu qui le brulait de plus en plus fort à mesure que sa langue caressait la mienne. Sa main glissa sur le tissu de ma robe et se pressa contre mon ventre, y réveillant une fièvre d'envie insoutenable, à laquelle je n'étais plus certaine de vouloir résister.
Nous étions sous mon porche, et n’importe qui pouvait nous surprendre à tout moment, ce qui ne fit qu'attiser le plaisir de cette proximité interdite. Mais je savais que ce risque l’empêcherait de tenter toute approche trop charnelle, et cela me rassurait. Car en cet instant, j'avais réellement envie de céder. Je sentis sens canines mordiller prudemment ma peau, si délicatement que ça n'en fut même pas douloureux, mais plutôt...délicieux. Étrangement, je me surpris même à désirer une morsure plus intense. Je saisit alors sa tête et la pressai un peu plus fort contre mon cou, sans réfléchir. Surpris par mon geste, Jeremy s'écarta brusquement.



 

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- C’est un artisan bijoutier âgé de plus de 700 ans qui les crée pour ses pairs… Il est de coutume, d’offrir ce cœur à celle que nous désirons…posséder pour l’éternité. Les autres vampires n’oseront jamais te toucher si tu le portes. Ils sauront que tu…appartiens à l’un des leurs et qu’il serait dangereux pour eux de risquer le courroux de ton protecteur. M'expliqua-t-il d'un air confus, visiblement mal à l'aise après mon geste maladroit.
Ces paroles me firent frémir, ce pendentif signifiait donc un certain engagement pour lui, et il était encore bien trop tôt pour que je puisse l’accepter. Je l'aimais, là dessus je n'avais aucun doute. Mais je n'étais pas sûre d'être prête à me lier à lui pour...l'éternité. J'avais besoin de temps pour lui confier mon cœur, être certaine qu'il ne le blesserait pas.
- Je suis désolée mais je ne peux pas m’engager aussi vite… M'excusai-je en détournant mon regard.
- Ne t’inquiète pas, je sais bien que c’est encore trop tôt. Même si je n’ai aucun doute sur mes sentiments pour toi. Si je te l’ai offert, c’est surtout parce que je m’inquiète pour ta sécurité, avec toutes ces jeunes filles qui disparaissent... Et si c’est l’œuvre de vampires, je veux que tu le gardes sur toi, pour dissuader ceux qui pourraient croiser ton chemin avec de mauvaises intentions. Je ne pense pas que l'un des notres prendrait le risque de provoquer l’un de ses semblables, ça serait contre nos règles….
- Oh, alors si je le porte c’est juste un sorte de protection, pas une promesse…
Je surpris un éclat de tristesse scintiller dans son regard, ma réaction ne devait pas être celle qu’il espérait.
- Non, c’est juste au cas où tu croiserais des vampires peu fréquentables, tu es si…appétissante. Il baissa son regard, l’air coupable.

Je m'approchai à nouveau de lui et saisit son visage entre mes mains, l'obligeant à me regarder droit dans les yeux.

- Ne crois surtout pas que je doute de mes sentiments pour toi. C'est juste que... Je ne suis pas aussi forte que j'en ai l'air. Il y a beaucoup de choses que tu ignores de moi. Et j'ai besoin de temps pour te confier mon cœur, car lorsque je l'aurais abandonné entre tes mains...on ne pourra plus revenir en arrière. Je serais totalement vulnérable...Lui confessai-je en toute sincérité.

Mes paroles le touchaient, je le voyais à son regard plein d'émotions.

- Je comprends, et je respecte ta prudence. Mais sache que je ne te ferais jamais de mal. Je patienterais le temps qu'il faudra pour mériter ta confiance.

Il me serra tendrement dans ses bras protecteurs, et je me laissai aller contre lui pour profiter un instant de ce sentiment de sécurité absolu que lui seul avait su me donner, et que je n'avais jamais plus ressenti depuis la mort de mes parents. Nous restâmes ainsi un long moment, silencieux, jusqu'à ce que je ne reprenne enfin la parole.

- Que t’a dis Conrad après mon départ, tu n’as pas eu de problèmes j’espère? M'enquis-je inquiète.
- Il m’a demandé ce qui se passait exactement entre nous. Je lui ai dit que…je tenais beaucoup à toi.

Je perçus une certaine hésitation dans sa voix lorsqu'il prononça ces mots. Et regrettais presque qu'il n'en ait pas choisi d'autres...
- Et qu’est-ce qu’il t'a répondu?
- Il n’a fait aucun commentaire sur le sujet, et m’a juste recommandé de faire attention à ne pas t’entraîner dans un monde qui serait dangereux pour toi. C’est tout ce qu’il ma dit, mais il semblait ne pas être surpris. Je pense qu’il va certainement y réfléchir encore un peu avant de prendre sa décision…

- Et les autres? Demandai-je, en m'inquiétant malgré moi de la réaction de Stefan.

- Il ne dira rien aux autres pour éviter de créer un conflit. C’est lui le plus âgé, alors tant qu’il ne désapprouve pas notre…relation, les autres n’ont aucune importance. Maintenant qu’il est au courant, je peux t’offrir ce pendentif. Il ne sera pas choqué de le voir à ton cou.



 

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- Parfait. Et bien merci beaucoup pour cet adorable présent, il me touche énormément. Si j'avais su, je t'aurais trouvé un cadeau...

- Si tu l'avais su, ça n'aurait pas été une surprise. Et puis, je ne veux rien d'autre que toi. Je voulais juste que tu gardes à ton cou quelque chose qui te rappelle à chaque instant combien...je tiens à toi.
- Moi aussi je tiens beaucoup à toi. Je ne me suis jamais sentie aussi proche de qui que ce soit…
Il plongea son regard intense, terriblement troublant, dans le mien et m’embrassa amoureusement. Mon cœur s’agita à nouveau dans ma poitrine, envahie par une monté de désir irrépressible et instinctif. Chaque contact avec lui était une véritable torture pour ma volonté.

Notre étreinte fut soudainement interrompue par un raclement de gorge gêné derrière nous. Sue était arrivée et nous regardait de ses yeux écarquillés, ne sachant plus où se mettre.
- Je…croyais qu’on avait rendez-vous à 18h. Excusez moi de débarquer dans un moment aussi…Enfin, je ne voulais pas jouer les voyeuse ni…
- C’est bon ma belle, je n’avais pas vu l’heure passer mais nous t’attendions. Oh, j’allais oublier de faire les présentations, voici Sue, ma meilleure amie. Et Jeremy mon…nouvel ami, dis-je avec embarra sans oser dire « mon petit ami ». Je préferai qu'il soit le premier à nous présenter ainsi.
- Ravie de te connaître enfin, dit-elle en rougissant, visiblement impressionnée par lui.
- Moi de même, lui répondit-il avec son habituel sourire charmeur.
- Oh, j’ai oublié de te demander, ça ne te dérange pas si Jeremy nous accompagne?
- Euh, non pas du tout…
Elle m’adressa discrètement un de ses regards qui voulait dire « Tu vas devoir me tout me raconter en détails, je te préviens! ».
- En parlant d’invités surprise, je me disais que ça serait sympa de passer chez Gabrielle pour lui proposer de nous accompagner. Elle est très timide et ne connaît pas beaucoup de monde au lycée, alors on pourrait l’aider à mieux s’intégrer.
J’eus un léger sursaut en l’entendant parler de Gaby, me rappelant notre dernier contact et ses effets secondaires. Jeremy sembla intuitivement ressentir ma tension, et me serra la main plus fort pour me rassurer.
- Oui bien sur, c’est une excellente idée, on devrait aller la chercher. Tu sais où elle habite?
- Oui, ce n’est pas très loin de chez Robin, je l’y ai raccompagné une fois.
- Bon, et bien allons-y, on te suit.



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Je détachai ma main de celle de Jeremy, voulant éviter à Sue de se sentir mal à l’aise et ne pas lui donner l’impression de tenir la chandelle. Il m’adressa un clin d’œil complice, devinant ma pensée. Sentant la gêne de mon amie, il s’empressa d’entamer la conversation avec elle.
- Alors comme ça vous êtes amie depuis toujours, vous êtes dans la même classe?
Sue étala un large sourire, elle adorait être le centre de l’attention, et il lui donnait ainsi l’occasion de laisser s’exprimer sa nature de bavarde.
- Oui, on se connaît depuis que nous sommes nées! Nos parents étaient amis eux aussi. Nous sommes restées collées ensemble depuis le jardin d’enfants, et mes parents ont toujours réussi à nous faire mettre dans les mêmes classes. Mais je me demande comment nous allons faire après notre diplôme de premier cycle, parce que Jess voudrait aller à la fac de Seatlle en psychologie, alors que moi je veux absolument aller à l’Université de New York pour étudier le droit. J’ai toujours rêvé de devenir avocate comme ma mère et…
Sue ne cessa plus de raconter sa vie durant tout le chemin, sans même reprendre son souffle une seconde. Jeremy en bon publique, l’écoutait avec attention, la questionnant parfois sur ce qu’elle lui disait. Sue était aux anges, et toute timidité semblait s’être évaporé d’elle. J’étais contente que ma meilleure amie s’entende aussi bien avec l'homme que j'aimais. Mais je restai silencieuse, préoccupée par ce second face à face avec Gabrielle, que j’appréhendais beaucoup. Allait-elle refuser de me parler et continuer à me toiser avec terreur comme si j’étais responsable de ce qui s’était passé la veille? Avait-elle été malade elle aussi après cet incident?



 

 

 

 

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Nous arrivâmes enfin devant une charmante maison bourgeoise, au jardin impeccablement entretenu et fleurit.
Sue interrompit enfin son monologue pour aller frapper à la porte.
- J’espère qu’elle aura le droit de sortir, il parait que son père est vraiment très strict… Chuchota-t-elle en grimaçant.
Jeremy quant à lui m’observait d'un air soucieux. Il semblait ressentir la tension qui émanait de moi, et repris ma main dans la sienne pour m'apaiser.
Nous attendîmes un instant avant que la porte ne s’ouvre enfin. Je fus soudainement envahie par la terreur lorsque je reconnus l’homme qui nous accueillait à l'entrée. Mon cœur cessa de battre un instant, je me sentis pâlir, horrifiée. Tout mon corps se mit à trembler. Jeremy compris immédiatement que quelque chose n’allait pas, et me dévisagea l’air inquiet en resserrant sa main.

Son expression n’était pas la même, un sourire accueillant avait remplacé la démence haineuse de ses traits, mais c’était bien Lui! Le père de mon cauchemar. Celui qui avait hanté mon rêve en cognant sur le jeune garçon, Kevin… Un sentiment d’horreur m’envahit lorsque je compris que ce monstre était bien réel, et non pas le fruit de mon imagination détraquée.
- Bonjours monsieur, nous sommes des camarades de classe de Gabrielle. Nous voulions vous demander votre permission pour l’inviter à un barbecue de rentrée avec les autres élèves du lycée, annonça Sue de sa petite voix d’ange, celle que l’on prend habituellement avec les parents de nos amis.
- Oh, c’est tellement gentil de votre part de l’inviter, je suis sûr qu’elle appréciera beaucoup cette attention. Malheureusement Gabrielle est souffrante, elle doit garder sa chambre jusqu’à son rétablissement. Je suis sincèrement navré, s'excusa l'homme sous un masque de regret. Sa voix était mielleuse et sonnait totalement faux, m’inspirant malgré moi un profond dégoût, et une haine féroce.
- C’est dommage, j’espère que ce n’est rien de grave au moins?
- Non, je pense qu’elle couve juste une petite grippe, ne vous en faîtes pas elle sera rétablie pour la rentrée. Je lui dirai que ses amies sont passées, elle sera très touchée. Je vous souhaite une bonne soirée…
Il allait refermer la porte, lorsque je m’entendis dire malgré moi:

- Et ce que Kevin est là? J’aimerais lui parler un instant.
Que m’avait-il pris d’être aussi impulsive, peut être que ce rêve n’avait été que le fruit de mon imagination. Mon cerveau avait très bien pu inconsciemment, se souvenir de son visage que j’avais dû croiser un jour, devant le lycée. Kevin n’existait peut être même pas et j’allais certainement me ridiculiser.
L’homme sembla surpris.

 

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- Vous connaissez mon fils?
Mon ventre se noua, tout cela était bien réel alors!
- Euh...oui, le collège est attaché à notre lycée et il m’arrive de le croiser de temps à autres, improvisai-je encore tétanisée.
- Je voulais juste lui dire un petit bonjour…
Il sembla hésiter un instant. Jeremy me dévisagea, il venait de comprendre et faire le rapprochement avec le cauchemar que je lui avais raconté.
- Il n’est pas en âge de sortir aussi tard, mais je pense qu’il sera content de vous saluer, finit par accepter le monstre.
Il appela son fils à l’intérieur. Ma tête allait exploser, je me sentais à bout de nerf, angoissée à l’idée que ce Kevin puisse ressembler à celui de mon rêve et confirmer ainsi l’horrible réalité. L’homme nous adressa un dernier sourire poli, puis disparut derrière la porte. Et je le vis apparaître.
- Oui, c’est pour quoi?
C’était bien lui, le même visage triste et apeuré, ce même petit corps frêle... Je sentis tout mon être se charger d’un élan maternel plein de tendresse envers lui.
Que pouvais-je bien lui dire, il ne me connaissait même pas et risquait de me prendre certainement pour une folle si je lui expliquais comment je l’avais vu dans mon sommeil.
- Euh, salut Kevin. Tu ne me connais pas, je suis une amie de ta sœur et elle m’a beaucoup parlé de toi…
Sue m’adressa un regard étonné, elle savait que c’était faux puisque c’était elle qui m’avait présenté Gaby la veille, et nous n’avions jamais parlé de son frère.
- Je…je voulais juste te souhaiter une bonne rentrée et…te demander de dire à ta sœur que j’aimerais vraiment lui parler lorsqu’elle sera guérie. Je vais te donner mon numéro de téléphone pour que tu lui donnes…
Je cherchais un bout de papier et un stylo dans mon sac, tremblante et mal assurée. Je lui écris mon numéro, ainsi qu’un petit message au dos du papier « Je sais tout, appelle moi en cas de problème ». J’espérais qu’elle comprendrait ce que je voulais dire. Je lui tendis le papier, luttant pour retenir les larmes que je sentis monter lorsque je lus toute la souffrance se peindre dans ses grands yeux verts. Une profonde solitude émanait de lui. Et je dus me faire violence pour ne pas le serrer dans mes bras.



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- Tiens, donnes lui ça et dis-lui que c’est de la part de Jessica.
- Oui, je vais le lui donner tout de suite, se contenta-t-il de répondre en m'adressant un sourire poli avant de refermer la porte.

Je me retournai vers Sue et Jeremy, incapable de parler, j'étais totalement bouleversée.
- Qu’est-ce qu’il t’a pris de dire ça? Comment connais-tu ce gamin? Me questionna-t-elle perplexe.
Je ne répondis rien, et me contentai d'échanger un bref regard entendu avec Jeremy. Je savais qu’il avait compris.
Soudain, une voix dans ma tête se mit à murmurer: "J’ai bien reçu ton message, je ne sais pas comment tu sais mais merci…" C’était Gabrielle qui me parlait. Mes yeux se levèrent instinctivement en direction de la fenêtre à l’étage, et je la vis qui me regardais avec désespoir. Son visage bleuit par les coups de la veille. Elle sembla tout aussi surprise que moi de me voir réagir, doutant certainement que je l'entende. « Il ne veut pas qu’on me voit ainsi, d’habitude il ne cogne jamais le visage pour ne pas laisser de traces… ». Je compris qu’elle s’adressait à moi par la pensée, comme la dernière fois, lorsque nous nous étions touchées après le choc.
Je me concentrai pour lui répondre, sans savoir réellement commet il fallait m’y prendre.
«  Qu’est-ce que je peux faire? Je vais appeler la police, prévenir mon frère...Il faut qu’on te sorte de là…», Elle me coupa net : « Non! Surtout pas je t’en prie ne dis rien à personne, ça serait pire encore, je t’en supplie…Je t’expliquerai tout à la rentrée mais surtout ne fais rien… ».
Je sentis soudain une main m’attraper. Jeremy me fixait de son regard inquiet. Lui aussi l’avait vu par la fenêtre, et observait notre conversation muette comme si il la devinait.
«  Vas-t’en je t’en prie, tu risques d’éveiller ses soupçons si il vous voit rester ici… ».

Je ne voulais pas la laisser, c’était trop dur «  Et toi…et Kevin…si il vous battait encore... je ne peux pas laisser faire ça sans rien dire… ». Elle me lança  un dernier regard implorant, avant de refermer le rideau précipitamment.





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