Chapitre 4 - Gabrielle

Chapitre IV - Gabrielle

Cette visite chez Gabrielle et la rencontre avec son petit frère, m’avaient profondément bouleversé. Réaliser que le pire de mes cauchemars était bien réel m’avait littéralement retourné l’estomac.

Sue avait dû insister pour que je ne renonce pas à la soirée chez Robin. Mon attitude ayant déjà été suffisamment étrange, je m’étais résigné à la suivre pour ne pas éveiller ses soupçons. Car bien que Sue soit incapable de lire dans les pensées, elle était intuitive et je savais qu’elle finirait par se poser trop de questions si je ne lui changeais pas les idées en l’accompagnant à ce barbecue.

Jeremy avait tenté de détendre l’atmosphère et de faire diversion en ne cessant de lui poser toutes sortes de questions futiles, feignant d’être passionné par ses interminables monologues. Mais je voyais dans son regard soucieux, que cette étrange histoire l’avait aussi beaucoup perturbé, et je me doutais qu’il voudrait en discuter lorsque nous serions enfin seuls.

 

Le soleil commençait à décliner, mais la fête battait déjà son plein dans l’immense jardin de Robin, aménagé spécialement pour l’occasion comme à chaque pré rentrée. C’était une sorte de coutume dans notre lycée. Robin et sa bande étaient très populaires, et savaient garder leur influence en organisant toutes sortes de soirées tout au long de l’année. Je n’étais pas particulièrement proche de lui. Nous nous évitions même depuis la première année, où il avait très mal digéré mon refus de l’accompagner au bal de printemps. Je savais qu’il avait toujours eu un petit faible pour moi, et son ego orgueilleux avait été blessé par mon « râteau », qui devait certainement être son tout premier. Mais il n’avait jamais osé lancer les hostilités contre moi, craignant certainement que je ne répande l’objet de son humiliation. Nous avions donc gardé quelques échanges polis, et je continuais ainsi à être invitée à toutes ses soirées.

La musique battait son plein, les conversations et ragots fusaient dans tous les coins, et Sue semblait ravie de retrouver cet environnement familier bien que superficiel. J’avais passé tout le début de soirée à la suivre sans grande motivation, à saluer et échanger les derniers potins à la mode, à présenter Jeremy, qui semblait attiser toutes les curiosités. Lui aussi feindre cet intérêt poli que je m’évertuais à jouer, bien que je n’eus pas le cœur à m’investir réellement dans tous ces puériles bavardages trop souvent médisants. Il avait su parfaitement s’intégrer, s’attirant bien sur, toutes les minauderies désespérées de la quasi totalité des filles de mon bahut.

 

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Je ressentais une certaine fierté à me montrer ainsi avec lui, amusée par les regards envieux et jaloux que me lançaient toutes celles qui auraient rêvé d’être à ma place. Malgré mes craintes inutiles, Jeremy ne semblait pas leur accorder le moindre intérêt, son regard plein de désirs ne cessant de s’attacher au mien.

 

Je laissai Sue et Jeremy en pleine discussion un instant pour aller chercher quelques boissons. Elle semblait incapable de s’arrêter de parler depuis qu’il avait eu le malheur de s’intéresser à son voyage en Espagne. Lui aussi avait eu droit à tous les petits détails croustillants de sa folle romance avec le merveilleux Juan, et je fus soulagée de pouvoir me reposer les oreilles quelques minutes. Jeremy me lança un regard plein de reproche en me voyant m’éloigner, le laissant seul face à sa nouvelle « meilleure amie » qui ne comptait l’épargner d’aucun détail de sa vie amoureuse.

Je n’arrivais vraiment pas à profiter de cette soirée, incapable de me détendre à présent que je connaissais l’horrible situation de Gabrielle. Depuis combien de temps gardait-elle ce secret, se condamnant ainsi à la solitudes et aux mensonges? Pourquoi refusait-elle de me laisser intervenir? J’étais persuadée que Théo saurait comment l’aider ainsi que Kevin. J’avais mal d’imaginer que la souffrance que j’avais pût ressentir quelques heures lors de cet affreux cauchemar, puise être sa réalité quotidienne. Je me sentais étrangement liée à elle, et sa détresse en devenait aussi la mienne. Peut-être étais-ce du à notre lien « télépathique »?

Je fus soudainement interrompue dans mes pensées par Sue qui m’avait rejoint.

- Jessi, on a un problème, annonça-t-elle d’un air affolé.

- Qu’est-ce qui se passe? Jeremy n’est plus avec toi?

Je compris à son regard inquiet qu’elle ne savait pas comment me dire la nouvelle.

- Alicia Stenford!

Je n’eus pas besoin d’explications supplémentaires pour comprendre. Alicia était l’une des pires pestes de Old Hill, le stéréotype même de la vipère populaire et superficielle dont il fallait éviter à tout prix d’être la nouvelle cible.

Je me tournai alors vers Jeremy et reconnue avec angoisse, la poupée Barbie blonde et prétentieuse qui était en train de lui faire son numéro de drague.

 

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- Jessica reste calme surtout, je suis sûre que Jeremy ne s’intéresse pas à ce genre de «pom pom pouffiasse » écervelée.

Je m’empressai quand même de le rejoindre, tentant avec difficulté de garder une expression neutre sur mon visage.

- Alors comme ça tu es policier, tu as un donc uniforme et des menottes? Minaudai-t-elle en se tortillant les cheveux.

Cette fille était vraiment la reine des salopes! Elle était littéralement en train d’allumer mon…petit copain, avec ses airs aguicheurs et ses allusions salaces.

Je n’avais pas le choix, je ne pouvais pas laisser cette allumeuse s’approcher de lui. Comme si je ne l’avais pas vu, je l’interrompis dans son baratin en enlaçant fougueusement Jeremy et l‘embrassai d‘un long baiser passionné qui frôla presque l‘indécence. Surpris, il répondit immédiatement à mon avance et profita de mon initiative inespérée pour m’encercler de ses bras et me rendre amoureusement mon baiser. Je dus le repousser doucement au bout de quelques secondes, le sentant perdre à nouveau tout contrôle comme si nous avions été seuls. Il se ressaisit, gêné, en me prenant la main.

- Oh Alicia! Excuse moi vous étiez en train de parler? Je suis désolée j’ai un peu de mal à me tenir avec un petit ami aussi craquant et amoureux.

Alicia me fusilla du regard, vexée. Elle savait pertinemment que je l’avais fait exprès. La jalousie déformait son visage, et je compris qu’elle me promettait muettement de terribles représailles. Personne ne se mettait jamais en travers du chemin de son altesse, et j’allais certainement le payer très cher.

- Ah, vous êtes ensemble? Et bien je vais vous laisser en amoureux alors…On se verra au lycée. Jeremy, je suis sure qu’on se reverra bientôt! Dit-elle en m’adressant un regard chargé de promesses.

Elle s’éloigna d‘un pas furieux, entourée de sa meute de pétasses habituelle.

Sue me dévisageait, ahurie.

- Tu viens de signer ton arrêt de mort! Elle va te pourrir la vie au bahut, je crois qu’elle n’a jamais été aussi humiliée de toute sa vie.

- Je sais, mais au moins elle est partie.

- Alors comme ça je suis ton…petit ami? Fit remarquer Jeremy en souriant d’un air victorieux, et je compris qu’il était trop tard pour reculer. Et zut, c’était moi qui avait finit par le dire la première!

- Oui c’est bien ce que j’ai dit.

 

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Son regard magnétique s’enfonça dans le mien avec tant d’intensité que l’espace d’un instant, j’en oubliai presque où nous étions pour me perdre en lui. Il s’approcha de moi, s’apprêtant à m’embrasser de nouveau.

- Stop! Non mais ça va, c’est bon vous n’allez pas recommencer! Moi j’en ai mare, protesta Sue exaspérée.

- Excuse nous, c’est juste que tu as une amie tellement irrésistible… Justifia Jeremy en me dévorant du regard, prêt à récidiver.

- Ouai ba pas quand je suis là…et puis j’ai pas fini de te raconter cette histoire, avant que l’autre blondasse ne débarque. Où en étais-je déjà…

Sue repris son récit sans fin, et Jeremy continua à lui donner la réplique pour ne pas la froisser. Nous passâmes ainsi le reste de la soirée, comme elle avait commencée...à lutter pour ne pas se jeter l’un sur l’autre.

 

Vers 22h, Sue se décida enfin à rentrer à mon grand soulagement. Cette soirée avait été pour moi des plus ennuyeuses. Tous ces bavardages futiles et cette ambiance désinvolte m’agaçaient plus qu’autre chose, surtout depuis les récents événements étranges et trop graves de ces trois derniers jours, qui avaient totalement bouleversé toute mon existence.

J’avais l’impression que le monde autours de moi avait changé, je ne le reconnaissais plus… Ou plutôt, c’est moi que je ne me reconnaissais plus.

Après l’avoir raccompagné chez elle, Jeremy me proposa une petite promenade autours du lac. Nous avions besoin de discuter en privé de ce qui s’était passé chez Gabrielle, et surtout, de nous retrouver un peu seuls en toute intimité.

 

 

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La vue sur le lac était absolument magnifique. La lune, bien qu’elle ne fut pas pleine, illuminait la nuit en projetant son reflet argenté tout autour de nous. Elle donnait au paysage assombri quelque chose de mystérieux et d’inquiétant, presque aussi irréel que mon rêve avec les loups. Jeremy, assit à mes côté sur le bord du ponton en bois, me contemplait silencieusement, sa main caressant doucement la mienne. Son regard énigmatique et grave me dévorant avec gourmandise. Je sentais une tension électrique s’intensifier entre nos deux corps, trahissant toute l’énergie sexuelle que nous tentions mutuellement de refouler, en vain. N’osant plus affronter son regard chargé de désir, je m’évertuai à fixer l’immense étendue d’eau sombre aux reflets lunaires devant moi, m‘émerveillant de ce spectacle si romantique.

- Ton rêve… Il était réel, c’était à travers les yeux de ton amie Gabrielle que tu le vivais, finit-il par déclarer pour briser ce silence.

- Oui.

- Et tout à l’heure, elle te parlait dans tes pensées, n‘est-ce pas?

- Oui. Je ne comprends pas comment cela est possible. Je ne l’ai vu qu’une fois et…

Je ne lui avais rien dit de cet étrange…électrocution de la veille, et j’hésitai à le lui confier tant que je ne comprenais pas moi-même ce qui s’était passé.

- Et…? Que s’est-il passé entre vous? J’ai bien senti ton anxiété lorsque Sue à proposé d’aller la chercher. De quoi avais-tu peur?

Il était certainement le seul à qui je pouvais confier cet évènement surnaturel. Sa nature de vampire lui permettrait sûrement de mieux comprendre ce genre de phénomène, peut-être avait-il déjà vu où entendu parlé de cas identiques dans son monde?

- Je ne voulais pas en parler mais, je pense que je peux te faire confiance et que tu m’aideras peut-être à trouver une explication…En fait, j’ai rencontré Gaby hier au Suri Coffee, c’est Sue qui me la présenté je ne la connaissais pas avant. Ma main a touché la sienne par accident et il y a eu une sorte de choc électrique lumineux qui s’est propagé entre nos mains et…

Jeremy me regardait intensément, immobile et interdit.

- …J’ai ressenti un choc douloureux monter dans tout mon corps et elle aussi. Ensuite je l’ai entendu parler dans ma tête…et d’instinct je lui ai répondu sans savoir comment. Elle était terrifiée, elle pensait que c’était moi qui avais provoqué tout ça et elle s’est sauvée…Et après j’ai été malade comme tu as pu le constater, résumai-je.

 

 

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J’attendais qu’il me réponde quelque chose, une réaction de sa part, une explication. Mais rien, il continuait à me fixer étrangement.

- Tu ne dis rien? Pourquoi tu me regardes comme ça? Tu me trouves…trop bizarre? M’inquiétai-je devant son silence.

- Excuse moi, j’étais juste en train de me dire que ça avait sûrement un lien avec le fait que je ne puisse pas t’hypnotiser et lire dans tes pensées. Il y a quelque chose en toi…de différent. Je l’ai tout de suite ressenti lorsque je t‘ai retrouvé dans cette forêt. Je pensais que c’était ta personnalité, ta façon de t’exprimer, mais c’est bien plus que ça.

- As-tu déjà entendu parler d’histoires similaires? Qu’est-ce qui m’arrive, je ne suis pas normale c’est ça?

Il dut percevoir mon inquiétude, et me serra contre lui d’un geste protecteur.

- Non. Je suis désolé, je n’ai jamais entendu de choses pareilles. Je ne connais pas encore très bien tous les pouvoirs des créatures de mon monde.

- Des créatures? Comment ça, tu penses que je ne suis pas humaine?

- Si bien sur que tu es humaine…mais peut être pas comme les autres. Il faudrait que j’en parle à Conrad, je suis certain qu’il aura une réponse…

- NON! Il en est hors de question. Si je t’ai confié ce secret, c’est parce que je te fais suffisamment confiance pour que tu ne le racontes à personne, et encore moins à ta bande de vampires hautains et méprisants!

Ma réponse sembla le blesser, son regard se durcit et il s’écarta brusquement de moi.

- Ne parles pas d’eux comme ça, tu ne les connais pas!

- Je suis désolée. C’est juste que je n’apprécie pas leur attitude méprisante et surtout leurs préjugés sur moi…

Il soupira, et détourna ses yeux en direction du lac.

 

 

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- Je t’assure que tu te trompes sur eux. Tu n’imagines pas une seconde ce qu’ils ont pu vivre. Et aujourd’hui ils consacrent leurs vies à veiller sur des mortels tels que toi, aux prix de risques que tu ignores…

- Je n’ai rien contre eux. Mais… Stefan m’a traité comme de la merde la dernière fois que je l’ai vu, et pour les autres… ils m’ont toujours ignoré comme si j’avais été invisible, me défendis-je.

- Tu sais, lorsqu’on vit des choses très dures, on a tendance à s’éloigner des autres, à mettre une barrière pour se protéger. Nous n’avons confiance qu’en notre clan, et si tu savais pourquoi…

- Expliques moi alors.

- Non je ne peux pas, trancha-t-il sèchement.

Je saisis alors son visage dans ma main, l’obligeant ainsi à me regarder en face, droit dans les yeux.

- Si tu ne m’expliques pas, ne me demande pas de comprendre. Soit on se fait mutuellement confiance, soit on ne se dit plus rien. Je pense que nous avons assez de secrets envers le reste du monde pour ne pas en avoir entre nous.

Comme je l’avais déjà fais lors de mon interrogatoire au commissariat, je cherchai dans ses yeux la petite porte de son esprit. Sans être bien sûre de ce que j’étais en train de faire, je lui parlai de ma voix la plus douce et persuasive.

- Parle moi!

Ses traits se détendirent soudain, son regard perdu et docile me rappelait étrangement celui de mon frère et de ses invités lors de la première soirée où Conrad les avait envoûté. J’étais horrifiée par cet état d’hypnose que je lui infligeais sans comprendre comment, mais persistai.

- Racontes moi tout, tu sais que tu peux avoir confiance en moi.

Mon regard plongé dans le sien, je vis céder sa résistance et sa bouche s’entrouvrir, prête à avouer.

- C’est une longue histoire tu sais. Chacun de nous a subi une transformation difficile et traumatisante. C’est pour cela que nous combattons ce genre de vampires qui nous ont…détruit.

Ses yeux s’emplirent d’une profonde tristesse, sa voix se faisait fragile, telle un murmure. Je pris sa main dans la mienne et l’écoutai raconter son histoire.

- Pour ma part, j’ai été transformé en 1957, j’étudiais à l’Université.

J’étais le genre de jeune play boy fier et arrogant, qui ne se souciait que de l’instant présent… Avec mes amis, nous sommes partis en week-end dans un chalet à la montagne pour fêter la fin de notre seconde année…

Jeremy plongea dans ses souvenirs pour les revivre comme si c’était hier…

 

 

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«  Nous étions neuf, quatre filles et cinq de mes potes. Nous avions prévu de passer ces deux jours à boire, à danser, à profiter quoi… Nous sommes arrivés en fin d’après midi, nous étions tous très fatigués par la route, mais motivés à s’amuser. On a mis la musique, préparé des cocktails… Nous étions finalement tous ivres avant la tombée de la nuit. Et puis, une charmante jeune femme qui semblait avoir une vingtaine d’années à peine s’est approchée de notre feu de camp. Elle se présenta comme une campeuse qui avait installé sa tente un peu plus loin avec ses amis. Nous avons sympathisé avec elle, mon ami Tom était même complètement sous le charme!

Alors quand elle nous a demandé si ses compagnons pouvaient se joindre à nous, on ne s’est pas méfié…pourquoi l’aurait-on fait d’ailleurs? Quand elle est revenue, ils étaient six, cinq hommes avec elles, et eux n’avaient rien de rassurant ni de sympathique. Ils étaient silencieux, l’air féroce, mais c’était déjà trop tard pour refuser. L’ambiance est vite devenue très tendue, ils nous fixaient d’un air mauvais, sans répondre lorsqu’on leur adressait la parole. Tom s’est alors isolé dans le chalet avec la fille…Tara, je me souviendrais toujours de ce nom. Et puis ils sont revenus et c’était encore plus bizarre. Tom saignait de la gorge et avait l’air complètement groggy, il était tout pâle et tenait des propos incohérents.

Alors on a voulu mettre fin à la soirée, prétextant d’être tous fatigués après la longue journée de route. Je sentais que mes amis aussi avaient peur.

Mais ils n’ont pas bougé, restant là à nous fixer. L’un d’eux s’est mis à rire comme un fou, et les autres l’ont suivi. On s’est alors dépêché de renter au chalet et de tout verrouiller. Mais la fille est apparu de nulle part à l’intérieur et a dit « Entrez, je vous invite à dîner ».

 

Soudain les portes se sont ouvertes brutalement et ils se sont jetés sur nous. Ils avaient une force surhumaine, et nous ne pouvions rien contre eux.

J’ai vu mes amis mourir sous mes yeux, vidés de leur sang. J’étais terrifié, et je ne voulais pas mourir. J’ai tout de suite compri qui ils étaient, le mythe des vampires étaient bien connus… Alors dans un dernier effort, sentant la vie quitter mon corps, aspirée par l’un d’eux agrippé à mon cou, je l’ai mordu à mon tour. J’avais entendu les histoires raconter qu’il fallait boire le sang d’un vampire avant de mourir pour ressusciter, et c’est-ce que j’ai fait. Je ne voulais pas mourir…

Je me suis réveillé le lendemain matin, au milieu des corps mutilés de mes amis. Et je n’étais plus humain… »

 

 

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Je vis couler une larme sur sa joue, et fus profondément touchée en l’entendant achever son histoire.

- Jeremy, je suis désolée…Je ne sais pas quoi dire, c’est horrible ce qui t’es arrivé.

Je le serrai tendrement dans mes bras, le berçait doucement comme un enfant que j’aurais voulu protéger, même si il était bien trop tard.

- J’étais seul, perdu, dégoûté d’être devenu comme ceux qui avaient détruis mes amis, et ma vie. Je regrettais d’avoir bu ce sang maudit, auquel j’aurais préféré la mort. J’ai alors tout tenté pour mettre fin à mes jours. Je me suis pendu, tiré une balle, jeté d’un pont… Et c’est Conrad et Stefan qui m’ont découvert. Gisant sur la rive, inconscient mais toujours vivant. Ils se sont occupé de moi et m’ont appris que je n’étais pas obligé d’être un monstre moi aussi. Que j’avais le choix. Et me voici flic dans une brigade spéciale.

Il tourna à nouveau son visage vers le mien, cherchant dans mon regard l’amour qu’il lui permettrait d’oublier. Je l’embrassai passionnément, amoureusement.

- Voilà mon histoire, pathétique non? C’est moi qui me suis transformé tout seul.

- Tu n’avais pas le choix. Et je suis heureuse que tu l’ais fait, que tu ais survécu et que tu sois là aujourd’hui, avec moi.

- Je t’aime…

Ses mots vinrent percuter mon cœur comme un délicieux et terrifiant poignard. Je ne sus comment réagir devant cette déclaration si soudaine. Aucun garçon ne m’avait jamais dit ces mots. Et en cet instant si intime et précieux, où il ouvrait ainsi son cœur avec sincérité je ne pus réfréner l’envie de lui répondre;

- Moi aussi je t’aime.

Ses yeux se mirent à pétiller de bonheur, effaçant les larmes des souvenirs précédents.

- Je sais que c’est insensé de ressentir ça en si peu de temps...que tout va trop vite et que ça peut te faire peur. C’est étrange comme la vie peut nous surprendre parfois. Lorsque j’étais mortel, et que la vie devait être courte, il me fallait du temps pour comprendre, pour ressentir. Et maintenant que j’ai l’éternité devant moi, je sais que je n’en ai plus besoin pour être sûr de ce que je veux. Et c’est toi que je veux.

 

 

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Son doigt descendit lentement sur ma bouche et glissa jusqu’à ma gorge. Ses yeux brillaient d’une lueur étrange, semblables à ceux d’un animal assoiffé, sa respiration haletante. Je sentais son désir s’enflammer bien au-delà de la simple envie… Se transformant soudainement en besoin incontrôlable. Étrangement, je n’avais pas peur. Au contraire, j’aimais qu’il me regarde ainsi… Le voir lutter de toutes ses forces pour ne pas se jeter sur moi. Je me pressai alors à ses lèvres, cédant ainsi la première à la tentation. Il n’en fallut pas plus pour faire voler en éclat toute la retenue qu’il s’évertuait à garder. A peine avais-je glisser ma langue dans sa bouche qu’il perdit immédiatement tout contrôle de lui-même. Il encercla brutalement ma taille ,et ma nuque de son autre main pour me pressa contre lui. Ses lèvres de plus en plus passionnées descendirent le long de ma gorge jusqu’à ma poitrine qu’il dénuda d’un geste brusque en déchirant le tissu. Lorsqu’il découvrit mes seins nus, je l’entendis pousser un grognement bestial de satisfaction. Il précipita sa bouche sur ma peau découverte, et se mit la caresser avidement de sa langue la pointe de mes seins. Je geignit de plaisir, ce qui ne fit qu’accroître on excitation. Je sentais le désir brûler dans tout mon être, de plus en plus fort, et me sentais incapable de le repousser. Je ne voulais plus qu’il s’arrête, au contraire. Je voulais sentir ses mains sur mon corps, être toute à lui. J’avais confiance.

Il m’allongea soudain sur le sol, plaquant sauvagement son corps sur le mien en écartant mes cuisses d‘un geste ferme et impatient de sa main.

Son autre main parcourait avidement mon corps pour venir se glisser sous ma robe. Je frissonnai de plaisir au contact tiède et terriblement virile de ses gestes de plus en plus audacieux. J’aimais me sentir aussi vulnérable face à lui, me laisser envahir par sa force incontrôlée.

- Veux-tu que j’arrête? Haleta-t-il soudain, levant ses yeux fous de désirs vers les miens.

- Non, pitié ne t’arrête pas, geignis-je au supplice.

- Tu as peur?

- Oui.

- Alors pourquoi…

- Peur de ce que je ressens, de ce que je désire…

- Que désires-tu?

- T’appartenir totalement…

Il comprit à mon regard tout ce qu’insinuaient ces mots. Il hésita un instant, chacun de ses muscles tremblant de lutter ainsi contre sa nature. Ses yeux s’embrasèrent alors d’une lueur inhumaine, aussi brillants que des éclats de lune argentés, terrifiants mais envoûtants…

 

 

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Ses lèvres s’entrouvrirent soudain sur ses canines étincelantes et menaçantes, pour se jeter avidement à mon cou. Il embrassa ma gorge d’un baiser passionné sans oser aller jusqu’au bout.

- Je le veux, suppliai-je d‘une voix impatiente que je ne reconnaissais plus. A présent, les murs de ma raison s’écroulaient sous le poids de mon état de transe déchaîné. Je n’étais plus que cette infime partie de moi-même, primaire et instinctive, dont j’ignorais l’existence et qui se réveillait en moi pour la première fois. J’avais faim de lui, faim de son amour, de son désir intense… Oui je voulais qu’il me morde, que chaque parcelles de mon être lui appartiennent.

Je sentis sa mâchoire se refermer sur ma gorge, ses crocs s‘enfoncer dans ma chaire jusqu’à la transpercer. M’arrachant une plainte de douleur, mêlée à un plaisir dangereux et inconnu. Je sentais mon esprit divaguer, s’éloigner de mon corps. Mais je ne fis rien pour m’en échapper. Jamais je n’avais connu pareille sensation, jamais je n’avais été aussi proche d’un homme…et pourtant au fond de mon âme, je reconnaissais un plaisir familier, la réminiscence d’une énergie dont je n’avais aucun souvenir.

Ses canines finirent par relâcher délicatement leurs emprises de mon cou, il se redressa alors face à moi et me lança un regard honteux, chargé de culpabilité. Je lus dans ses yeux qui s‘éteignaient qu’il se détestait d’avoir cédé à mon sang.

- N’ai pas peur, lui murmurai-je d’une voix sereine, encore sous l’effet de l’extase. Je levai faiblement ma main jusqu’à son visage pour le caresser. Mon corps me paraissait si lourd, si détendu…comme après une injection de morphine, mais en mieux.

Il se figea soudain, une expression horrifiée se peignit sur ses traits et il détourna son visage de ma main.

- Qu’est-ce que tu as? J’ai fais quelque chose qui…

Il s’écarta brusquement et se releva d‘un bond si rapide que j‘eus du mal à le voir se déplacer.

 

 

 

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- Non c’est moi! Hurla-t-il l’air furieux. J’ai bu ton sang…à toi celle que j’aime. Je ne bois jamais le sang d’un innocent… Conrad avait raison, je vais te faire du mal. Grogna-t-il en frappant si violement l’un des poteaux du pontons que celui-ci explosa dans un vacarme terrible.

- Non! C’est faux, c’est moi qui te l’ai demandé! Tu ne m’as fait aucun mal je t’assure.

- Je me suis nourri de toi, dit-il avec un dégoût profond de lui-même.

- Je t’en prie ne me rejettes pas, je ne te demanderais plus jamais de me morde. Je suis désolée, j’étais tellement…excitée.

- Et c’est toi qui me dit de ne pas avoir peur? Ricana-t-il d’un rire sans joie. Alors que c’est moi le monstre!

Malgré l’engourdissement de mes membres encore fébriles et tremblants, je me redressai péniblement sur mes genoux et m’approchai de lui pour saisir sa main. Il eu alors un geste de recul qui me blessa profondément. Pourquoi me repoussait-il ainsi? N’avait-il pas été sincère? Avait-il joué avec mes sentiments? Tout un tas de doutes s’abattirent douloureusement dans mon esprit, effaçant instantanément la délicieuse sensation de bien être que j’avais ressenti quelques secondes plus tôt. Une angoisse insoutenable s’empara de moi face à son rejet soudain. Comment osait-il être aussi distant juste après que je me sois abandonnée à lui? Je lui faisais confiance et avais abaissé toutes mes défenses, mettant ainsi à nu mes failles les plus profondes? Ce geste avait réveillé une autre peur, bien plus terrible que celles de sa nature de vampire. Sans réfléchir, je me relevai précipitamment et lui jetai un regard furieux. Je me sentais humiliée et trahie.

Il m’observa, les yeux pleins d’incompréhension face à mon attitude de colère.

- Tu t’es moqué de moi, tu m’as raconté toutes ces histoires pour m’attendrir et maintenant que je me suis laissée allée, que je t’ai offert mon corps, tu me repousses! Hurlai-je en perdant à nouveau tout contrôle de me émotions.

- Non! Comment oses-tu croire une chose pareille? Je veux juste ne plus te faire de mal. Je n’aurais pas dû…Je suis pire que ces vampires qui traitent les humains comme du « bétails », j’ai honte de moi tu ne comprends pas…

- Ce que je comprends, c’est que c’est la première fois que je me donne ainsi à un homme, et que cet homme n’en n’a rien à faire de me blesser en s’écartant de moi, et en repoussant ma main alors que les siennes caressaient mon corps quelques instants plus tôt. Si tu voulais juste dîner tu n’avais qu’à le demander. Je te l’aurais donné ce maudit sang!

 

 

 

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Il s’avança vers moi, horrifié par les mots qui sortaient de ma bouche et tendit sa main d‘un air désolé.

- Ne me touche pas! Maintenant tu sauras ce que ça fait d’être rejeté au moment où l’on est le plus vulnérable devant celui qu’on aime. Je t’avais dit que si je te donnais mon cœur…

Je me détournai, regrettant déjà chaque paroles que je venais de lui dire. Mais sa distance soudaine m’avait blessé comme la pire des insultes, et avait fait réveillé en moi la bombe d’émotions qui ne demandait qu’à exploser.

Complètement dépassée par tous ces sentiments qui bouillonnaient en moi, je ne trouvais pas d’autre issue que la fuite. Je me mis à courir, sans vraiment savoir où j’allais, les larmes m’aveuglant sans que je puisse les contenir. Le laissant là, immobile et désespéré sur le ponton.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Lorsque j’arrivai enfin chez moi, le visage ruisselant de larmes, je fus accueilli par Théo qui m‘attendait furieux.

- Il est 2h du matin! Où étais-tu? Hurla-t-il, hors de lui.

- A la soirée de Robin, mentis-je en sanglotant.

- C’est faux! Tu me mens! J’ai appelé chez Sue qui m’a dit que la soirée s’était terminée à 22h. Où étais-tu? Et qu’est-ce que c’est que cette robe… on dirait une pute!

A ces mots, je sentis mes nerfs lâcher brusquement et toute ma colère se déverser en moi telle une vague brûlante et incontrôlable

- C’est la robe de maman! Criais-je alors hors de moi. « Je t’interdis de dire que c’est une robe de pute! ». Je sentis ma main se lever malgré moi, et la retint juste à temps avant que celle-ci ne vienne s’écraser sur son visage.

Il me dévisagea, l’air profondément choqué.

- Tu as levé la main sur moi…

Il ne criait plus, mais sa voix tremblait à présent, pleine de déception.

Je ne réussis pas à répondre, honteuse de mon geste. J’étais totalement désorientée par tout ce qui me tombait dessus ce soir. Je n’avais plus aucun contrôle de la situation…de ma vie qui m’échappait depuis quelques jours. Le rêve était en train de virer au cauchemar!

Je courus dans l’escalier et allai m’enfermer dans ma chambre.

 

Je n’arrivais plus à m’arrêter de pleurer. Je venais d’accabler de reproches celui que j’aimais, j’avais blessé mon frère et maintenant j’étais seule, écoeurée par cette nuit de destruction. Complètement dépassée par le flot d’émotions incontrôlables qui me submergeait.

«  Jessica… »

Je reconnus immédiatement cette voix qui résonnait dans ma tête.

 

 

 

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«  Gabrielle? » Répondis-je instinctivement par la pensée.

J’éprouvai un réel soulagement à sentir sa présence en cet instant.

«  J’ai tout vu… tout entendu, tout ressenti….tu étais dans mon rêve… ».

Oh mon Dieu! Gaby avait rêvé de moi comme je l’avais fait moi-même dans mon sommeil. Sans le vouloir, j’avais trahi le secret de Jeremy.

«  Non…ne pense pas ça, je ne dirais jamais rien à personne…jamais, fais moi confiance.. ».

Les battements de mon cœur s‘apaisèrent immédiatement dans ma poitrine, j’avais confiance en elle! Ses pensées ne pouvaient pas me mentir puisque j’étais dans son esprit aussi bien qu’elle l’était dans le mien.

«  Merci…Je suis perdue…Ma vie est devenue un enfer… », Lui dis-je en même temps qu’à moi-même.

«  Tu n’es pas toute seule…nous ne sommes plus toutes seules maintenant, je suis là ».

Le visage de Jeremy s’imposa dans mon esprit, telle une blessure. « Je l’ai perdu… ».

« Non! Il t’aime je le sens, il est juste terrifié à l‘idée de représenté un danger pour toi… »

« Alors pourquoi m’a-t-il repoussé ainsi, après ce qui venait de se passer entre nous? Pourquoi ne m’a-t-il pas retenue? »

«  Il n’a pas compris que nous…que tu voulais qu’il te retienne. Il a eu peur de te faire du mal. Mais il est fou de toi! » Ses mots, me rassurèrent, comme un pansement sur ma plaie. Elle avait tout vu elle aussi, et savait de quoi elle parlait.

«  Tu as de la chance…j’aurais aimé être à ta place…et je l’ai été en quelque sorte…Tu m’as donné un rêve alors que moi je ne t’ai montré qu’un cauchemar. Mais j’ai mal de te sentir souffrir, c’est comme si ta peine était aussi la mienne ».

Je comprenais très bien ce qu’elle voulait dire, moi aussi j’avais ressenti son amour et sa peur pour Kevin, que j’aimais sans le vouloir comme un frère.

« Je veux te voir », me dit-elle.

« Mais ton père ne te laissera pas sortir avant la rentrée à cause des marques sur ton visage »

«  Demain matin il sera absent, retrouvons-nous au vieux square à 9h…  J‘ai besoin de te parler…de comprendre ce qui nous arrive»

Je serais là. Lui promis-je.

 

 

 

 

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