Chapitre 4 partie 2

Malgré la chaleur de cette fin d’été, le matin était gris et pluvieux, et amplifiait en moi ce sentiment de vide et de tristesse. Je m’étais endormie en pleurant et mes yeux étaient encore rouges et gonflés. Lorsque je m’étais réveillée, j’avais hésité à sortir de ma chambre en entendant les bruits qui provenaient de la cuisine. J’avais eu peur d’affronter le regard de Théo après l’altercation de la veille.

Je m’étais tout de même décidée à descendre, espérant qu’il me donnerait l’occasion de m’excuser, de briser la glace par un sourire ou un regard.

Mais en m’entendant arriver, il avait fait comme si je n’avais pas été là, et s’était empressé de partir au travail sans même prendre le temps de boire son café. Il m’avait tout simplement ignoré. Mais je ne pouvais pas lui en vouloir j’étais la seule fautive, et ne me pardonnais pas moi-même.

 

Je m’étais empressée de partir pour rejoindre Gabrielle, j’avais tellement besoin d’une personne qui me comprenne et à qui je ne pouvais rien cacher. Mes secrets étaient une prison que mes mensonges tenaient en otages, enfermée dans une solitude profonde. Mais avec elle, je n’avais pas d’autre choix que celui d’être moi-même, puisqu’elle pouvait lire dans mon esprit mes pensées les plus intimes.

Je marchais depuis déjà un bon quart d’heure, trempée par la pluie qui s’acharnait de plus en plus fort, ressassant la scène de la veille avec Jeremy. Mon ventre se nouait à l’idée d’avoir pu le perdre. Il m’avait fallu cette dispute pour comprendre vraiment combien je tenais à lui, à sa présence, à ses baisers, ses mots…Personne ne m’avait jamais rendue si belle d’un simple regard, si précieuse. Et cette histoire avec Théo n’avait rien arrangé, il savait que je lui avais menti, et comme si ça ne suffisait pas, il avait fallu que je lève la main sur lui. Me pardonnerait-il un jour? Avais-je définitivement brisé quelque chose dans notre relation en le décevant de la sorte?

Toutes ces idées allaient faire exploser ma tête, je sentais ma mâchoire se crisper sous le poids des larmes que je n’arrivais pas à pleurer. Rongée par l’oppressante culpabilité d’être la seule responsable de tout ce qui m’arrivait.

 

 

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J’arrivai enfin au vieux square de Old hill, laissé à l’abandon depuis plusieurs années. Ce lieu où j’avais passé toute ma petite enfance était devenu un terrain vague glauque et lugubre, particulièrement en ce jour de pluie grisâtre. Il avait été remplacé par une nouvelle aire de jeux plus moderne au centre ville, et servait à présent de repaire pour les rendez-vous secrets des jeunes du coin.

Ne voyant Gabrielle nulle part, je m’abritai sous l’ancien préau recouvert de tags obscènes, évitant les tessons des cadavres de bouteilles qui jonchaient le sol crasseux. Pourquoi Gaby avait-elle choisi un endroit si romantique!

«  Je suis désolée, mon père est parti plus tard que prévu », entendis-je soudain dans ma tête. Gabrielle apparut derrière moi, tout aussi trempée.

Elle me rejoignit pour s’abriter à son tour, silencieuse, me fixant d’un air gêné semblable à celui de notre première rencontre.

«  C’est plus facile de te parler dans ma tête lorsque tu es loin… » Dit-t-elle à nouveau sans bouger les lèvres.

- Je pense que après tout ce qu’on a….partagé sans le vouloir, on n’a plus vraiment de raison de se sentir intimidées, tu ne crois pas?

- Oui tu as raison, répondit-elle à voix basse, les yeux baissés.

Je constatai les hématomes sur son joli visage de porcelaine, l’un de ses beaux yeux verts à moitié fermé par un œil au beurre noir.

- Il t’a salement amoché ce monstre…si tu savais combien je le hais.

Je sentis la haine monter en moi, brûlante d’un désir terrible de vengeance. C’était aussi dur de la voir ainsi que lorsque j’avais vu Kevin se faire battre.

- Oh, tu n’imagines pas à quel point moi aussi je peux le haïr.

- Alors pourquoi ne me laisses-tu pas en parler à Théo? Je suis certaine qu’il trouverait le moyen de vous aider toi et ton frère…même si en ce moment il n’a plus très envie de m’entendre, je sais qu’il ne laisserait pas ton père continuer impunément.

Elle me regarda alors avec une impuissante lassitude.

- Tu ne comprends pas, c’est plus compliqué que ça… J’ai déjà essayé une fois d’en parler, à l’époque où nous vivions sur Seattle. Mais personne ne voulait croire que cet homme si charmant et bien sous tout rapport pouvait agir ainsi.

- Mais je te crois moi! Je témoignerais si il le faut, en disant que j’ai tout vu par votre fenêtre et…

- Non, ça ne sert à rien. J’avais déjà deux témoins à l’époque, ma meilleure amie et sa mère. Mais mon père n’est pas n’importe qui, c’est un juge réputé et respecté qui a beaucoup de connaissances et d’influence. Il y avait une flic qui travaillait avec l’assistante sociale en charge de mon affaire. Elle n’a pas voulu abandonner face à ses menaces…et quelques jours plus tard, son supérieur et compagnon de golf de mon père, lui a demandé sa démission en prétextant je ne sais plus quelle connerie. Ça s’est passé de la même manière avec l’assistante sociale. La justice ne peux rien lorsqu’elle est entre les mains des coupables.

 

 

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Je ressentais en moi son sentiment d’impuissance et de révolte face à cette injustice, comme oppressée par une force contre laquelle, le combat était perdu d’avance.

- Quand mon père a su que je l’avais dénoncé…Non tu ne me croiras jamais. Il faut que je te montre pour que tu comprennes…

- Comment?

- Si on arrive à voir à travers les yeux de l’autre pendant notre sommeil, je suppose qu’en se concentrant bien, je peux te donner mes souvenirs… Proposa-t-elle d’une voix incertaine.

Moi non plus je ne savais pas de quelle manière procéder, tout cela était si étrange et surtout impossible. Mais nous devions essayer!

- Ok, regarde moi bien dans les yeux, et concentre toi sur ce que tu veux que je vois…

Gabrielle s’approcha de moi, son visage meurtri à quelques centimètres du mien. Je me concentrai alors sur ses iris émeraudes, cherchant au fond de ses yeux la petite porte quelle laissait ouverte pour moi.

Je sentis mon esprit se noyer doucement au fond du sien, comme si j’abandonnais mon corps, aspiré en elle. Ce fut la même sensation que si je tombais dans le vide, et soudain je disparus de moi-même…

 

 

 

 

 

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Quand je revins enfin à moi, le square avait disparu.

J’étais assise à table, face à ma mère silencieuse. Mon père en bout de table souriait chaleureusement à son ami, le chef de la police de Seattle, qui était invité à dîner avec sa jeune épouse.

- Vous avez totalement raison, ces clubs de golfs sont de véritables bijoux! Répondit-il à mon père plein d’enthousiasme - Il faudra qu’on se fasse une petite partie dès que le temps nous le permettra, je suis impatient de vous montrer mon swing qui s’est nettement amélioré depuis la dernière fois. Cette fois-ci j’aurais ma revanche! Ajouta-t-il d’un air complice.

- Oh, Sam, je vous fais confiance là-dessus, vous êtes mon plus redoutable adversaire! Le flatta mon père de son ton mielleux et hypocrite. - C’est justement ce que je disais au maire en parlant de vous, la dernière fois que nous sommes allés dîner chez lui, n’est-ce pas chérie ? 

Ma mère acquiesça d’un sourire forcé, tentant en vain de paraître intéressée et détendue. Je savais qu’elle était mal à l’aise malgré ses apparences stéréotypées de femme comblée. Elle avait toujours su donner le change devant nos invités, qui ne voyaient en nous que l’image de la famille modèle dont-ils enviaient la perfection.

Mon frère à mes côtés, la tête baissée sur son assiette intacte, semblait ne prêter aucune attention à ce simulacre de bonheur familial.

- Et bien ce dîner était une pure merveille, il faudra absolument que vous me donniez votre secret pour cette délicieuse sauce aux épices ma chère Carole! S’exclama la femme de notre invité, dont j’avais déjà oublié le nom.

- Mais bien sure, je vais vous la noter avant que vous nous quittiez, lui répondit-elle de son sourire figé, en se levant pour aller chercher de quoi écrire. Nos invités allaient s’en aller, et comme toujours, je redoutais le moment où nous serions de nouveau seuls avec lui.

Mon père se leva pour les raccompagner, continuant de plaisanter joyeusement avec son ami. Je me demandai comment ils faisaient pour se laisser berner aussi facilement par toute cette comédie et ne pas voir le monstre qui se cachait sournoisement derrière ce masque courtois et avenant. Il lui allait si mal!

L’échange de futilités mondaines dura quelques instants, avant que j’entende la porte se refermer enfin.

Kevin et moi étions toujours attablés, attendant passivement que la permission de nous lever nous soit accordée.

Le publique ayant disparu, le sourire bienveillant de mon père avait laissé place à ses traits durs et son regard vicieux. Ma mère, tendue, l’observait avec crainte, et je compris que quelque chose de grave allait arriver. Il savait.

 

 

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- Vous voyez les enfants, votre père est l’homme le mieux entouré de cette ville. Ce qui me rend…intouchable! Déclara-t-il en souriant d’une expression vide de joie.

Son regard s’abattit brutalement sur moi, et je sus exactement où il voulait en venir. S’approchant de nos chaises d’un air faussement calme, il posa doucement ses mains sur les épaules de Kevin, prêt à continuer son sermon solennel.

- Et oui! Votre père est le plus grand, et le plus respecté des juges de cette juridiction. Tous le monde le craint, car il est au dessus de tout, il applique la loi…Non! Il est la LOI!

Son ton se faisait plus dur, plus exalté. Je sentais la pression monter lentement en lui, la veine de sa tempe gonfler dangereusement. Il se tut un instant avant de reprendre, une lueur de folie s’allumant dans son regard.

- C’est pourquoi, personne ne prendrait jamais le risque de me défier. Il faudrait être stupide pour croire une seconde QU’ON PEUT SE FOUTRE DE MOI SANS LE PAYER TRES CHER! Hurla-t-il soudain en se tournant brusquement vers moi.

J’étais paralysée par la peur, et mon frère tremblant continuait de fixer son assiette, en tentant de réprimer ses sanglots.

Je n’eus pas le temps de comprendre ce qui nous arrivait, lorsqu’il saisit violement Kevin par les cheveux et le traîna jusqu’à la cuisine. Mon frère se mit à crier mais, et je restai là, pétrifiée de terreur.

Ma mère, debout dans le coin de l’entrée, pleurait en se cachant les yeux, et n’intervint pas comme à son habitude.

J’entendis des objets tomber avec fracas dans la cuisine. Mon frère et son bourreau avaient disparus de mon champ de vision, et je ne pouvais que deviner aux bruits, les supplices qu’il lui faisait endurer.

Mon corps était raide et ne me répondait plus, je savais que je n’aurais pas la force de le protéger, et mes larmes coulaient silencieusement sur mon visage tétanisé.

 

 

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Je vis soudain mon père réapparaître dans le salon, traînant mon frère attaché par une corde autour du cou, il suffoquait. Je cherchai en moi la force de sortir de mon état paralytique et me précipitai pour libérer Kevin, implorant mon père de le lâcher.

- Je t’en supplie, laisse le tranquille, cogne sur moi…cogne sur moi… Criais-je en tentant vainement de m’interposer.

Sans lâcher prise, il me projeta à l’autre bout de la pièce d’un coup de pied au ventre qui me coupa le souffle.

Je n’arrivais plus à respirer. Le visage à terre, je sentis la nausé remonter le long de mon œsophage et ne pus me retenir.

Les membres endoloris, je tentai tout de même de ramper jusqu’à mon frère.

- Alors comme ça tu es allée dire à cette garce de flic que je vous battais! Tu pensais réellement qu’on allait venir vous chercher et me mettre en prison? Petite merde ingrate! Vous n’avez aucune reconnaissance pour tout ce que j’ai fais pour VOUS! Hurlait-il fou de rage, la mâchoire serrée en secouant de toutes ses forces la corde accrochée à mon frère, ballotté comme une poupée de chiffon. Son visage s’empourprait, il ne pouvait plus respirer.

- Si jamais j’apprends que tu as parlé à qui que ce soit de la manière dont JE décide de gérer MA MAISON! Ce n’est pas sur toi que je cognerais, puisque ça ne suffit pas à te dresser! Je tuerais ton frère! Tu as compris? TU AS COMPRIS?

- Oui…pitié je ne dirais plus jamais rien à personne je le jure…lâche le je t’en supplie…je le jure.

Il lâcha enfin la corde, et retrouva soudainement une expression calme.

- Carole, occupe toi de Kevin il n’a pas l’air très en forme, ordonna-t-il sèchement à ma mère sur un ton étrangement inquiet.

Elle se précipita sur lui, l’enlaçant dans ses bras, désolée.

Je restai à terre, incapable de me relever. J’entendis alors mon frère tousser violemment avant de vomir à son tour, puis je perdis connaissance…

 

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Je me sentis à nouveau aspirée dans mon corps, retrouvant face aux miens, les yeux inondés de larmes de Gabrielle.

Je me tordis brusquement de douleur, je n’arrivais plus à respirer. Je ressentais encore l‘effet du coup de pied dans mon ventre, et tombai à genoux, choquée.

«  Oh mon Dieu! Ce n’est pas possible…Non ce n’est pas possible » pleurai-je, anéantie par le souvenir où j’avais été plongée.

Incapable de parler, je réalisais l’horreur qu’avaient subi Gaby et Kevin depuis des années. Durant cet interminable cauchemar éveillé, nous n’avions fais plus qu’un, et ses blessures étaient devenues les miennes.

«  Je suis désolée » sanglota-t-elle doucement.

- Je ne pensais pas que tu revivrais ce souvenir de façon si réelle, je ne voulais pas te donner ce mal. Mais personne ne pourrait imaginer ni croire ce que tu viens de voir sans l’avoir vu de ses propres yeux.

- J’étais toi, totalement…je n’existais plus…

- Pardonne moi, je regrette sincèrement.

La pardonner? Mais de quoi? C’était elle la victime qui subissait ces choses au quotidien; et moi qui me plaignais de mes futiles petits problèmes égoïstes, j’avais tellement honte.

- Non! Ne pense pas ça, c’est faux tu n’es pas une égoïste, et tes problèmes n’en sont pas moins importants puisqu’ils te font souffrir.

- Oh, j’oubliais que tu lisais toutes mes pensées….c’est trop bizarre. Mais oui je culpabilise de m’être ainsi lamenté en te racontant toutes mes petites histoires qui ne sont pas comparables à ce que toi tu endures.

Gabrielle me regardait avec douceur, pleine de compassion. Elle s’approcha de moi et me tendit sa main pour m'aider à me relever.

- La dernière fois que je t’ai touché, ça a été assez douloureux et ma vie a basculé d’une manière qui me fait peur…Tu es sûre que c’est une bonne idée? Hésitai-je avant de prendre sa main.

- Oui, il faut qu’on sache ce qui se passe entre nous… Ma vie aussi a été bouleversée par notre première rencontre, mais je ne le regrette pas une seconde. Maintenant je ne suis plus seule, j’ai une amie qui me comprend… J’ai eu tors de réagir comme ça la dernière fois.

Une vague d’émotion envahit tout mon être, cette fille que je n’avais pourtant rencontré que deux jours plus tôt, me connaissait certainement mieux que quiconque à présent. Elle faisait partie de moi, et ce lien entre nous était plus fort que tout ce que je connaissais. J’approchai doucement ma main vers la sienne, appréhendant le choc à venir. Nos doigts se rencontrèrent enfin, et je fus agréablement surprise de la réaction qui se produisit entre nous. C’était très différent de la première fois, une lueur bleutée émanait de nos mains qui se touchaient, et je sentis cette lumière se répandre progressivement dans tout mon corps, telle une douce chaleur apaisante, qui effaça de moi tout mon mal être.

Gabrielle la ressentait aussi, ses grands yeux émeraude perdirent leur expression de souffrance, et son visage se mit étrangement à changer. Je vis soudainement ses bleus disparaître de sa peau, et ses cicatrices se résorber comme par magie. Elle lut dans mon regard, l’expression de ma surprise.

 

 

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- Quoi? Qu’est-ce qu’il y a?

- Ton visage…il a guéri, lui dis-je stupéfaite.

Elle tâta de sa main son visage, interdite, sans relâcher la mienne de l’autre.

- C’est un miracle! Tu m’as soigné. S’écria-t-elle euphorique.

- Non, ce n’est pas moi, c’est nous…moi aussi je me sens étrangement bien, comme si mon corps irradiait d’énergie très puissante.

- C’est magique, me dit-elle un sourire plein d’enthousiasme aux lèvres.

- Comment est-ce possible?

- Je n’en sais rien, me répondit-elle ravie. - Mais je sais que ce qui se passe entre nous…c’est merveilleux. Ensemble nous serons plus fortes.

Malgré l’horrible scène que nous venions de revivre à travers ses souvenirs, nous ne ressentions plus aucune tristesse, et ne pouvions retenir notre bonheur. Elle m’aida à me relever, puis finit par relâcher ma main lentement.

- Mon père ne va pas tarder à rentrer, je ferais mieux d’y aller. Dit-elle en perdant son sourire. Le retour à la réalité l’écrasa à nouveau dans un profond désespoir.

- Attends, qu’est-ce qu’on va faire pour toi et Kevin? Vous n’allez pas continuer longtemps à vivre cet enfer.

- Ça fait quelques mois que je mets discrètement de l’argent de côté pour pouvoir m’enfuir avec lui. J’ai rencontré un type qui est prêt à nous vendre deux fausses cartes d’identité pour 5000$, et je vais trouver un moyen de les gagner, je ne sais pas encore comment mais…

Je n’hésitai pas un instant lorsque je compris que j’avais les moyens de la sauver.

- Je vais te les donner, la coupai-je à sa grande surprise.

- Mais, tu ne peux pas. C’est une somme trop importante…

Je lui envoyais alors le souvenir du chèque que je venais de recevoir pour la vente de mes peintures.

- Non, je ne peux pas accepter c’est trop…

- Tais toi ce n’est pas négociable! L’interompis-je résignée. Je n’ai pas besoin de tout cet argent et ma décision est irrévocable, je te donnerais la moitié du chèque lorsqu’il sera encaissé. Aucune négociation n’est envisageable alors laisse tomber!

- Jess, je ne sais pas comment te remercier, tu es un ange. Tu n’imagines pas ce que ça représente pour moi…

- Si justement! Je n’ai pas encore eu le temps de le déposer à la banque avec tout ce qui s’est passé, je le ferais aujourd’hui. Il sera sur mon compte dans quelques jours et je te donnerais l’argent en liquide.

 

 

 

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- J’ai rendez-vous avec le type dans un mois pour les papiers, il a dit que c’était lui qui me retrouverait.

«  En attendant fais attention à ne pas mettre ton père en colère, il ne faut surtout pas qu’il se doute de quoi que ce soit » pensais-je à son attention.

- Oui, c’est pourquoi il faudra que tu gardes l’argent jusqu’à ce que je parte, il pourrait le trouver si je le gardais chez moi.

Une lueur d’espoir apparut enfin dans son regard, nous allions réussir ensemble, elle le savait.

«  Je vais devoir courir », pensa-t-elle avant de disparaître sous la pluie.

«  Merci Jessica, je te serrais éternellement redevable…tu es le miracle que j’attendais » m’envoya-t-elle avant d’ajouter « Pour Jeremy…Ne le perds pas…Vas le voir pour lui dire ce que tu ressens… ». Puis sa voix disparut de ma tête, laissant derrière elle une sensation de vide.

 

Elle avait raison, je devais retrouver Jeremy et lui dire combien je l’aimais, prendre les choses en mains et arrêter de m’apitoyer sur mon sort. Je me mis à courir à mon tour en direction du centre ville, résolue à suivre mon cœur et ne plus avoir peur d’assumer ces sentiments. Oui, je ne connaissais pas Jeremy depuis longtemps, et cela pouvait paraître insensé d’être à ce point amoureuse en si peu de temps, mais ce que je ressentais pour lui était plus fort que moi, plus fort que ma raison ou que tous mes doutes.

Lorsque j’arrivai enfin au poste de police, trempée jusqu’aux os, je me précipitai sans prendre le temps de saluer quiconque, trop impatiente de le retrouver enfin. Je frappai à la porte de son bureau, essoufflée par ma course, attendant qu’il m'invite à entrer.

- Il n’est pas venu aujourd’hui, s’écria Andy du bout du couloir.

Je sentis mon cœur se serrer, tous mes espoirs partaient en fumé. Pourquoi fallait-il qu’il ait choisi précisément CE jour pour ne pas travailler? Je ne pouvais plus attendre ainsi dans le doute de l’avoir peut être perdu. Il fallait que je lui parle, tout de suite.

Sans réfléchir, je rejoignis Andy et improvisai en urgence un mensonge le plus plausible possible, je n’avais plus le choix.

- Oh, salut Andy comment vas-tu depuis l’autre soir?

- Bien et toi? J’ai cru que tu ne me dirais pas bonjours, tu es entrée comme une furie.

- Euh oui désolée j’étais pressée et j’avais la tête ailleurs…en fait il faut absolument que je vois Jeremy…je lui ai demandé un service personnel très urgent et…en plus il a oublié son porte feuille à la maison l’autre soir, je pense qu’il doit le chercher. Pourrais-tu me dire où il habite?

Andy m’observa d’un air suspicieux, il ne semblait pas convaincu par mon bobard.

 

 

 

208

- Il ne m’a pas dit qu’il l’avait perdu. Et c’est quoi ce service? Tu sais je n’ai pas le droit de donner comme ça les adresses personnelles de mes collègues…

Je sentais qu’il ne me dirait rien, il devait se douter que je mentais sur mes intentions. Il secoua la tête d’un air navré.

- Je suis désolé Jessica, je ne peux pas te donner ce genre d’information. Mais reviens demain, il serra sûrement là.

Non, je ne pouvais pas attendre jusqu’à demain, il fallait que je lui parle aujourd’hui. Une idée me vint alors brusquement à l’esprit. Peut-être réussirais-je à le persuader de la même manière que Jeremy si je me concentrais? Cette idée était totalement absurde, je n’étais pas un vampire et n’avais aucun pouvoir mais… Rien ne me semblait plus impossible depuis ce qui s‘était passé avec Gabrielle.

Je m’approchai un peu plus de son gros visage rougeau, et plantai mon regard droit dans le sien, fixant intensément ses pupilles à la recherche de la petite porte de son esprit. Je n’étais pas sûre de ce que je faisais, et risquais qu’il ne me prenne pour une folle à le regarder ainsi, mais c’était le seul moyen qui me restait.

Ses yeux se voilèrent soudain immobiles, perdus dans le vide, et je compris que ça avait fonctionné. Je n’arrivais pas à en croire mes yeux…il était bel et bien envoûté!

 - Andy, il faut que tu me donnes cette adresse, c’est important. Tu sais que tu peux me faire confiance, c’est moi la petite Jessi, celle que tu as vu grandir…Tu es presque un second grand frère pour moi, tu ne vas pas me refuser quoi que ce soit…  Articulai-je lentement de ma voix la plus pénétrante.

- Oui tu as raison, je vais aller te la chercher…attends moi une seconde, répondit-il d’un ton monocorde. Il s’exécuta et alla chercher l’adresse dans le bureau de l’accueil. J’étais stupéfaite, je n’en revenais pas! Cela avait fonctionné encore plus facilement que je l‘avais espéré. Mais ce n’était pas le moment de me prendre la tête à essayer de comprendre comment cela était possible, rien n’avait plus de sens ces derniers temps de toute façon.

 

 

 

209

Andy revint vers moi le regard toujours hypnotisé, et me tendit l’adresse sur un bout de papier.

- Merci Andy.

- Mais de rien Jessica.

Il resta ainsi figé, le regard fixant le vide devant lui, et je m’empressai de lire les coordonnés écris sur le papier « Bâtiment n°11, Shadow’s street» Je ne connaissais pas cette rue, elle ne me disait rien.

- Andy, où se trouve Shadow’s street ? C’est à Old Hill?

- Non, c’est juste à coté, à la sortie de la ville dans la vieille zone industrielle.

- Pourrais-tu m’y déposer?

Mes yeux s’enfoncèrent à nouveau dans les siens, insistants. Oui je sais…j’abusais vraiment là!

- Bien sur, j’allais justement faire une pause. Je vais en profiter pour t’emmener, tu ne vas tout de même pas y aller à pied sous cette pluie. Répondit-il sans hésiter une seconde de sa voix endormie et dénuée de toute intonation.

- Bien, je te suis. On part tout de suite je suis pressée!

Il sortit immédiatement les clés de sa poche et se dirigea vers la sortie. J’entendis des pas s’approcher vers nous dans le couloir.

- Dépêchons-nous, pressai-je Andy. Je ne voulais surtout pas que l’on nous voit et surtout que l’on remarque son attitude étrange.

 

 

 

 

 

 

210

Il nous fallut un long quart d’heure pour arriver enfin au milieu de ces vieux bâtiments abandonnés. Andy me désigna l’entrée du bâtiment 11 sans un mot, toujours envoûté le regard perdu. Je m’étais inquiétée de sa capacité à conduire tout au long du chemin, mais il avait roulé doucement et de manière presque automatique.

- Tu peux retourner au poste maintenant, et surtout ne dis à personne que tu m’as emmené ici. Insistai-je.

Il acquiesça docilement de la tête sans me regarder, puis je sortis de la voiture en courant pour rejoindre le lieu qu’il m’avait indiqué. J’attendis un instant que le bruit du moteur se soit éloigné pour entrer.

La vieille porte rouillée n’était pas verrouillée, et j’entrai sans frapper. C’était un vieux bâtiment grisâtre abandonné, sans fenêtre, qui ne semblait pas avoir été visité depuis bien longtemps, et encore moins habité. Tout le rez-de-chaussée était désert et immensément vide, avec quelques palettes de bois éparpillées ça et là, vestiges de ce qui devait être un entrepôt avant d’être laissé à l‘abandon.

Je commençais à m’inquiéter que cette adresse puisse être fausse. Les vampires devaient certainement éviter de révéler leur repère pour ne pas être démasqués, et ce bâtiment vide n’était apparemment qu’une couverture. Les larmes me montèrent sans que je puisse les retenir, j’étais perdue au milieu de nulle part, sans moyen de transport pour rentrer chez moi et je n’avais pas trouvé Jeremy. Sans trop y croire, je me rendis tout de même au fond de l’immense salle pour inspecter l’escalier. Il y avait plusieurs étages et peut-être y trouverais-je quelque chose? Que pouvais-je bien faire d’autre maintenant que j’étais là et que Andy était reparti?

Le premier étage, ainsi que le second étaient tout aussi vides et sombres, le bruit de mes pas résonnant dans l’obscurité inquiétante. Je me risquai tout de même à tenter le troisième étage, peu rassurée par le manque de luminosité de l’escalier de plus en plus sombre et étroit. Mes mains heurtèrent soudain une grosse porte, différente de celle des étages inférieurs, car celle-ci était fermée. Je tentai alors de l’ouvrir en vain, elle était verrouillée. Un espoir inespéré me revint, je frappai alors timidement sur la porte métallique. J’attendis un instant dans ce silence pesant, mais dus me résoudre à l’idée qu’il n’y avait personne ici. J’allais repartir sur mes pas lorsque j’entendis soudain la porte s’ouvrir.

 

 

 

 

211

- Qu’est-ce que tu fais là?

Jeremy se tenait face à moi dans l’embrasure de la porte, apparemment surpris de moi voir ici.

- Je…voulais te parler.

Il m’observa un instant, l’air hésitant puis m’invita à entrer. Cet étage était totalement différent des trois autres. J’y découvris un loft luxueux, sans fenêtre mais lumineux grâce aux lumières tamisées accrochées au mur. Un vaste et agréable cocon subtilement décoré dans des tons bordeaux chaleureux.

- Comment m’as-tu trouvé? Me demanda-t-il d’un ton froid et distant.

- C’est Andy qui m’a emmené, mais ne lui en veux pas il n’a pas vraiment eu le choix…

Il m‘adressa un regard perplexe, mais je lui fis comprendre d’un geste évasif que je ne voulais pas rentrer dans les détails.

- Je suis surpris de te voir, je pensais que tu n’avais plus envie de me parler.

- Je suis désolée pour hier, j’ai cru que tu regrettais ce qui c’était passé entre nous et j’ai mal réagi. Mais je ne pensais pas ce que j’ai dis, je t’aime et je refuse de te perdre.

Ses yeux s’emplirent d’émotion, mais il ne bougea pas, hésitant.

- Je sais que c’est allé très vite entre nous et que nous n’appartenons pas au même monde. Mais je suis prête à tout surmonter pour être avec toi. Et j’ai confiance en toi, je sais que tu es quelque un de bien que tu ne me ferait jamais de mal, poursuivis-je sans reprendre mon souffle.

- Je t’ai mordu…

- Oui mais je le voulais! C’est moi qui te l’ai demandé, et je n’ai pas souffert bien au contraire. Je sais que pour vous, boire le sang d’un innocent signifie le traiter comme du bétail, mais pour moi c’était juste une manière d’être encore plus proche de toi. Personne n’a rien à dire de ce qu’on fait dans notre intimité, personne ne peux comprendre, insistai-je en m’approchant doucement de lui. Je le sentais céder à son désir de me serrer dans ses bras.

- Moi aussi je t’aime et j’ai tellement peur de te mettre en danger. J'ai été égoïste de rentrer ainsi dans ta vie malgré tous les risques qu’il y avait à te faire découvrir mon monde…

Je le voyais lutter contre lui-même pour résister à l’envie de me toucher. Il se sentait coupable mais ses yeux trahissaient ses sentiments sincères lorsqu’ils se posaient sur moi.

Dans un élan incontrôlé, je me jetai dans ses bras et l’enlaçai désespéremment. Il tenta de me repousser, et détourna son regard qui trahissait son envie. Mais cette fois-ci, je refusai de le laisser me fuir! Je saisis alors fermement son menton entre mes mains et le tournais vers moi pour affronter son regard. Je sentis tous ses muscles se tendre et sa mâchoire se contracter pour résister  à mes yeux fous de désirs et d’amour.

 

 

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Il était plus grand que moi, hors de la porté de ma bouche. Au diable ma timidité et les convenances! Je l’empoignai brusquement par les cheveux,  l’attirai de toutes mes forces jusqu’à mes lèvres et l’embrassai avec toute la passion qui brûlait chaque partie de mon être à son contact.

Lorsque ma langue rencontra là sienne, je sentis sa volonté s’effondrer. Il perdit peu à peu tout contrôle de lui-même et me rendit fougueusement mon baiser en refermant ses bras autour de ma taille. Il me plaqua brutalement contre le mur, pressant son corps de plus en plus fort contre le mien. Son désir déshinibé explosa alors, ses mains se mirent à explorer avidement chaque partie de mon être, sa bouche se pressant sauvagement contre la mienne… Incapables de nous détacher l’un de l’autre, nos corps s’enflammèrent d’un désir brûlant et instinctif que plus rien ne pourrait arrêter. Je gémis lorsque je sentis son membre durcir contre mon ventre, réveillant une chaleur insoutenable entre mes cuisses. Ses mains m’agrippèrent soudain pour me soulever, j’encerclai instinctivement mes jambes autour de sa taille pour le sentir encore plus fort contre moi. Jeremy me fixa un instant, le regard affamé d’un désir animal, sa respiration haletante… Et lorsqu’il lut dans mes yeux combien son envie était réciproque, il n’hésita plus une seconde. Il me porta jusqu’à sa chambre et m’allongea sur le lit, son corps pressé sur le mien. Je fis glisser mes mains sous son pull, découvrant son dos délicieusement musclé, sa peau douce et brûlante. Je lui ôtai brusquement, pleine d’impatience de sentir enfin son corps dénudé contre le mien, ce qui attisa  immédiatement la force de son désir. A son tour, il arracha les miens avec empressement, incapable de contenir son excitation de plus en plus intense.

Sa bouche et ses mains parcouraient possessivement tout mon corps, réveillant en moi une fièvre presque douloureuse que seul son corps pourrait apaiser. Il se redressa enfin pour ôter sa ceinture, puis déboutonna son jean sans me lâcher du regard, tel un prédateur prêt à dévorer sa proie. Mes yeux caressaient avec envie la perfection de son anatomie terriblement virile…impressionnante, qui se dénudait devant moi. Je ressentis un besoin pressant de ne faire plus qu’un avec lui, de le sentir en moi… Il m'attira brusquement à lui, plongeant son regard intense au fond du mien, avant de m‘embrasser tendrement. Son corps se pressa doucement, et tout le mien frissonna lorsque je sentis son sexe dur et chaud se plaquer contre mon ventre, caressant mon intimité pour me mettre au supplice. Ses gestes était doux, presque trop prudents… Je me mis alors à onduler mon corps sous le sien, me hissant avec impatience jusqu’à ce que je le sente entre mes cuisses. Je n’en pouvais plus…je le voulais en moi, tout de suite et il le sentait.

Soudain il s’enfonça en moi dans un grognement de plaisir, puis il se retira lentenment pour revenir encore et encore, retenant son envie d’aller plus fort pour ne pas me faire mal. Mais je ne souffrais pas, bien au contraire. Je voulais le sentir plus intensément en moi. J’agrippai alors ses fesses parfaitement musclées qui se contractaient à chaque va et vient, et le pressai brutalement entre mes cuisses humides, agitant mes hanches dans un rythme plus rapide.

- Plus fort, gémis-je à son oreille.

Il me fixa alors de ses yeux argentés inhumains de beauté, et s’enfonça plus fort en moi, accélérant de plus en plus vite à chaque pénétration, sans me lâcher du regard. Il perdit alors toute retenue et laissa enfin aller son corps qui se déchaîna contre le mien, m’arrachant des cris de plaisir jusqu’à ce qu’une vague trop intense et inconnue ne me submerge. Je m’abandonnai totalement à lui, nous ne faisions plus qu’un.

 

 

 

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