Chapitre 4 - partie 3

Comblée de plaisir, j’étais blottie dans ses bras, silencieuse et heureuse. Je venais de vivre le moment le plus fort et le plus merveilleux de ma vie et je n’arrivais toujours pas à réaliser ce qui venait de se produire entre nous. Jeremy me regardait avec tendresse, caressant délicatement mon visage.

- Tu ne regrettes pas? Murmura-t-il inquiet à mon oreille.

- Si je regrette? Jamais de la vie, c’était…merveilleux. Je n’imaginais pas que ça pouvait être aussi bon, lui dis-je incapable de réprimer un sourire extasié.

Son regard exprimait lui aussi un bonheur absolu.

- Tu es vraiment la meilleure chose qui me soit arrivé de toute ma vie. Je suis complètement dingue de toi, dit-il en me serrant plus fort.

- Tu n’imagines pas à quel point j’ai eu peur de te perdre, j’étais en miette hier soir quand je suis partie.

- Moi aussi, je m’en voulais tellement de t’avoir fait de la peine et que tu puisse croire que je n’étais pas sincère. Je t’ai suivi jusqu’à chez toi, sans oser me montrer. J’ai vu ce qui s’est passé entre toi et Théo, je suis désolé. Si je ne t’avais pas mis dans cet état…

Le souvenir de cette dispute me revint à l’esprit, un sentiment de culpabilité terrible m’envahit.

- Non, tu n’y est pour rien, c’est moi qui ai pété les plombs…Il ne me parle plus maintenant, et je na ne sais pas comment réparer.

- Laisse lui juste un peu de temps, je suis sur qu’il te pardonnera.

- Je l’espère, je ne sais pas ce qui m’a pris de m’énerver ainsi. C’est quand il a parlé de maman…

Ma voix se brisa lorsque je pensai à elle.

- Tu ne m’as jamais parlé de tes parents…

Il abordait un sujet délicat, qu’il m’était difficile de raconter. Mais en cet instant intime, je me sentais plus ouverte à la confidence, en toute confiance.

- Il sont morts il y a déjà quatre ans…j’avais treize ans à l’époque et ça m’a complètement détruite. Nous étions partis en vacances à Los Angeles pour rendre visite à ma tante. Je me souviens que j’avais été insupportable pendant tout le séjour, parce que je voulais aller au parc d’attraction et qu’ils voulaient attendre la fin de la semaine pour y aller. Un soir où nous rentions à l’hôtel, j’ai fais un caprice pour qu’on aille acheter des Oreos, mes gâteaux préférés. Alors nous nous sommes arrêté à l’épicerie sur notre route et mes parents sont descendus les chercher, nous laissant Théo et moi dans la voiture. Nous nous disputions pour choisir la station de radio comme d’habitude, et soudain on a entendu une détonation, puis trois autres. On a tout de suite compris que quelque chose de grave venait de se produire. Mon frère m’a ordonné de rester à l’intérieur et de l’attendre sans bouger. Il a couru jusqu’à la boutique et je l’ai entendu hurler. Mes parents avaient été abattus ainsi que le vendeur et sa femme, qui venait de se faire braquer par un gang du quartier. La police nous a dit que ce genre d’horreurs arrivait fréquemment à Los Angeles. Mais tout ça était de ma faute…si je ne leur avais pas demandé d’aller chercher ces maudits gâteaux ils seraient encore là…

Je me mis à pleurer au souvenir de ce drame qui avait anéanti ma vie, c’était la première fois que j’en parlais depuis ce soir. Jeremy me serra contre lui, malheureux de me voir ainsi.

 

 

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- Je suis désolé de t’avoir fait revivre tout ça, je n’aurais pas dû demander.

- Non, ça me fait du bien de t’en parler…

- Tu n’as pas à te sentir coupable, ce n’est pas de ta faute. Ça aurait pu arriver à n’importe qui. Tu ne pouvais pas imaginer une horreur pareille, ce genre de choses n’arrive jamais dans notre ville.

- Ça n’excuse en rien le fait que c’est moi qui les ai tué, ils ne seraient jamais allés dans cette épicerie si je n’avais pas insisté…

J’enfonçai ma tête dans son cou pour étouffer mes sanglots.

- Lorsque je te disais qu’il y avait des failles en moi… Il faut que je te dise…

- Non tu n’es pas obligée d’en parler.

- Si. C’est important que tu saches. Après leur décès, je suis tombée en dépression, je refusais de me nourrir je voulais les rejoindre…alors un soir j’ai vidé la pharmacie.

Jeremy tressaillit en comprenant ce que j’avais tenté de faire.

- Mais Théo est rentré plus tôt de son école de police et il m’a trouvé. J’ai été placée en hôpital pendant un mois après ça. Les psy disaient que je faisais un deuil pathologique et que je souffrais de dépendance affective… Aujourd’hui je vais mieux mais, je sais que je ne supporterais plus de perdre quelque un que j’aime. Voilà pourquoi j’avais peur de m’attacher à toi. Avouai-je d’une voix tremblante.

Jeremy essuya tendrement mes larmes, et m’adressa un regard chargé d’un amour si intense, si sincère que je compris qu’il ne briserait jamais ce cœur sans armure que je lui avait offert.

- Tu ne me perdras pas, jamais. Ce que je ressens pour toi sera aussi éternel que mon existence, promit-il la voix pleine d’émotions. Puis il m’embrassa et je ressentis un flot de bien être et de douceur m’envahir à travers le contact de ses lèvres. Comme si il m’avait insufflé sa force par sa bouche.

- Ne parlons plus de ça, c’est un souvenir trop douloureux pour toi. Je te remercie de m’avoir confier cette partie de toi.

- Oui tu as raison…changeons de sujet c’est préférable…

Il plongea intensément son regard dans le mien, et je sentis toute souffrance disparaître  instantanément de moi. Il déposa un délicat baiser sur mes lèvres et prononça ces mots qui me faisaient tant de bien.

- Je t’aime. Si tu savais à quel point, je ne veux plus jamais vivre un seul jour sans toi.

Il n'imaginais pas combien son amour pouvait me rendre heureuse. Jamais je n'avais ressenti un tel sentiment de plénitude et de confiance qu'en cet instant. J'aurais tellement aimé pouvoir figer le temps et ne rester éternelement ainsi, dans la chaleur rassurante de ses bras. Plus rien d'autre ne comptait.

 Nous entendîmes soudain du bruit derrière la porte en provenance du salon et je reconnus immédiatement les voix de Déborah et de Stefan.

- Oh mon Dieu, ils sont déjà revenus! Il ne faut pas qu’ils te voient ici. S’exclama Jeremy en bondisant du lit.

Je m’empressai d’enfiler le plus silencieusement possible mes sous vêtements éparpillés par terre, le cœur battant à toute allure.

Mais l’ouie extrêmement fine des vampires dut me trahir, car j’entendis des pas se précipiter vers la porte de la chambre, je me figeai sur place.

 

 

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La porte s’ouvrit à la volée et Stefan apparut devant moi, les traits durs, le regard aussi furieux que surpris.

- Que fait-elle ici? Hurla-t-il soudain.

Je vis Déborah et Matt apparaître derrière lui, tout aussi choqués.

- J’allais vous en parler, j’attendais juste le bon moment. Je suis amoureux de Jessica et nous sommes ensemble, répondit Jeremy d’un ton ferme plein de défi.

- Maintenant sors d’ici pour lui laisser le temps de se rhabiller, ordonna-t-il.

Stefan lui jeta un regard noir avant de refermer violemment la porte.

- On est mal, ils n’accepteront jamais qu’on soit ensemble, lui dis-je en m’habillant à toute vitesse. Je dus emprunter le tee shirt de Jeremy, en découvrant les lambeaux du mien qu’il m’avait arraché quelques heures plus tôt.

- Je vais leur parler, attends moi ici, dit-il en m’adressant un sourire qui se voulait rassurant.

Il s’empressa de remettre son pantalon et sortis torse nu de la chambre.

J’entendis des éclats de voix exploser instantanément derrière la porte.

- Depuis combien de temps est-ce que ça dure?

- Je n’ai pas à te donner ce genre de détails, ça ne te regarde pas, tu n’as aucune autorité sur moi!

- Quand Conrad va savoir que…

- Il le sait déjà!

Un silence se fit.

- Tu es fou, cette fille est encore mineure, et c’est une mortelle! Lui as-tu expliqué ce que nous étions? Questionna Stefan d’une voix menaçante.

- Oui.

Un grognement de rage s’éleva des deux autres vampires. Et je reconnus la voix de Déborah.

- Tu as osé trahir notre secret pour cette vulgaire petite humaine insignifiante! S’insurgea-t-elle pleine de mépris.

- Je t’interdis de parler d’elle! Elle est bien plus remarquable et signifiante que toi!

Elle se mit à l’insulter avec virulence.

- Tu nous mets tous en danger pour cette ado, et tu l’emmènes ici, chez nous au risque qu’elle parle de…

- Elle ne dira rien, je lui fais confiance.

- Jessica sors de là! M’ordonna soudain stefan.

Je pris mon courage à deux mains, et poussai la porte, prête à l’affronter la tête haute.

 

 

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Il me dévisagea un instant avant de reprendre.

- Qu’a-t-elle de si spéciale? C’est une fille banale et immature certainement toute excitée d’avoir un petit copain vampire, comme toutes les fans de Buffy avec tous leurs fantasmes ridicules.

Jeremy s’avança d’un air menaçant face à Stefan, le poing crispé, prêt à réagir.

- Qui es-tu pour prétendre me connaître et savoir ce que je pense? Te crois-tu à ce point supérieur juste parce que tu as les canines un peu longues et une vie éternelle? Je ne sais pas quel âge tu peux avoir, mais toutes tes années d’existence n’ont pas l’air d’avoir servi à grand-chose! Me défendis-je hors de moi. Je n’allais pas me laisser insulter par qui que ce soit, vampire ou pas il allait prendre cher!

Jeremy s’immobilisa, et Stefan sembla tout aussi décontenancé. Je continuai alors ma tirade, tant que j’en avais encore l’audace. Mes mains tremblaient et je sentais que mes jambes n’allaient pas tarder à me lâcher, mais ça ne m’arrêterait pas!

- Tu te crois tellement supérieur! Tu méprises les petits humains tels que moi, mais n’imposes pas ton étroitesse d’esprit à Jeremy. Cette histoire ne te regarde pas, et quoi que tu en penses ça ne m’intéresse pas. Je continuerais à le voir et ce n’est pas toi qui m’en empêcheras.

Il me regardait ahuri, incapable de répondre. Déborah bondit alors sur moi pleine de fureur. Jeremy s’interposa juste à temps entre nous.

- Je vais la tuer cette petite impertinente, elle va voir ce que c’est de côtoyer des vampires! Cracha-t-elle en se débattant de l’emprise de Jeremy, rejoint par Stefan.

- Si tu touches à un seul de ses cheveux je n’hésiterais pas à te tuer c’est clair! Hurla-t-il.

Mon cœur allait exploser, tous les nerfs de mon corps étaient tendus à l‘extrême, aussi tremblants que la vibreur de mon portable.

Déborah se calma enfin, et Jeremy vint se mettre à mes côtés, saisissant ma main dans la sienne en signe de défi.

- Si l’un d’entre vous lui fais du mal je vous brûlerais!

Stefan ne semblait plus hostile, il me détailla du regard l'air curieux. Je ne sentis pas le moindre signe de menace dans ses yeux, lui ne me voulait aucun mal. Soudain ses yeux s’arrêtèrent sur le rubis que je portais au cou, surpris, puis il dévia sur ma gorge. Une rage inquiétante déforma brusquement son visage.

- Tu l’as mordu! S’écria-t-il avant de se jeter sur lui.

Son poing vint percuter le visage de Jeremy, qui lui répondit en le cognant au ventre. Une terrible bagarre commença, détruisant tout sur son passage. Tout allait trop vite, leurs mouvements rapides et précis échappaient à mon regard terrifié. Je ne voulais pas qu’il fasse de mal à Jeremy.

 

 

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J’étais horrifiée par la scène qui explosait devant moi. Une lutte à mort s’était déclenchée par ma faute et Jeremy était en danger. Stefan avait le dessus, plus vieux et certainement plus puissant. Je cherchai autour de moi un objet qui aurait pu me servir d’arme contre lui, je ne pouvais pas le laisser le tuer sans réagir, quand soudain Conrad suivit de Kendal apparurent dans l’entrée.

Celui-ci bondit aussi vite qu’un éclair pour s’interposer entre les deux hommes, qui cessèrent immédiatement de se battre.

- Arrêtez c’est un ordre! Hurla-t-il d’un ton ferme et menaçant que je ne lui connaissais pas. Je n’avais jamais vu Conrad aussi furieux, ses beaux yeux bleus habituellement rieurs et malicieux étaient devenus féroces. Il avait une telle prestance qui imposait naturellement le respect et la soumission. En cet instant, il dégageait quelque chose de terrifiant et d’animal, et je réalisai combien il devait être dangereux derrière son calme apparent.

Il tourna son regard vers moi, puis sur ma cicatrice, et se mit face à Jeremy.

- Tu l’as mordu.

- Je sais, je regrette. Ça n’arrivera plus jamais, laisse moi t’expliquer…

- Tais toi! Coupa-t-il sèchement.

- Je n’ai rien dit lorsque j’ai compris que tu aimais cette fille, car je te faisais confiance et croyais que tu la protégerais. Mais de toute évidence tu es trop jeune pour te contrôler et tu es un danger pour elle.

Non! C’était faux, il se trompait, c’était moi qui avais poussé Jeremy à me mordre. J’écoutais impuissante ses paroles s’approcher dangereusement de ce que je ne voulais pas entendre, sans oser protester.

- Tu es allé trop loin, et tu as pris le risque de la blesser. Je ne peux pas vous laisser continuer à vous voir. Je sais combien tu tiens à elle, et je me doute que c’est réciproque. Mais tu laisses tes sentiments t’aveugler et t’éloigner de nos règles. Tu ne vois pas ce que tu es en train de lui faire, tu lui voles sa jeunesse, sa vie. En étant avec elle, tu la prives d’une existence humaine normale, et tu sais très bien que votre histoire est impossible. Elle va continuer à vieillir, et toi tu es immortel. Un jour tu seras tenté de la transformer, et tu la détruiras en lui volant son âme, c’est-ce que tu veux?

- Non, répondit Jeremy, les yeux baissés.

 

 

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- Elle t’implorera de la laisser devenir comme toi par amour, et tu seras incapable de lui résister, tu l’as prouvé en la mordant ainsi. Je sais que tu ne l’as pas attaqué, qu’elle était consentante, Et c’est justement ce qui m’oblige à t’interdire de la revoir.

- Pitié non! Hurlai-je sans pouvoir me retenir un instant de plus. Conrad, je t’en supplie, je te jure que je ne lui demanderais plus jamais de me mordre et que nous resterons prudents, laisse nous une chance je t’en prie…

- Je suis désolé Jessica, je sais que c’est très dur pour toi, mais c’est pour ton bien que je prends cette décision. Je suis responsable des actes des membres de mon clan. Et je ne veux plus que Jeremy continue ainsi à bouleverser ta vie. Tu es humaine et c’est une chose inestimable, tu n’imagines pas à quel point. Et tu dois vivre dans ton monde, tu es jeune et tu as la vie devant toi…

- Non! La vie n’a aucun sens si tu nous sépares. Je l’aime de tout mon être, je ne peux pas le perdre, insistai-je en laissant exploser mes sanglots.

- Je suis désolé, je sais que tu ne peux pas comprendre ma décision, mais un jour tu me remercieras.

- Jeremy ne l’écoutes pas, viens avec moi on n'a pas besoin de leur permission…

Jeremy gardait les yeux baissés et ne me répondit pas, le regard torturé par la souffrance mais résigné.

- Je t’en prie tu sais que tu n’es pas dangereux pour moi, j’ai besoin de toi…après tout ce qui s’est passé entre nous tu ne peux pas m’abandonner…

- Je suis désolé…Conrad a raison. C’est parce que je t’aime que je dois te laisser partir.

Mon cœur se brisa au fond de ma poitrine, ses paroles m’atteignirent comme un jet d'acide.

- Tu…acceptes de ne plus me revoir, c‘est ça que tu es en train de me dire?

- Je suis désolé, dit-il dans en sangltant, les yeux toujours baissés ruisselants de larmes.

 

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Conrad et Stefan aussi semblaient sincèrement attristés par ma détresse.

Je crus que j’allais m’effondrer. J’étais anéantie, incapable de contenir mes pleurs qui m'opressaient la mâchoire. Je sentis une haine terrible m’envahir, j’étais révoltée, il venait de tuer une partie de moi en acceptant aussi facilement de me perdre pour toujours, il avait menti…il m’avait brisé.

- Je vous maudis! Sale monstres insensibles, vous ne valez pas mieux que les buveurs de bétail! Leur crachai-je pleine de rage.

Jeremy s’effondra à genoux, profondément blessé.

- Tu t’es servi de moi, tu as joué avec mon cœur et tu le piétines avec tant de facilité après tout ce que je t‘ai confié. Tu n’es qu’un sale lâche, tu n’oses même pas me regarder en face… J’espère que tu as bien profité…JE TE HAIS! Hurlai-je de désespoir avant de m’enfuir en courant, complètement dévastée. Il m’avait trahi, juste après que je me sois donnée à lui corps et âme. Je n’avais plus qu’une seule envie, crever.

 

 

 

 

 

 

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