Chapitre 7 partie 1

 

Chapitre 7 - Différentes

 

 

« Réveille toi feignasse!» Entendis-je gueuler une voix très autoritaire qui me tira brutalement de mon sommeil, m’arrachant à un rêve étrange dont j’aurais apprécié de connaître la fin. Je m’étais encore endormie très tard la nuit dernière, et le réveil était difficile. Je feignis de ne rien avoir entendu et refusai d‘ouvrir mes paupières, bien décidée à traîner au lit quelques heures supplémentaires.

«  Je sais que tu m’as entendu, alors ce n’est pas la peine de faire semblant de dormir, je vais continuer à crier et à chanter jusqu’à ce que tu te lèves, je te préviens !» Hurla la voix déterminée.

- Laisse moi tranquille…Je suis en convalescence, j’ai besoin de dormir… Ronchonnai-je agacée en m’obstinant à garder les yeux fermés.

«  Tu n’avais qu’à y penser hier plutôt que de papoter toute la nuit avec cette fille! Et puis ne te moques pas de moi je sais très bien que tes cicatrices ont disparu. Alors bouge tes fesses et dépêche toi de venir nous rejoindre devant le lycée! » Insista la mégère dans ma tête.

- Dylane sors de mon esprit! Ce n’est pas un moulin!

«  - Je t’avais dit de me laisser la réveiller en douceur, ta voix est insupportable, ajouta Gaby qui venait de la rejoindre dans mon crâne.

- Ça fait dix minutes que tu essaies de la réveiller, mais ce n’est pas en lui chantant une berceuse que tu vas réussir à la motiver.

- Moi, ça ne me motiverait pas du tout de me faire réveiller par toi! Avec ta délicatesse habituelle… »

- STOP! Ça suffit, mon cerveau n’est pas un squat! Allez vous disputer ailleurs, c’est bon je me lève! Cédai-je à bout de patience. Les deux réunies étaient décidément bien pire que mon frère. Il n’y avait rien de telle qu’une chamaillerie entre filles pour me sortir de mon coma matinal, et surtout pour me mettre de très mauvaise humeur.

«  Nous t’attendons devant le lycée, il faut qu’on discute de ce qui s’est passer l’autre nuit, c’est important et… »

- Plus un seul mot, tant que je n’aurais pas bu mon café! Coupai-je à haute voix en me redressant sur mon lit. Comprenant que j’avais capitulé, elles sortirent enfin de ma tête pour reprendre leur dispute en privé.

Je jetai un coup d’oeil furieux à mon réveil, et découvris ahurie qu’il n’était que 6h30 du matin. Ce n’était pas une heure décente pour réveiller les gens! J’étais une fervente pratiquante de la grasse matinée tardive, et il n’était pas dans mes habitudes de me lever si tôt.

 

1

Bien trop fatiguée pour prendre le temps de me préparer, j’enfilai le premier jean qui me tomba sous la main et un vieux débardeur noir tout usé qui traînait par terre. Après un rapide coup d’œil dans le miroir, je perdis toute motivation à sauver l’état catastrophique de mes cheveux et me contentai de les attacher en boule sans même prendre le temps de les brosser. Après un petit tour expresse dans la salle de bain, je me traînai jusqu’à la cuisine pour préparer mon petit déjeuner.

- Tu es déjà réveillée? Ce n’est pas ton genre d’être aussi matinale! Je ne sais pas quelle mouche t’a piqué ces derniers temps…mais je la félicite. S’étonna Théo qui était déjà levé, prêt à partir au travail.

- Non je ne suis définitivement pas du matin, mais je dois rejoindre des amies devant le lycée pour…rattraper les cours que j’ai manqué hier, mentis-je en prenant mon air contrarié.

- C’est bien, je suis fier de toi! Tu es devenue une élève sérieuse, tes notes vont certainement être meilleure cette année.

Je culpabilisais de lui donner ainsi de faux espoirs, je n’avais jamais été très scolaire et mes notes ne risquaient pas de s’améliorer, surtout avec tous ces changements étranges qui venaient de perturber un peu plus mon existence.

- Euh… Je ferais de mon mieux, mais il ne faut pas rêver. Mes notes en mathématiques ont peu de chance d’évoluer un jour.

- Ce qui compte c’est que tu fasses tout ce que tu peux…Au fait, tu as pensé à changer tes pansements? Tu veux que je m’en occupe avant de partir au poste? Demanda-t-il en s’approchant.

- Non! M’empréssai-je de répondre un peu trop brusquement, ce qui éveilla immédiatement ses soupçons.

 

2

 

- Qu’est-ce qu’il y a? Ça s’est infecté?

- Non, c’est juste que…je les ai déjà changé et je ne suis pas prête à revoir ces vilaines cicatrices avant demain, improvisai-je sans conviction.

Le visage de Théo s’attendrit, il s’approcha soudain de moi pour me serrer dans ses bras.

- Ne t’inquiète pas ma puce, le docteur a dit qu’elles disparaîtront totalement et très vite. Tu seras toujours la plus belle je te le promets.

Il devait certainement interpréter ma réaction comme un signe de complexes face à mes cicatrices, et son inquiétude sincère me touchait énormément, me culpabilisant d’autant plus de lui mentir ainsi.

- Je rentrerais tard ce soir, j’ai du travail à rattraper. Mais surtout n’hésite pas à m’appeler au moindre souci, insista-t-il.

- Oui ne t’en fais pas, je vais m’attacher à mon lit pour éviter les crises de somnambulisme dévastatrices. Vous êtes encore sur cette affaire de jeunes filles massacrées c’est bien ça? Ne pus-je m’empêcher de demander.

- Oui malheureusement. Les disparitions sont de plus en plus nombreuses et le FBI semble tout aussi impuissant que nous dans ses recherches.

- J’espère vraiment que vous coincerez ces détraqués.

- Je l’espère aussi. En attendant, aucun jour de repos. Quand je vois toutes ces filles de ton âge…à chaque fois je me dis que ça pourrait être toi et ça me rend malade. Surtout promets moi d’être prudente et de ne jamais suivre d’inconnu sous aucun prétexte, même si il est trop mignon.

- Même si il a des bonbons? Le taquinai-je.

- Non, je ne plaisante pas ce n’est pas drôle. Les kidnappeurs doivent certainement inspirer suffisamment confiance pour attirer leurs victimes aussi facilement.

- Je te le promets, c‘est bon je ne suis pas idiote! Lançai-je sous un haussement de sourcils agacé, avant de me rappeler l’incident de la fête foraine. J’avais peut-être parlé un peu trop vite! M’avouai-je intérieurement, terriblement honteuse.

 

 

 

3

Théo déposa un dernier baiser sur mon front avant de s’en aller, sans même prendre le temps de finir son petit déjeuner. Cette affaire semblait vraiment être devenue une obsession pour lui, et je craignais qu’il ne puisse pas tenir très longtemps ce nouveau rythme de travail trop éprouvant. Il ne devait pas dormir plus de quatre heures par nuit depuis quelques semaines, et je commençais sincèrement à m’inquiéter pour sa santé. Ma petite journée cocooning de la veille avait été sont unique jour de congé depuis plus d’un mois, et j’envisageais sérieusement de devoir m’accidenter plus souvent pour l’obliger à se reposer un minimum.

«  Bon tu l’avales ton café? »

La voix de Dylane réapparut brusquement dans mon esprit et me fit sursauter. Je faillis renverser ma tasse brûlante sur mes genoux et évitai de justesse l’éclaboussure.

Je dus me retenir de la bombarder intérieurement d’insultes, et avalai mon café d’une traite. Cette situation devenait invivable! L’urgence d’une discussion sérieuse visant à établir certaines règles m’apparut soudain suffisamment motivante pour me presser de les rejoindre. J’abandonnai alors l’idée d’un petit déjeuner complet et tranquille et me dépêchai de monter dans ma voiture, impatiente de m’expliquer une fois pour toute avec elle. Si elle croyait avoir un sale caractère, elle n’avait encore rien vue!

 

 

 

 

 

 

 

4

- Waouh! C’est ta nouvelle caisse? Elle est magnifique! S’exclama Dylane en guise d’accueil en se précipitant sur ma voiture pour l’admirer sous tous les angles, la bave aux lèvres.

Gabrielle m’adressa son habituel sourire gêné et un timide salut presque inaudible. Elle semblait deviner mon humeur explosive et ne se risqua pas à m‘approcher de trop près.

- Je peux l’essayer? Juste cinq minutes, s’il te plait Jessi soit sympa files moi les clés… Me demanda Dylane sans attendre, toute excitée à l’idée de pouvoir la conduire.

- Non! Avant il faut qu’on parle je crois que ça devient urgent! Tranchai-je fermement en tentant de garder mon calme.

- Oui tu as raison, il faut qu’on discute de ce qui c’est passé l’autre nuit. Avec Gaby on…

- Non! On va commencer par établir quelques règles entre nous, avant que nous en arrivions à vouloir nous entre-tuer.

- Oh! Je vois que tu m’en veux encore pour le tendre réveil de ce matin… répondit-elle soudainement mal à l’aise en comprenant que je ne plaisantais pas.

- Oui exactement! Jusqu’à maintenant c’était très amusant de communiquer ainsi par télépathie, mais là ça devient oppressant et insupportable. Articulai-je en grinçant des dents.

Dylane baissa les yeux et redevint enfin sérieuse; je sentais que l’idée que nous puissions nous fâcher l’inquiétait beaucoup. Elle était la seule à ne pas avoir été effrayée par ce nouveau pouvoir, et semblait au contraire être toute excitée à l’idée de partager ce lien avec nous.

- Je suis désolée, je n’avais pas pensé que ça pourrait te déranger à ce point. Je ne rentrerais plus dans ta tête à n’importe quelle heure, c‘est compris.

- Et on ne crie plus dans l’esprit des autres! On parle calmement, et seulement quand il s’agit d’une urgence ou que les deux autres sont consentantes, c’est d’accord?

- Oui, promis… je vais essayer de me clamer. C’est que cette histoire me rend complètement euphorique, c’est tellement excitant! Je suis vraiment impatiente de découvrir les pouvoirs que nous avons et de partir à l’aventure faire des trucs incroyables et puis…Ouai c’est bon je me calme, s’intérompit-elle devant l’expression inquiète de mon regard.

- Je sais qu’on ne se connaît pas vraiment et que tout ça est nouveau et bizarre pour nous toutes, mais je t’avoue que j’ai toujours espéré qu’un truc pareil m’arrive et vienne transformer ma pitoyable existence. Si tout ce que Gaetan et Aurora nous ont dit est vrai, plus rien ne sera impossible…nous n’aurons plus aucune limite et tous nos rêves pourraient enfin se réaliser, reprit-elle.

Son regard passionné et plein d’espoir réussit à m’attendrir. Cette fille aux allures de caïd sortie de prison, n’était en fin de compte qu’une petite fille pleine de rêves, emprisonnée dans un monde d’injustice où elle ne réussissait pas à trouver sa place. Et ce nouveau lien qui nous unissait désormais, nous promettant à un avenir extraordinaire, était pour elle comme une porte de sortie de cette vie qu’elle ne supportait plus. J’étais surprise de ressentir une telle empathie naturelle envers ces deux filles que je connaissais à peine et pourtant si bien. J’avais l’impression de pouvoir lire dans leurs âmes aussi naturellement que dans la mienne, comme si malgré nos différences nous ne faisions plus qu’un.

- Moi aussi je suis heureuse de ce qui nous arrive. Les choses ne seront plus jamais comme avant, et pour moi c‘est plutôt une bonne nouvelle. Si tout cela n’est pas qu’un rêve… peut être que je n’aurais plus à fuir et à avoir peur. Ajouta timidement Gabrielle, les yeux toujours baissés.

- Je comprends très bien ce que vous ressentez, moi aussi je suis toute excitée par ces pouvoirs et cette prophétie mais…bien que ma vie n’ai pas toujours été ce que j’aurais souhaité, j’ai peur. Tout ces changements arrivent tellement vite. Nous devons être prudentes et ne pas nous enflammer. Nous ne savons rien de cette prophétie et je ne suis pas certaine de vouloir perdre ma vie d’avant pour une histoire de guerre entre le bien et le mal, déclarai-je spontanément.

 

 

 

5

Leur avouer ainsi mes doutes me faisait prendre conscience à moi-même de cette angoisse que j’avais, de perdre à nouveau mes repères. Il m’avait fallu un certain temps avant de me sentir enfin en sécurité après la mort de mes parents, mais à présent que nous avions trouvé notre équilibre avec Théo, je n’étais pas certaine d’être prête à tout chambouler une seconde fois dans ma vie. J’avais peur.

Gabrielle s’approcha doucement de moi et saisit ma main dans la sienne tout en caressant délicatement mes cheveux. Ses gestes étaient tellement doux, presque maternels et éveillaient en moi un profond sentiment d’apaisement.

- Tu n’as pas à avoir peur, tu n’es pas toute seule. Nous sommes avec toi, et nous ne t’abandonnerons pas. Je peux comprendre que tu n’ais pas les mêmes motivations que nous à vouloir tous ces changements étranges dans ton existence. Et tu n’as pas à t’en vouloir d’aimer ta vie. Tu sais, moi aussi j’ai été effrayée lors de notre premier contact, je n’avais qu’une envie, te fuir. Mais je ne veux plus vivre dans la peur, et si ces pouvoirs pouvaient me donner la force de ne plus être cette victime soumise et craintive que j’ai toujours été, alors je n’hésite pas une seconde.

Chacun de ses mots étaient aussi doux que ses caresses dans mes cheveux, je reconnaissais bien toute cette douceur bienveillante qui m’avait plu chez elle depuis notre première rencontre.

- Écoute Jessi, j’ai pu constater à travers tes pensées que tu avais beaucoup de chance dans ta vie. Tu as un frère merveilleux qui t’aime et consacre son temps à s’inquiéter pour toi; tu as un super petit ami beau comme un dieu qui n’a d’yeux que pour toi… Tu n’as peut être pas besoin de cette nouvelle vie mais nous si! Ça ne te dérange pas d’avoir un amoureux suceur de sang et d’inviter dans ta chambre une dangereuse créature qui te semblait hostile, alors tu ne vas pas commencer à fuir maintenant. On a besoin de toi, si on veut découvrir ce nous sommes et ce que nous devons faire il faut rester unies, ajouta Dylane sans ménagement.

Malgré la dureté de sa voix et son manque de tact évident, j’étais bien obligée de reconnaître qu’elle n’avait pas tors. Je ne pouvais plus reculer, elles comptaient toutes les deux sur moi et ce n’était pas le moment d’avoir peur. N’avais-je pas toujours rêvé de vivre quelque chose de plus palpitant?

- Vous avez raison. Il faut qu’on parte à la recherche de réponses et que nous découvrions qui nous sommes et de quoi nous sommes capables! Finis-je par admettre en leur adressant un sourire enthousiaste.

- Par quoi commençons nous?

6

- J’ai fais quelques recherches sur Internet, sur les Kelowes et toutes les prophéties possibles et imaginable, mais je n’ai rien trouvé de très concluant à part l’adresse d’un certain professeur T.Wells à Seattle. C’est une sorte d’historien à ce que j’ai cru comprendre, il a écrit un livre sur les anciennes prophéties occultes et semble bien connaître le sujet. Alors je me suis dit qu’on pourrait sécher les cours aujourd’hui et tenter de prendre contact avec ce Wells. Peut-être pourra-t-il nous aider? Proposa Dylane qui semblait avoir déjà bien réfléchi à la question.

- Mais je ne peux pas sécher les cours c’est hors de question! Mon père me tuerait si il l’apprenait, s’inquiéta Gaby, incapable de dissimuler la peur dans ses yeux.

- Ne t’inquiète pas j’ai pensé à tout. Si Jessi allait faire son petit tour d’hypnose à la secrétaire pour que celle-ci oublie de signaler notre absence, nous pourrions faire le mur aussi souvent que nous le voudrions.

- Je vois que tu as déjà tout prévu, m’exclamai-je un peu inquiète.

- Oui, j’ai passé toute la nuit à élaborer un plan d’action parfait pour nous permettre de mener à bien notre recherche de la prophétie. Si Wells ne peut rien nous apprendre, nous irons faire le tour de toutes les vieilles bibliothèques pour en savoir plus sur cet Adamius.

Le plan de Dylane reposait entièrement sur sa confiance en mes dons de persuasion, et cela me rendait assez nerveuse. Toutes ces responsabilités sur mes épaules me rendaient incertaine quand à l’efficacité de mon nouveau pouvoir, que je n’étais pas sure de maîtriser suffisamment bien. Mes deux amies durent entendre mes inquiétudes résonner un peu trop fort dans mon esprit et s’empressèrent de me rassurer.

- Jessi, je sais que tu en est capable tu nous l’a prouvé l’autre jour avec le proviseur.

- Oui, moi aussi j’ai toute confiance en toi, et pourtant c’est moi qui aurais le plus à perdre si ce plan ne fonctionnait pas. Mais je crois en toi ma Jessi, ajouta tendrement Gaby, le regard sincère.

- D’accord les filles! Il nous reste 20 minutes avant la première sonnerie des cours. Dès que le lycée ouvrira ses portes, je cours au bureau de l’administration et je fais ce que j’ai à faire. Et ensuite on part pour Seattle!

Mes deux amies poussèrent en coeur des exclamations de joie, sautillant d’impatience à l’idée de pouvoir enfin partir à l’aventure.

 

 

7

Les minutes s’écoulèrent dans une extrême lenteur avant que les premiers élèves ne se pressent enfin devant le bâtiment. Nous avions beaucoup de mal à contenir notre excitation et l’impatience de prendre enfin la route.

 

Lorsque la première sonnerie retentit, je sentis mon cœur s’emballer violement dans ma poitrine. Mes mains étaient moites, et le doute grandissait de plus en plus fort en moi à mesure que j’avançais dans les couloirs du lycée. Il était plus facile d’hypnotiser quelqu’un sous le coup d’une impulsion spontanée et irréfléchie, que de préméditer un lavage de cerveau à l’avance. J’étais à la fois impatiente et terrifiée, j’avançai d’un pas hésitant jusqu’au bureau de la surveillante principale.

Lorsque je poussai la porte, je découvris que je n’étais pas la seule élève dans la salle d’attente, et mon niveau de stress augmenta d’un cran face à cet imprévu qui bouleversait nos plans. Je ne pouvais pas hypnotiser plusieurs personnes à la fois, et la présence de ces importunes n’allait pas me faciliter la tâche.

«  Qu’est-ce qu’il se passe? Tu as changé d’avis ou quoi? » S’inquiéta Dylane qui s’impatientait.

«  Non! Mais il y a deux autres filles dans la salle d’attente et je ne peux pas transformer la surveillante en zombi devant elles! Il faut attendre qu’elles s’en aillent. »

Je n’eus pas à attendre la réponse de Dylane dont les pensées traversèrent naturellement mon esprit.

«  Non ne viens pas! On va juste attendre qu’elles s’en aillent…NON! » Protestai-je en vain, lorsque je compris ses intentions. Mais cela ne servait à rien de chercher à la dissuader, et je sus d’après les images qui défilaient dans sa tête qu’elle se rapprochait déjà à grande vitesse. Dylane n’en faisait qu’à sa tête, et lorsqu’elle avait décidé quelque chose, il me semblait impossible de lui faire changer d’avis.

La porte de la salle d’attente s’ouvrit soudain à la volée. Dylane apparut alors en m’adressant un regard complice plein d’assurance et de détermination. Elle repéra les deux intruses et se dirigea droit sur elles en prenant sa tête des mauvais jours. Les pauvres malheureuses la regardèrent s’approcher avec appréhension.

- Salut les filles! Dîtes moi, vous auriez pas un peu de monnaie à me dépanner pour la machine à boisson? Lança-t-elle sur un ton qui ne laissait place à aucun refus.

- Euh…Oui je dois avoir quelques pièces, combien te faut-il? Demanda la première en cherchant dans son sac, d’une main toute tremblante.

- Tout ce que tu as, j’ai très soif!

Le jeune fille vida le contenu de son porte monnaie dans la main de Dylane. Sa réputation ne semblait plus à faire, et ce racket ne devait certainement pas être son premier malheureusement. Mais alors là c’était le comble, faire ça dans la salle d’attente de la surveillante du lycée! Personne n’avait jamais poussé l’audace à ce point.

8

- Attends! C’est un billet que je vois là? Ajouta-t-elle en secouant la tête d’un air faussement navré.

- C’est l’argent pour mon déjeuner… Pleurnicha la fille au bord des larmes.

- Oh! Un peu de régime ça ne te fera pas de mal! C’est pour ton bien que je fais ça…

La fille s’exécuta sans hésiter, toujours aussi tremblante.

- Tiens! Maintenant que j’y pense…je risque d’avoir besoin d’un nouveau téléphone portable et certainement d’un mp3, alors tu ferais mieux de retourner en cours avant que l’envie me prenne d’inspecter ton sac d‘un peu plus près. Je pense qu’il est inutile de te rappeler qu’on ne s’est pas vue et qu’il ne sait rien passé? Insista-t-elle de son air menaçant.

La pauvre malchanceuse ne se fit pas prier et déguerpit à toute allure sans demander son reste.

La seconde, toujours adossée à son mur ne semblait pas aussi trouillarde que la première. C’était une grande brune assez charpentée qui dépassait bien Dylane d’au moins deux têtes. Et d’après l’expression peu commode de son regard, je présentais qu’elle n’allait pas se laisser faire aussi facilement.

«  Dylane laisse tomber! On va juste attendre qu’elle ait vu la surveillante et dans un petit quart d’heure on est parties. » Tentai-je en vain de la raisonner. Mais elle n’en faisait qu’à sa tête et ne m’écoutait même pas.

 - Salut toi, alors comme ça t’es une vraie dure? Je sens que tu n’as pas trop envie de cotiser pour mon déjeuner je me trompe? Enchaîna-t-elle en adoptant des mimiques qui me rappelaient étrangement celles de Al Pacino dans le film Le Parain. Elle ne doutait vraiment de rien!

- Tu ne me fais pas peur alors vas voir ailleurs si j’y suis, lui répondit la fille en redressant ses imposantes épaules d’un air de défi.

Je sentis le flot d’adrénaline qui montait en Dylane contaminer mes propres pensées. Cette petite provocation était pour elle une véritable incitation à la bagarre, je commençais à redouter le pire.

- Tu n’as pas peur? C’est bien ça, j’aime beaucoup les filles qui ne s’écrasent pas facilement, mais aujourd’hui je suis pressée. Alors même si tu ressembles à Godzilla, soit tu payes la taxe obligatoire, soit tu quittes la pièce immédiatement. Sinon je vais te donner des raisons d’avoir peur, renchérit Dylane d’un air menaçant.

9

La fille retroussa se manches avant de croiser les bras sur son torse. Elle ne semblait pas non plus craindre d’en venir aux mains. La situation commençait à déraper sérieusement, ce n’était vraiment pas le moment de créer d’autres problèmes supplémentaires! Il fallait que je trouve au plus vite un moyen de faire diversion pour éviter la bagarre qui s’annonçait.

Sans réfléchir, je me jetai à terre et me mis à feindre la suffocation, simulant une violente crise d’asthme qui interrompit immédiatement la confrontation entre les deux filles. Elles se précipitèrent sur moi pour me porter secours.

«  Dis lui d’aller chercher l’infirmière! Ça nous laissera un peu de temps, dépêche toi. » Ordonnai-je mentalement à Dylane.

- Et toi! Va chercher l’infirmière je m’occupe d’elle, allez bouge!

La fille sembla hésiter un instant à me laisser seule avec elle, mais finit par sortir en courant.

Dès que la porte fut enfin refermée, je me redressais sur mes jambes, furieuse. Je sentais que Dylane était presque déçue d’avoir éviter la baston, ce qui me mit hors de moi.

- Mais qu’est-ce qui t’a prit? Tu veux attirer l’attention sur nous ou quoi? Retourne à la voiture avec Gaby, maintenant! Hurlais-je exaspérée par a moue innocente qui se peignait sur son visage.

- Je voulais juste t’aider…

- A la voiture!

- C’est bon, je ne dis plus rien moi…ronchonna-t-elle en prenant sa petite mine boudeuse.

Il n’y avait plus une minute à perdre, Goliath n’allait pas tarder à revenir avec l’infirmière et je n’avais que peu de temps pour hypnotiser la surveillante. J’ouvris la porte de son bureau sans frapper, l’interrompant dans son appel et saisis le téléphone de ses mains pour raccrocher. Surprise, elle n’eut pas le temps de réagir que déjà mon regard se plantait dans le sien.

- Écoute moi bien! Aujourd’hui certains professeurs vont signaler l’absence de trois élèves, Dylane Caige, Gabrielle Mac Milan et Jessica Lorens. Tu leur expliqueras que nos parents t’ont prévenu et que nous sommes malades. Et surtout, tu effaceras nos noms du cahier des absents. Personne ne doit appeler nos familles, est-ce que tu as bien compris? Balançai-je sans reprendre mon souffle.

- Oui, j’ai bien compris, personne ne sauras que vous êtes absentes… Répondit-elle d’une voix monocorde et endormie.

Je lâchai un long soupire de soulagement. Mon envoûtement réussit, je m’empressai de rejoindre mes deux compères à la voiture. Je pouvais ressentir en moi leur impatience de plus en plus forte me presser à chacun de mes pas. Lorsque j’arrivai enfin sur le parking, je fus stupéfaite de constater que le moteur de ma Chevy était déjà en train de tourner, Dylane assise derrière le volant. Respire calmement! Et surtout ne crie pas, m’ordonnai-je intérieurement.

 

 

10

- Qu’est-ce que tu fais à la place du conducteur?

- Je me disais que tu me laisserais peut-être conduire…Me supplia-t-elle du regard comme une petite fille qui chercherait à me faire craquer. Mais ça ne prenait pas avec moi, surtout après l’avoir vu jouer les terreurs quelques minutes plus tôt.

- Dans tes rêves! Descends tout de suite de MA place, personne ne la conduit à part moi. Toi, tu montes à l’arrière! Répondis-je excédée.

Dylane reprit son air boudeur et descendit à contre cœur de la voiture pour monter à l’arrière. Ce voyage ne s’annonçait pas de tout repos, et la route allait être longue, très longue.

 

Après une bonne heure de chamaillerie avec Dylane pour le choix de la musique et un long débat sur le partage de la conduite, Gabrielle sortit enfin de son mutisme timide pour prendre la parole à son tour.

- Excusez moi de vous interrompre mais… Je me demandais si l’une d’entre vous avaient commencé à ressentir quelque chose de différent depuis le rêve dans la forêt?

- Pour ma part, j’ai pu constater que l’acuité de mes sens s’étaient beaucoup développée, et que mes blessures avaient disparues à mon réveil, mais à part ça... Non rien. Répondis-je en cherchant dans mes souvenirs, d’autres signes de changement.

- Ah! Toi aussi tu as cette impression de tout voir et de tout entendre cent fois mieux? Je me disais que c’était dans ma tête, s’écria Dylane toute excitée.

- Oui c’est-ce qui m’a permis de surprendre Kendale hier soir.

- Enfin, ce n’est pas tout à fait ce que j’appellerais des « pouvoirs extraordinaires »! Je me suis pourtant concentrée très fort pour transformer mon tuteur en dinde mais…sans résultat, plaisanta-t-elle.

- Ne te plains pas, moi je n’ai même pas le pouvoirs des sens, réagit soudain Gabrielle en détournant le regard vers la route. Elle n’était visiblement pas d’humeur à en rire d’après l’intonation agacée de sa voix.

« Moi je n’ai aucun pouvoir… Je suis toujours aussi faible et impuissante. » Ne put-elle s’empêcher de penser au fond d’elle.

11

- Non, ne pense pas ça Gaby! Je suis sure que tu vas bientôt ressentir la différence, il faut juste être patiente. Tentai-je de la rassurer maladroitement.

- Qu’est-ce que tu en sais? On n’a pas la moindre idée de ce que sont nos pouvoirs ni de la manière dont-ils fonctionnent!

- C’est pour cela qu’on doit retrouver la prophétie d’Adamius. Mais je suis d’accord avec Jessi, je pense qu’il faut un certain temps pour qu’ils se développent en nous. Peut-être que si on se met trop la pression à vouloir les utiliser ça risque de créer l’effet inverse et de les bloquer. A mon avis ça doit venir naturellement, sans se stresser, ajouta Dylane qui avait retrouvé son sérieux devant le désespoir de Gabrielle. Comme toujours, elle savait trouver les mots pour apaiser nos doutes et Gaby se détendit un peu.

- Mais…Si ils s’étaient trompés? Si je n’étais pas la bonne personne?

- C’est impossible! Si tu n’étais pas la bonne, tu ne lirais pas dans nos pensées et tu n’aurais pas fait ce rêve. Aurora semblait bien te connaître et savoir de quoi tu serais capable, répondit Dylane avec conviction.

- J’espère que tu as raison…

Malgré ces paroles encourageantes, Gabrielle demeurait abattue et je ne savais plus quoi faire pour la rassurer.

- Jessy arrête toi sur le bord de la route, j’ai une idée! S’écria Soudain Dylane.

Surprise, il me fallut quelques instants pour réagir à sa demande, et me rangeai en urgence sur le bas coté. Quelque chose me disait que je risquais de ne pas aimer la nouvelle idée farfelue de mon amie…

 

 

12

- Qu’est-ce qu’il se passe encore? Tu es folle ou quoi, on ne peut pas se garer là.

- Attends, tu vas comprendre. Je voudrais tester quelque chose et pour cela il valait mieux que la voiture soit à l’arrêt.

- Ça ne peut pas attendre qu’on soit arrivées à Seattle?

J’allais continuer à m’agacer sur elle lorsque je la vis dégainer son immense couteau de sa bottine, le même que celui du rêve. A présent, je redoutais le pire!

- Gaby donne moi ta main. Dit-elle en brandissant sa lame.

- Quoi? Qu’est-ce que tu veux me faire, répondit-elle terrifié.

- Fais moi confiance, je ne vais pas te l‘arracher. Juste une petite coupure, pour voir si tu cicatrises comme Jessi.

- Hors de question!

- Trouillarde! Moi je vais le faire alors, déclara-t-elle en joignant le geste à la parole sous mes yeux ahuris. Elle enfonça sans hésiter la lame tranchante dans la paume de sa main et le sang se mit à couler. Je ne pus contenir un hurlement de dégoût, et sentis la nausée monter instantanément. Je détournai mon regard trop tard de sa main ensanglantée. Je ne supportais vraiment pas la vue du sang.

- Oh mon Dieu! Mais c’est dégoûtant, tu veux que je tombe dans les pommes ou quoi?

- Calme toi ma Jessy, c’est tout de même toi qui m’a donné cette idée avec ta cicatrisation miraculeuse. Même si nous ne maîtrisons pas nos pouvoirs, celui-ci devrait agir de lui-même, non? Et dans ce cas là on pourra prouver à Gaby qu’elle est bien l‘une des notre.

- Je t’assure que tu n’avais pas besoin d’en arriver là pour me remonter le moral, maintenant Jessica risque de vomir dans sa nouvelle voiture et rien ne garanti que ta main va cesser de saigner, répondit Gabrielle d’un air dégoûté.

 

 

 

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