Chapitre 7 ( Partie 6 )

Captivé par l’intensité de ses prunelles magnétiques qui m’attiraient à lui telles deux abysses, la douceur de sa voix grave… je ne réussis pas à me dérober, je demeurai immobile au contact de sa main chaude et apaisante. Chaque parcelle de ma peau qu’il effleurait de ses doigts, s’embrasèrent d’un feu qui se répandit immédiatement dans tous le reste de mon corps. J’eus à peine le temps de comprendre ce qui m’arrivait, et tentai désespérément de lutter pour m’accrocher à ma raison, mais il était déjà trop tard.

Quelque chose d’inconnu et de très puissant se réveilla alors brutalement en moi, et pour la première fois, je sentis enfin toute l’énergie de mon pouvoir se déverser dans tous mon être, telle le flot d’une cascade qui s’abattait sur ma tête. C’était bel et bien lui qui me possédait, et non pas celui d’Alexis. Mon corps obéissait totalement à mon pouvoir, et ce pouvoir avait faim. Son appétit charnel me torturait d’un désir viscéral plus puissant et redoutable que je n’en avais jamais connu.

Lorsque ses doigts vinrent se poser sur mes lèvres, je ne résistai pas à l’irrépressible envie de les caresser de ma langue, c’était plus fort que moi. La petite voix faible de ma conscience tentait de m’avertir du danger, mais l’envie était trop puissante, trop intense… Alexis laissa échapper un soupir plein de désir lorsque mes lèvres s’entrouvrirent, sa mâchoire délicieusement carrée se contracta et je sentis son pouvoir vibrer à l’appel du mien. Il s’approcha un peu plus près, lentement, comme si lui-même avait tenté de résister à cette perte de contrôle, mais mon pouvoir était bien plu fort que lui…bien plus fort que moi. Il me défia un moment du regard, d’un air de plus en plus féroce, puis ses iris noirs se mirent alors à rougir, tels deux rubis incandescents et il se jeta à mes lèvres en m’empoignant brutalement par les cheveux. Le sang dans mes veines n’était plus que lave, consumant tout mon corps d’un désir insoutenable de luxure et d’abandon. La violence passionnée de son baiser et le goût de sa langue attisèrent le terrible pouvoir qui enflait en moi, m’expulsant hors de mon corps comme si mon esprit n’avait plus été qu’un spectateur impuissant. Ma main s’agrippa d’elle-même à ses cheveux pour le presser plus fort contre moi, et j’enfonçai les ongles de la seconde dans la chaire de son torse, lacérant furieusement sa chemise pour découvrir sa peau. Elle était douce, mate et ferme, terriblement…appétissante. Je m’arrachai à ses lèvres et précipitai ma bouche contre sa poitrine pour la lécher. L’odeur musquée de sa peau exhalait la testostérone, ce qui enflamma d’avantage mes sens exacerbés. Mes ongles avaient tracé deux profonds sillons ensanglantés, et l’odeur de son sang appela mon pouvoir si fort que j’eus l’impression qu’il allait exploser, submergeant Alexis qui haletait de plus en plus bruyamment. Un grognement de plaisir lui échappa lorsque mes dents se plantèrent dans la chaire de sa poitrine musclée, je sentis son entrejambe durcir contre mon bassin, frémissant à chaque nouvelle morsure. Mon pouvoir désirait lui faire autant de bien que de mal, il sentait instinctivement que Alexis aimait ça, et son désir le nourrissait.

 

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En rencontrant le pouvoir d‘Alexis, celui qui e cachait en moi s’était soudainement réveillé et avait puisé en lui la force de me perdre, d’annihiler ma raison, mon identité… Il m’avait déposséder de toute liberté, et je ne faisais pas le poids contre lui. Il allait me forcer à faire quelque chose que je ne voulais pas en dirigeant mon corps, et au fond de moi, je savais combien de me haïrais lorsque Ce pouvoir serait enfin rassasié.

 « Jessica…Jessica nous entends-tu? » s’infiltrèrent soudainement deux petites voix familières dans mon esprits, trop lointaines, presque inaudibles.

«  Jessica où es-tu?…Jessi réponds nous je t’en prie… » Insistèrent les voix de plus en plus fort. Je sentis ma volonté regagner en force en les entendant l’appeler, je m’agrippai à elles pour reprendre le contrôle, puisant dans leur énergie pour repousser mon pouvoir qui luttait de toutes ses forces pour maintenir mon âme au silence. Lentement, le feu dévastateur commença à s’éteindre, et je repris enfin le contrôle de mon corps et de mes esprits. « Dylane? Gaby?…Je vous entends très mal », criais-je intérieurement en m’éloignant repoussant brusquement Alexis. Il me dévisagea d’un air ahurie, comme si lui aussi venait de se réveiller du même état de transe. Ses yeux rouge s’assombrirent instantanément, et je retrouvai son habituel regard.

«  Est-ce que vous m’entendez? » pensais-je de toutes mes forces, dans l’espoir de retrouver le soutien de mes amies. Mais leurs voix avaient à nouveau disparues.

 - Je veux rentrer chez moi immédiatement! Criai-je d’une voix tremblante en m’éloignant un peu plus pour me recroqueviller sur moi-même. Le pouvoir s’était rendormit, mais il semblait m’avoir vidé de toute mon énergie. Je sentis mes genoux fléchir sous mon poids, et vacillai contre le mur derrière moi.

 

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Alexis se précipita pour me soutenir, mais je le repoussais en hurlant, terrifiée à l’idée qu’il puisse réveiller à nouveau mon pouvoir.

- Ne me touches pas! Le prévins-je en fuyant son regard.

Il se tut un instant, puis s’agenouilla lentement devant moi, prenant garde à ne pas me toucher.

- Je ne suis pas responsable de ce qui vient de se produire, je te le jure. Si cela n’avait été que mon pouvoir, j’aurais pu me contrôler et respecter ma parole de ne pas profiter de ton attirance, mais là… Je n’ai jamais ressentis un pouvoir tel que le tien, dit-il d’une voix sincèrement désolée mais admirative.

- Pourquoi s’est-il réveillé ici? Ce soir, avec TOI? L’accusai-je au bord des larmes.

- Je ne t’ai pas caché mon pouvoir d’attraction sexuelle, et jusqu’à ce soir, je n’imaginais pas qu’une humaine puisse en avoir un encore plus puissant que le mien. Je pense que les pouvoirs se reconnaissent et…que le mien a provoqué le tien, qui l’a lui-même attisé à son tour.

- Mais toi, tu connais ton pouvoir. Tu pouvais le maîtriser et me repousser!

En cet instant, je me sentais vide et vulnérable, honteuse de ce que j’avais fais et surtout, de ce que j’avais faillie faire. Sans le secours de mes deux amies, je savais que j’aurais commis l’impardonnable. Et je me détestais d’avoir presque trahi Jeremy. Le simple fait de penser à lui redoubla mes sanglots, et m’anéantit de culpabilité.

- Je maîtrise mon pouvoir, mais pas le tien. Et c’est lui qui me contrôlait. Je t’assure que je regrette…Je ne souhaitais vraiment pas prendre le risque de te faire fuir. Et maintenant tu vas me détester, et je ne pourrais plus t’aider à cause de cet incident…

- Non, je ne te déteste pas, l'interrompis-je en relevant mes yeux face aux siens. - C’est moi que je déteste…c’est-ce maudit pouvoir dégueulasse qui m’a possédé comme un ennemi intérieur… Je sais que tu ne mens pas, et qu’il venait de moi. Je l’ai senti, reconnus-je dégoûtée par cette chose qui était née de moi.

 

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- Non, ne le déteste pas. Tu ne le maîtrises pas encore, mais tu dois apprendre à le contrôler pour que ce ne soit pas lui qui te possède. Je sais que tout ça va beaucoup trop vite, et ces responsabilités sont bien trop lourdes pour de si jeunes épaules. Alors laisse moi t’aider… Laisse moi t’enseigner tout ce savoir qui te permettra de dominer cette part sombre de toi-même. Tu ne dois pas avoir peur de l’obscurité, elle recèle un pouvoir qui te sera très précieux.

- Que veux-tu dire lorsque tu me parles d’obscurité? M’enquis-je, de nouveau suspicieuse et méfiante.

- Qu’il ne faut pas craindre de développer les différents pouvoirs qui t’ont été donnés par tes deux créateurs, annonça-t-il, une lueur inquiétante s’illuminant soudain dans ses yeux sombres.

- Tu veux parler précisément des pouvoirs de Salan, n’est-ce pas?

- Je veux dire que les choses ne se résument au blanc et au noir, et que tu ne dois pas limiter ta vision de ce monde par des principes étriqués…

- Tu es un partisan de Salan? Le coupai-je attristée et déçue par ma trop grande naïveté. Et dire que j’étais à deux doigts de lui accorder ma confiance…

- Je ne suis partisan de personne, je me laisse la liberté de prendre ce qui m’intéresse dans chacun des deux camps!

J’avais les idées embrouillées, partagées entre un sentiment d’attirance et de répulsion. Alexis avait plusieurs visages, et avait tenté différents masques pour parvenir à me m‘amadouer. Il avait réussit a susciter en moi admiration, terreur, colère et désir dans la même soirée…Comment avait-il pu insinuer ainsi le doute en moi alors que j’en aimais un autre? Il était dangereux pour mon âme, j‘en étais persuadée.

 

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- Je voudrais rentrer chez moi, déclarai-je alors en m’éloignant vers l’escalier, retrouvant peu à peu mes forces et ma détermination habituelle.

Alexis recouvrit la prophétie de l’épais tissu rouge avant de me rejoindre sans un mot.

J’appréhendais sa réaction face à mon second rejet. Allait-il reprendre les traits durs et cruels que je lui avais découvert au retour du restaurant? Continuerait-il à tenter de me rassurer en douceur? Le silence qui s’installa entre nous en remontant l’escalier me noua l’estomac par le suspense de cette attente incertaine. Je redoutais le visage que j’allais découvrir.

- Je vais te raccompagner dans un instant, mais j’aimerais prendre une petite douche avant d’y aller si ça ne te dérange pas. J’ai besoin de me rafraîchir et aussi de changer de chemise. Me prévint-il d’un ton neutre avant de s’éloigner, m’abandonnant seule dans cet immense manoir.

- Surtout fais comme chez toi, me lança-t-il avant de disparaître.

Surprise par l’absence de réaction d’Alexis, je restais tout de même sur mes gardes et n’osai pas m’aventurer hors de la pièce où il m’avait laisser. Tentant avec difficulté de rassembler mes idées et surtout, de les éclaircir.

Cette journée avait été très riche en émotions! Assaillie pas les révélations concernant mon destin, je perdais peu à peu toutes les certitudes qui avaient dirigé ma vie depuis toujours et du tout à qui me fier. Devais-je garder une confiance aveugle en mes amies, ou me méfier d‘elles à présent que je connaissais la suite de cette prophétie? Fallait-il que je me fie aux croyances idéalistes de Wells, où à la connaissance plus vaste et dangereuse du ténébreux Alexis? Et surtout, pourquoi n’avais-je pas réussis à joindre mes amies de la soirée? Il était possible que mon ravisseur ait continué à posséder discrètement mon esprit malgré notre promesse de cesser toute intrusion…Non! Je l’aurais ressentis, cela venait d’autre chose mais de quoi?

 

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La seule personne susceptible de pouvoir me répondre n’était autre qu’Alexis lui même, mais je n’étais pas certaine de vouloir prendre le risque de l’informer de cet autre pouvoir. Il en savait déjà beaucoup trop, et je n’avais pas confiance en lui, ni en moi-même d’ailleurs. Ce qui s’était produit entre nous m’avait révélé un aspect terrifiant de ma personnalité, une facette monstrueuse, étrangère à mes principes et à tout ce que j’étais. Non! Cette chose qui s’était emparée de mon corps n’était pas moi! Malgré tous mes défauts, je savais au fond de moi que j’étais quelqu’un de bien, tentai-je de me rassurer.

Mais le doute était coriace, et je refusais de me mentir à moi-même. N’avais-je pas déjà ressenti les prémices de ce sombre pouvoir depuis bien longtemps? Et ces rêves, ou plutôt cauchemar qui avaient hanté mes nuits toutes ces années…ne révélait-il pas les démons inconscients cachés au plus profond de mon être? J’imaginais déjà le diagnostique qu’aurait pu faire le Dr Freud en entendant tout ça.

Mais ce n’était vraiment pas le moment de me laisser aller à mes angoisses! Ma journée avait été surchargée, mon cerveau saturé de révélations indigestes, j’étais exténuée et mes émotions avaient été mises à rudes épreuves, alors le mieux que j’avais à faire était de me changer les idées, et attendre d’être reposée pour me prendre la tête! Plus rien de productif ne résulterait de mon esprit pour aujourd’hui.

Je devais faire diversion à mes idées noires, et décidai de m’intéresser à la pièce où je me trouvais. J’inspectai avec plus d’attention que la première fois ces lieux où mon ravisseurs m’avait déposé, et découvrit une vaste salle luxueusement décorée de riches œuvres d’art de différentes époques et de provenances tout aussi diverses. Parmi les nombreuses peintures accrochées aux murs, il me sembla reconnaître « La femme à l’éventail » de Modigliani ainsi qu’une parfaite reproduction de l’œuvre du grand Matisse « La pastorale ». Ces deux toiles détonnaient étrangement à coté des autres, de par leur modernité et leur style très contemporain, et je fus surprise de constater l’audace de leur propriétaire, qui avait fait poser des plaques en or sous gravé sous chacune d’elles, où il était inscrit: Matisse 1906; La pastorale, œuvre originale. Il ne manquait vraiment pas d’humour celui là! Même le plus néophyte des amateurs d’art saurait que les vrais originaux se trouvaient dans un Musé européen. Cela m’étonnait tout de même qu’un homme aussi classe et distingué que Alexis puisse se ridiculiser de la sorte. Je notai dans un coin de ma tête de faire quelques que recherches sur ces œuvres à l’occasion, qui sait…peut-être avaient-elles été vendues? Je continuai mon tour de la pièce, et détaillai avec soin chacune des sculptures de marbre et autres œuvres rares exposées autours de moi. Cet Alexis avait assurément un goût très prononcé pour le beau et l’ancien. Je tentai un instant de dresser son profile d’après les objets dont il s’entourait.

 

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Mon analyse conclut que c’était un esthète mélancolique, accroché au passé et à ses souvenirs, certainement passionné d’Histoire d’après la diversité de pièces antiques que j’avais pu remarquer. Il semblait cependant apprécier la modernité et le confort du luxe actuel constatai-je devant le choix de ses canapés en cuir blanc très design et la chaîne hi fi dernier cri encastrée dans l’un des murs. Sa bibliothèque était bien mieux remplie que la plupart des librairies et son contenu aussi éclectique que celui de Elliott Bay Book à Seattle! J’y découvris des œuvres récentes côtoyant de très anciennes, dont les titres en langues étrangères m’apprirent qu’il était multilingue et certainement aussi cultivés qu’il le laissait entendre. Alexis m’apparut alors comme un homme qui ne se refusait absolument rien, d’une nature curieuse et avide d’en apprendre toujours plus pour mieux maîtriser le monde qui l’entourait. Il aimait le contrôle, la possession, et certainement le pouvoir. Un matérialiste étrangement spirituel et profond, dont la personnalité complexe et multiple se reflétait à travers la diversité de ses goûts. Mais il n’y avait aucune photo, aucun objet personnel et intime parmi tout cet admirable étalage, rien qui ne permette à ses visiteurs de s’infiltrer derrière le masque. Un mur d’apparence très calculé, mais beaucoup plus révélateur qu’il ne l’imaginait.

Poussée par mon habituelle curiosité, je me risquais à jeter un rapide coup d’œil à la pièce dans la quelle mon hôte avait disparu. Moins spacieuse que celle où je me trouvais, celle-ci ressemblait à une salle de détente ou de repos. De confortables et luxueux canapés, fauteuils et tapis matelassés au style oriental y étaient harmonieusement disposés, séparés par quelques voilures de tissus transparents, suspendus au plafond et autres paravents. Cette pièce n’avait strictement rien de commun à la première, détonnant par ses tons rouges, bordeaux et or et son éclairage tamisé. Hormis l’amas de tissus et rideaux colorés, la décoration se résumait à quelques miroirs et bougies parfumées ainsi qu’un Narguilé sur l’une des tables basses, posé près d’un service à thé Marocain. A quoi donc pouvait bien servir cette pièce? Elle me donnait l’étrange intuition d’être le lieu idéal pour les rendez-vous sensuels et libertins, et un peu trop vaste pour n’accueillir que deux partenaires. Mais connaissant le maître des lieus, rien n’aurait pu me surprendre! Je m’aventurai un peu plus à l’intérieur et décidai de m’installer sur l’un des matelas du centre, de manière à patienter le plus confortablement possible jusqu’au retour de mon ravisseur. A peine avais-je allongé ma tête sur ce reposoir moelleux que toute la fatigue accumulée de ces derniers jours s’abattit sur mes paupières, de plus en plus lourdes. Je tentai de repousser le sommeil par de nombreux bayements, mais finis tout de même par sombrer dans un état de somnolence.

 

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Il me sembla s’être écoulé une bonne trentaine de minutes, lorsque je revins soudain brusquement à moi. Combien de temps avais-je bien pu dormir? Éreintée de fatigue, je commençai à m’impatienter. Je n’avais qu’une hâte, retrouver la sécurité de ma chambre, le confort de mon lit et avec un peu de chance, les tendres bras de Jeremy…

Que pouvait bien faire Alexis depuis tout à l’heure? Même la plus coquette des femmes n’aurait pas eu besoin de tout ce temps dan la salle de bain! Se pouvait-il qu’il m’ait tout simplement oublié là? Je ne pouvais plus attendre, il fallait que je rentre immédiatement! Toute cette histoire avait assez duré et j’avais un besoin urgent de retourner à la réalité de mon monde, loin de Wells, de Kain ou tout autre conteur de fantaisies! Je me mis alors à errer de pièce en pièce, faisant résonner ma voix en écho, espérant qu’il m’entende.

Au bout d’un quart d’heure de promenade hasardeuse, j’entendis enfin du bruit en provenance d’une porte devant moi.

- Alexis? Tu es là? Écoute, je ne voudrais pas être impolie mais j’aimerais vraiment rentrer maintenant, si ça ne t’ennuie pas. Je suis sur le point de m’écrouler de fatigue et…

Des petits cris étouffés me parvinrent de derrière la porte entrebâillée, et je m’interrompis immédiatement pour tendre l’oreille. J’hésitai un moment avant de la pousser et me figeai brusquement devant la scène que je découvris dans la salle de bain.

 

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Le corps ruisselant, à peine recouvert d’une minuscule serviette négligemment attachée autour de sa taille, Alexis me tournait le dos. Il n’était pas seul.

Encadrée par deux magnifiques créatures tout aussi dénudées, le visage enfoncé dans le cou d’une troisième, il ne semblait feindre de ne pas avoir remarqué ma présence. Il me fallut quelques instants avant de réaliser ce que mes yeux peinaient à discerner dans la pénombre vaporeuse de cette pièce, encore humide et embuée par les vapeurs d’eau chaude. Alexis était bel et bien en train de se nourrir de la gorge de cette malheureuse. Les yeux fermés, la tête vacillante sur son épaule, elle gémissait doucement sans se débattre, totalement inerte.

Horrifiée, je ne pus contenir un hoquet de dégoût en comprenant ce qu’il était en train de lui infliger, ce qui attira immédiatement l’attention des deux autres femmes qui tournèrent leur regards sur moi.

Mon instinct me cria de fuir le plus rapidement possible, mais mon corps pétrifié refusa de bouger. Mes membres tétanisés ne me répondaient plus, les battements de mon cœur tambourinant violemment dans ma poitrine jusque dans mon crâne.

Pourquoi avait-il fallu que je parte à la recherche d‘Alexis? Pourquoi n’avais-je pas attendu sagement son retour? Maintenant que je savais ce qu’il était, il n’aurait plus à s’encombrer de son masque bienveillant.

 

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Alexis se raidit soudainement, et repoussa le corps de la jeune femme qui ouvrit enfin les yeux. Une vague de soulagement m’envahit lorsque je compris qu’elle n’était pas morte. Elle leva alors à son tour son regard sur moi, et me dévisagea d’un air étrange. Son expression sembla passer de la déception à la colère, comme si mon intrusion l’avait dérangé.

A ma grande surprise, elle ne semblait aucunement effrayée par le prédateur qui venait d’ôter ses crocs de sa chaire, et je remarquai alors que c’était elle qui s’accrochait à lui d’une main ferme et possessive.

- Dehors! Ordonna-t-il alors calmement en se retournant enfin vers moi.

Les trois femmes grognèrent d’un air mauvais en me fusillant du regard.

- Elle ne peut pas attendre son tour comme tout le monde! S’exclama l’une d’entre avec aigreur en implorant Alexis de ses yeux aguicheurs.

- J’ai dis dehors! S’impatienta-t-il sèchement.

Les trois femmes se pressèrent docilement vers la sortie sans prendre la peine de se revêtir, me bousculant rageusement en passant la porte. Toujours aussi choquée, je m’écartai de leur passage, interdite. J’étais incapable de détourner mon regard d’Alexis qui ne semblait pas du tout troublé par ma présence importune. Il m’adressa un sourire plein d’assurance, chargeant son regard de propositions indécentes avant de dénouer tout naturellement la serviette qui recouvrait sa taille pour sécher ses cheveux encore humides. Sans aucune pudeur, il exhiba ainsi la nudité de son corps finement musclé sous mes yeux ébahis.

Il me fallut quelques secondes avant de réussir à détourner mon regard de sa prodigieuse anatomie, et devinais d’après l’état éveillé de son membre que les trois femmes ne s’étaient certainement pas contentées de lui savonner le dos! Une fois l’effet de surprise dissipé, ce fut alors un sentiment de colère qui s’éveilla en moi. Et étrangement, la découverte de sa nature vampirique ne fut pas celle qui me heurta le plus.

 

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- Ne me dis pas que j’attends depuis plus d’une heure parce que Monsieur Alexis jouait au docteur avec ses trois pétasses? C’est une blague? Tu as une idée de l’heure qu’il est? 2h44 du matin! La moindre de choses ne serait-t-elle pas de ramener les gens qu’on enlève à une heure plus décente? On ne t’a pas appris les bonnes manières à l’école des gros bourgeois prétentieux propriétaires de Porsche? Gueulai-je sans reprendre mon souffle. J’étais hors de moi, cet enfoiré m’avait fait poireauté pour aller faire tirer son coup? Non mais dans quelle monde il vivait celui là? Avait-il une idée de l’heure scandaleuse à laquelle mon frère allait me réveiller demain matin? Ne se doutait-il pas que moi aussi j’avais quelque un qui m’attendait certainement devant ma fenêtre en se faisant un sang d’encre de ne pas me voir revenir? Réalisait-il que je n’avais pas bu de café depuis plus de 12 heures? C’était tout simplement inadmissible! Et il allait comprendre ce que c’était une « Kelowe en manque de caféine »!

J’étais tellement furieuse que j’en oubliai sa nudité, et lorsque je me retournai pour lui faire face et balancer quelques nouveaux reproches, je me retrouvai nez à nez avec lui, son corps ruisselant à quelques centimètres du mien. J’ouvris la bouche, et la refermai immédiatement en découvrant la perfection de son corps mate et musclé aussi près de moi.

Alexis semblait particulièrement s’amuser de la situation, et je ne doutais pas une seconde que toute cette mise en scène n’ait été soigneusement calculée pour me troubler, et peut-être même me tenter.

- Arrête de me mater comme ça, tu risquerais de réveiller ton pouvoir. Mai ne crois surtout pas que je dis ça par manque d’énergie! Ce n’est pas trois filles comme elles qui sauraient m’épuiser, j’ai encore suffisamment de réserve pour te satisfaire, plaisanta-t-il en me dépassant, prenant soin de me bousculer doucement avec son corps au passage.

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Je frissonnai à son contact, mais luttai de toutes mes forces pour contenir le début d’incendie au bas de mon ventre. Si il cherchait à renouveler l’incident de tout à l’heure, il pouvait toujours courir! Cette foi-ci, je m’y attendais et ne me laisserais pas surprendre par la réaction de mon pouvoir.

- Je ne sais pas à quoi tu joues, mai ce n’est certainement pas comme ça que tu réussiras à gagner ma confiance. Et je te le répète une dernière foi au cas ou tu ne l’aurais pas intégré: Tu n’es absolument pas mon genre!

- Vraiment? Ce n’est pas ce que tes yeux disaient il y a un instant, j’ai même cru que tu allai me dévorer, me provoqua-t-il au lieu de s‘excuser. Mais cette fois-ci, je ne tomberais pas dans son piège, je n’allais pas me retourner pour l’injurier.

- Là tu as gagné, je commence sincèrement à te détester! Et je compte bien alerter mes amies de ton existence, et lorsque que nos super pouvoirs de Kelowes seront développés, on reviendra te botter ton jolie petit cul, le menaçai-je sans oser le regarder.

Je l’entendis s’approcher dans mon dos, et m’empressai de fermer les yeux au cas où il serait encore nu. Il me saisit délicatement par l’épaule et me tourna face à lui.

- Tu peux ouvrir les yeux, j’ai un pantalon, me rassura-t-il d’une voix exaspérée.

Je desserrai prudemment mes paupières pour m’assurer qu’il ne mentait pas, et constatai qu’il était encore torse nu.

- Va mettre une chemise si tu veux qu’on parle, espèce d’allumeur pervers! Grognai-je avec impatience, en m’évertuant à ne pas lécher du regard l’appétissant dessin de sa tablette abdominale.

Il soupira d’un air agacé, mais s’exécuta tout de même avant de revenir se planter devant moi.

 

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- Je n’avais pas l’intention de réveiller à nouveau ton pouvoir, e contenta-t-il de dire en m’adressant un regard plein d’innocence qui ne lui allait pas du tout.

- Sans blague! Tout à l’heure, il n’a suffit que d’un simple contact de ta main sur ma joue pour me transformer en Wonder succube, et tu voudrais que je te crois lorsque tu dis que tu n’avais aucune vilaine intentent ion en t’exhibant nu et ruisselant devant moi? Je ne lis peut-être pas le russe ni le chinois, mais je ne suis pas une demeurée, OK?

- Je n’ai jamais douté de ton intelligence, enfin maintenant que j’y pense…

Là c’était trop! Ma main s’écrasa violemment sur sa joue dans un claquement très sonore qui ne sembla pourtant pas lui être douloureux. Je savais qu’il aurait très bien pu intercepter ma main avant même que mon cerveau n’ait eu le temps d’envoyer un message nerveux à mon bras. Mais Alexis devait suffisamment perspicace pour deviner que le meilleur moyen de ne pas réveiller mon hystérie serait d’évacuer ma colère.

- Espèce de…

- Je savais que ton pouvoir ne se réveillera pas aussi vite après toute l’énergie qu’il à puisé en toi pour grandir tout à l’heure. Tu n’imagines pas toutes les calories que ça bouffe ces petites bêtes là! Et pour ce qui est des « trois pétasses » comme tu dis, ce n’avais pas l’intention de te faire patienter exprès, et je n’avais pas non plus prévu que entre sans frapper dans une salle de bain vilement occupée, se justifia-t-il d’une voix dure et sévère qui ne plaisantait plus.

Je réalisai honteusement qu’il n’avait pas totalement tort, et baissai à nouveau mon regard mal à l’aise.

 

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- Si j’ai préféré me nourrir et…répondre à d’autres besoins, avant de te raccompagner, c’est tout simplement pour éviter d’être tenté de me servir sur toi. Bien que mon self contrôle soit très puissant, cela ne m’aurait pas empêché de te regarder avec un peu trop d’envie. Et maintenant que je commence à te connaître, je craignais de te traumatiser par mon regard un peu trop insistant. Étant donné que tu as décidé de m’affubler de tous tes stupides préjugés, je voulais juste éviter d’alimenter ta paranoïa.

- Je ne suis pas parano! M’insurgeai-je, vexée. Alexis avait toujours réponse à tout, et trouvait toujours le moyen de me faire passer pour une conne méchante et injuste. Et le pire, c’est que ses arguments ne manquaient pas de pertinence.

- Et puis… Ce n’est pas une excuse valable. Tu ne vas pas me dire qu’un vampire tel que toi risquait la crise d’hypoglycémie? Alors tu aurais tout simplement pu patienter un peu pour te nourrir, et te concentrer sur la route, comme n’importe quel conducteur est sensé le faire, au lieu de me regarder. Et puis… ne me racontes pas que le sexe est une dépendance, au point de ne pas pouvoir patienter plus d’une heure pour te taper ces pétasses vulgaires et nymphomanes…Bafouillai-je, bien décidée à avoir le dernier mot.

- Mais tu es jalouse de ces filles ma parole! Ricana-t-il en affichant son petit air réjoui et provocateur qui insupportait plus que tout.

- Pas du tout! N’importe quoi! Jalouse, moi? De ces pauvres filles qui… n’ont vraiment aucun respect d’elles-mêmes, non mais ça va pas! Et puis d’abord…tu ne m’intéresses même pas, c’est Jeremy que j’aime… me défendis-je laborieusement d’un air très peu convaincant.

 

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Non je n’étais pas jalouse! Enfin…oui, peut-être un peu. Mais certainement pas à cause d’un quelconque sentiment à son égare. C’était juste que… J’avais été flattée par l’intérêt qu’il me portait, et même si cela pouvait sembler puérile, j’espérait que celui-ci puisse être sincère. Que voulez-vous, j’ai l’ego sensible voilà tout! Mais jamais je n’aurais avoué cette faiblesse devant cet arrogant et prétentieux monsieur je sais tout. Cela aurait été lui faire trop d’honneur.

- Si tu le dis… Enfin bref, pour répondre à tes charmants reproches, non je ne risque aucune crise d’hypoglycémie, et non je ne suis pas inscrit non plus aux « dépendant du sexe anonyme », bien qu’il fasse partie de mes besoins journaliers essentiels. Mais après l’état dans lequel ton pouvoir m’avait mis, et puisque nous n’avions pas consumé le désir insoutenable que tu avais réveillé en moi, je n’avais pas vraiment le choix.

Je me sentis rougir à l’évocation de cet incident, et aux souvenirs qu’ils réveillaient en moi. L’image de ma bouche pressée contre son torse et de notre baiser peu chaste me torturait de honte et de culpabilité. Et cela réussit à me clouer le bec un moment.

Devinant mon malaise trahit par ce silence, il s’adoucit alors et souleva délicatement mon menton face à lui, plantant son incroyable regard au fond du mien.

- Tu n’as pas à avoir honte de ce qui c’est passé. Ce n’était ni de ta faute, ni de la mienne… D’ailleurs, il ne s’est rien passé. Je t’assure que notre petit baiser n’avait rien qui vaille la peine d’être censuré aux moins de 12 ans. Ce n’était qu’un baiser, rien de plus.

 

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Ses paroles m’apaisèrent suffisamment pour m’empêcher de fondre à nouveau en larme, et je le remerciai d’un sourire sincère pour sa sollicitude.

- Je n’aurais jamais dû t’emmener ici. Tu es bien trop jeune, trop fragile et candide. J’ai eu tort de vouloir te proposer mon aide… tu n’es pas prête à la recevoir. Je suis désolé que cette soirée ait dégénéré de la sorte. Je ne t’ennuie plus c’est promis, dit-il d’une voix douce et sincèrement navrée que je ne lui connaissais pas.

M’étais-je donc trompée sur son compte? Ne l’avais pas jugé un peu trop vite? Certes, il n’était définitivement pas un enfant de cœur, loin de là. Et oui, sa conception de la morale et de la vie semblaient très éloignées de la mienne, mais cela ne signifiait pas qu’il ait de mauvaises intentions? Mon intuition me criait qu’il était dangereux, mais il m’avait pourtant prouvé ce soir qu’il n’était pas un danger pour moi. En fin de compte…je ne le détestais pas autant que je le prétendais, peut-être même bien que je l’appréciais, même si personne ne m’avait jamais autant énervé que lui.

- Je ne suis pas une petite chose fragile et candide! Ne pus-je m’empêcher de protester. Je ne supportais pas qu’on me sous estime à cause de mon âge, et encore moins la condescendance!

- Je ne dis pas cela pour te blesser. Mais pour l’instant tu es encore trop immature pour être capable d’apprécier mes conseils et mon enseignement. Tu es naïve et influençable, et je ne veux pas faire partie de ceux qui utiliseront cette faille pour te modeler à leur image. Pour l’instant, contente toi donc d’avoir une foi aveugle en ces pseudo prêcheurs du bien et du mal, déclara-t-il d’un ton sec, un soupçon de mépris dans la voix. Puis il se détourna de moi, me faisant clairement comprendre que la discussion était close.

- Je te ramène chez toi, m’annonça-t-il en se dirigeant vers le couloir sans rien ajouter de plus.

 

96

Même si je le croyais lorsqu’il disait ne pas vouloir me blesser, ses mots m’avaient fait mal. Ainsi donc, il me considérait lui aussi comme une pauvre gamine à l’esprit limité. Lui qui avait semblé si fasciné par mon talent de peintre, si impressionné par ma répartie cinglante…à présent, je ne l’intéressais plus et c’était dur à digérer. Quelques heures plus tôt, c’était moi qui avais voulu le fuir, et maintenant c’était à son tour.

Je le suivis en direction de la sortie du manoir sans rien oser ajouter, et dus supporter cet oppressant silence durant tout le trajet du retour.

Cette fois-ci, Alexis eut une conduite irréprochable, et ne dépassa pas une seule fois la limitation de vitesse autorisée. Il ne m’adressa même pas un regard et ce fut à mon tour de le braquer du mien.

Lorsque nous arrivâmes enfin devant chez moi, il se précipita tout de même pour ouvrir galamment ma portière.

- Je m’excuse encore pour cette soirée traumatisante, je ne voulais que les choses se passent ainsi, dit-il avant de reprendre sa place derrière le volant.

Le moteur de la Porsche se remit à vrombir, j’hésitai un instant sans bouger puis me décidai à réagir. Je me précipitai devant le bolide pour l’empêcher de s’en aller, et lui fis un petit signe de la main pour l’inviter à patienter. Il baissa alors la vitre côté conducteur d’un air las.

- Je…je voulais juste m’excuser moi aussi, j’ai été un peu dure avec toi et… Je voulais que tu saches que je garderais notre rencontre sous silence. Je ne dirais rien aux autres c’est promis.

 

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Il m’observa un instant sans rien dire, et il me sembla percevoir, l’espace d’une fraction de seconde, une lueur étrange, indéchiffrable, dans ses yeux noirs impénétrables.

- Je t’en remercie, se contenta-t-il de répondre d’une voix neutre dénuée d’émotion.

- Est-ce que je te reverrais un jour? Je n’ai même pas ton adresse et je ne saurais pas retrouver le chemin jusqu’à chez toi toute seule… Tu as un numéro de téléphone où je pourrais te joindre si un jours… je changeais d’avis? Demandai-je d’une petite voix, aussi intimidée que j’avais pu l’être la première fois.

- Non, je ne préfère pas. Mais ne t’inquiètes pas, le jour où tu auras besoin de moi je le saurais, et je serais là, promit-il avant de démarrer en trombe.

Je restai plantée là un moment, à fixer la rue vide bien que sa voiture soit déjà loin. J’étais complètement retournée par cette rencontre improbable parsemé d’incidents regrettables et…traumatisants, comme il l’avait si bien dit. A présent qu’il n’était plus là, je regrettai de m’être ainsi laissé dépasser par ma colère et ma peur, qui m’avaient peut-être fait perdre la seule personne qui puisse m’aider à comprendre tout ce qui m’arrivait ces dernier temps. Et si Alexis avait raison? Et si je n’étais réellement qu’une ado immature et naïve incapable d’accepter la réalité en face et de m’ouvrir à des choses qui me dépassaient? Avais-je fais une erreur en refusant son aide? Certainement. Mais si je m’étais bien trompée, et qu’il se révélait être une personne de confiance, alors il tiendrait sa promesse. Et le jour où j’aurais besoin de lui, il reviendrait.

 

98

Je m’étais discrètement infiltrée chez moi, tentant de ne pas réveiller Théo qui, à ma grande surprise, ne m’avait pas attendu. Ce n’était pourtant pas son genre d’être si serein en ne me voyant pas rentrer avant minuit. D’ordinaire, il aurait ameuté toutes les patrouilles de ses collègues pour me retrouver, et m’aurait attendu de pieds fermes devant la porte pour me crier dessus. Mais ce soir, il ne s’était étrangement pas inquiété.

Malgré l’état léthargique de fatigue de mon petit cerveau, je devinai que Alexis avait certainement dû l’hypnotiser, et exceptionnellement, je ne regrettais pas qu’il l’ai fait.

Mais lorsque je retrouvai enfin ma chambre, soulagée d’avoir échappé au pire avec mon frère, je découvris que Théo n’était peut-être pas le pire…

Je n’eus pas même le temps d’allumer la lumière, que déjà l’interrogatoire commençait.

- Où étais-tu? Questionna Jeremy sans préambule, d’une voix dure et sévère que je ne lui connaissais pas. Je sursautai lorsque je reconnus sa silhouette, adossée contre mon bureau. Il faisait bien trop sombre pour que je ne puisse distinguer l’expression de ses traits, mais d’après l’intonation de ses mots, ses bras croisés sur son torse et la lueur argentée qui émanait des se yeux… mon petit doigt me disait qu’il était vraiment furieux.

- Il est 3h30 du matin, grogna-t-il d’une voix basse et contenue prête à exploser.

 

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J’avais fait la promesse de ne rien révéler sur Alexis, et réalisai seulement maintenant que je n’avais réfléchi à aucune explication valable pour justifier mon absence. L’idée de devoir mentir à Jeremy me serrait douloureusement la gorge, mais je n’avais pas le choix… Une parole est une parole, et la mienne avait de la valeur. Alors même si je commençais sérieusement à saturer sous le poids de tous ces secrets que devais cacher à tous les gens que j’aime, je me résolus à transformer la vérité…encore une fois!

- J’étais à mon rendez-vous chez l’acheteur de mes toiles. J’avais complètement oublié que c’était ce soir, et dans mon empressement, j’ai oublié de prendre mon portable…

- Cela n’explique pas l’heure où tu rentres!

- Nous sommes allés mangé à Carter’s Hill, et nous devions passer par chez lui pour qu’il me montre sa collection de peinture mais sa voiture est tombée en panne sur le retour, au beau milieu de nulle part. On a attendu au moins deux heures que quelqu’un finisse par nous trouver. Et il a bien fallut le même délai pour la remettre en route, mentis-je à contre cœur. Priant intérieurement pour ne pas avoir à l’hypnotiser.

 

100

Jeremy demeura silencieux et immobile un long moment, à m’observer dans le noir. Mes nerfs n’allaient pas tarder à craquer si il continuait ainsi se taire. J’allais ajouter quelque chose lorsqu’il se matérialisa brusquement à quelques millimètres de moi. Je n’avais même pas eu le temps de le voir bouger et je faillis crier sous l’effet de surprise de son apparition à mes côtés.

A présent, il était suffisamment près pour je puisse discerner l’expression furieuse de son visage. Ses yeux étincelaient de plus en plus fort, aussi brillants que des petits miroirs argentés qui reflèteraient la pleine lune. Sa mâchoire tremblait de colère, et je sentais sa rage vibrer telle une énergie électrique contre ma peau. En cet instant, si je n’avais pas connu Jeremy, il aurait vraiment réussi à me faire peur. Il approcha un plus son visage de mon cou, puis de mes cheveux jusqu’à mon visage. Je vis le frémissement de ses narines, et compris ce qu’il était en train de faire. Il me sentais! Son odorat extra fin de vampire allait trahir mes mensonges et quoi que je puisse lui raconter, il saurait qu’un autre homme m’avait touché.

J’entendis grondement animal monter dans sa gorge, et je compris qu’il savait.

- Tu empestes l’odeur d’un autre homme! Je la sens partout sur toi…Grogna-t-il sans cesser de me renifler comme si il avait voulu la graver dans ses souvenirs, prêt à partir en chasse pour remonter sa piste.

Soudain, ses yeux se mirent flamboyer plu intensément et Jeremy retroussa brusquement ses lèvres, révélant des canines étincelantes et menaçante comme si quelque chose qui m’avait échappé, venait de le frapper encore plus violemment que l’odeur d’un autre homme.

- Un vampire! Siffla-t-il au bord de l’explosion.

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