Chapitre V ( deuxième partie)

La fin du cours se termina dans le calme, et Belley ne sembla plus motivé à nous donner la parole. Gabrielle, qui avait tout entendu de mon échange avec Dylane se manifesta immédiatement lorsqu’elle comprit que j’étais à nouveau seule.
«  Ce n’est pas possible! Cette fille est comme nous? Je ne veux pas qu’elle vienne lire dans mes pensées! On était très bien toutes les deux, je ne veux pas qu’elle s’incruste entre nous! » Gaby semblait réellement hostile à ce nouveau lien mystérieux qui m’unissait désormais à une autre que elle. Je ressentis une forte jalousie émaner de ses émotions.
« Mais elle n’y est pour rien, nous n’avons aucun contrôle sur ce phénomène étrange, on ne peut pas la laisser toute seule. Et de toute façon on n’a pas vraiment le choix parce qu’elle sera dans ma tête et certainement dans la tienne. Mais ça ne changera rien à la complicité qu’il y a entre nous… ».
Rien de ce que je pouvais lui dire ne semblait la rassurer, et je sentais une profonde inquiétude s’intensifier en elle.
« On en reparlera tout à l’heure, mais là je vais surtout essayer de me concentrer pour qu’elle ne vienne pas s’immiscer dans mon esprit… », me lança-t-elle avant de couper la communication entre nos pensées. Me laissant seule avec Sue tout le reste de la matinée.

La sonnerie de midi retentit enfin, et je me dépêchai de la rejoindre devant son casier sans attendre Sue, qui risquait de reprendre la suite de son histoire sans fin. J’avais besoin de me retrouver seule avec Gabrielle pour discuter de cette nouvelle situation qui semblait lui déplaire, mais lorsqu’elle me vit arriver, elle détourna son regard et ne m’adressa pas un mot.
- Gaby? Tu veux m’éviter ou quoi?
- Non! Se contenta-t-elle de répondre sans se retourner.
- J’ai dis quelque chose qui t’a blessé? Tu m’en veux?
«  Je n’ai pas envie d’en parler. »
Je la saisis délicatement pas le bras pour l’obliger à me regarder, et je surpris des larmes s’écouler de ses beaux yeux verts, elle fuyait mon regard, mal à l’aise.
- Pourquoi pleures-tu? Gabrielle…

 

 

116

 

«  Parce que je viens à peine de trouver une véritable amie, et que pour la première fois de ma vie je me suis enfin sentie unique pour quelqu’un. J’ai toujours été seule et invisible pour tout le monde, la gentille et timide Gaby que les gens trouvent sympathique mais jamais digne d’intérêt…Depuis que je t’ai rencontré et que nous avons commencé à partager tout ce que nous étions, j’ai eu l’impression de ne plus être quelconque, d’avoir moi aussi quelque chose de différent. Et notre amitié est devenue la seule chose qui puisse me donner un minimum l’impression d’exister.  Nous étions un duo, une équipe et…maintenant il y a cette Dylane, pleine de personnalité, qui sait si bien s’exprimer… J’ai ressenti ton admiration pour elle tout à l’heure quand elle s’est mise à casser Belley, et je sais très bien que je ne suis pas aussi fascinante qu’elle et… »
- Non Gaby, ne dis pas ça c’est totalement faux. Comment pouvait-elle se dévaloriser ainsi et croire une seconde que Dylane pouvait être meilleure qu’elle à mes yeux.
« …Je sais bien que je n’ai pas beaucoup de caractère, que je suis une fille effacée qui ne fait rire personne et ne dis jamais ce qu’il faut au bon moment…Mais je ne veux pas que cette fille me prenne mon amie, qu’elle me vole ce lien particulier qui te donnait une raison de m’apprécier et… »
- Arrête! Je t’interdis de croire que je ne t’apprécie que pour ça! C’est faux! Tu es une fille exceptionnelle, forte et très intéressante. Je t’admire bien plus pour ton courage et ta capacité à rester une si belle personne malgré tout ce que tu endures. Tu es et tu resteras unique pour moi et je t’interdis de douter de ça. Lis dans mon esprit et dans mon cœur, tu sauras que je suis sincère.
Un timide sourire apparut sur ses lèvres, elle savait que je ne disais pas ces mots à la légère. Elle sembla rassurée et essuya son visage mouillé.
- Merci, je suis désolée, je suis vraiment ridicule de te faire une scène pareille. Je suis pire qu’un petit ami jaloux, plaisanta-t-elle honteuse.
« Ça me touche beaucoup que tu tiennes à ce point à moi et à notre amitié, ne sois pas désolée. J’espère que tu accepteras de laisser une chance à Dylane maintenant que tu sais que tu n’as vraiment rien à craindre d’elle? »
- Oui, je vais essayer, mais je ne promets rien.

 

 

117

 

Sue venait de nous rejoindre, l’air boudeur. Elle ne devait pas apprécier mon rapprochement si soudain avec Gabrielle.
- Merci de m’avoir attendu!
- Oh, je suis désolée, je devais demander quelque chose à Gaby avant de partir manger.
- Mouai c’est ça! Je me sens un peu exclue quand même, on dirait que vous êtes devenues les meilleures amies du monde, alors que c’est moi qui vous ai présenté il ne faudrait pas l’oublier.
«  C’est ta journée! Deux crises de jalousie en cinq minutes, tu es très courtisée dis-moi! », Se moqua Gaby.
J’allais répondre à Sue, lorsque je vis approcher le troupeau de pestes mené par Alicia qui revenait à la charge. Elle n’était décidément pas prête à me laisser tranquille.
- Je vois que ton chien de garde n’est plus là! Dis moi tu es vraiment bien entourée maintenant. Tu choisis tes amis chez les cas sociaux! Une délinquante, une fille invisible et une hystérique, quel joli petit groupe! Commença-t-elle sans détour, en s’attaquant à mes amies. Sue sembla profondément vexée en comprenant que c’était bien d’elle que voulait parler Alicia en faisant allusion à mon amie hystérique. Et je ressentis une profonde tristesse émaner de Gabrielle, touchée par ces mots blessants qui réveillaient en elle, ce sentiment récurent d’invisibilité.
Alicia jubilait devant l’effet de son venin, mais elle ne comptait pas en rester là.
- Oh, j’ai touché un point sensible à ce que je vois!
- Qu’est-ce que tu nous veux encore?
- Non c’est uniquement à toi que je veux donner une bonne leçon. Tu vas regretter de m’avoir provoqué et ce n’est qu’un début. Mais en ce qui concerne tes deux amies, elles peuvent encore choisir de changer de camp avant qu’il ne soit trop tard. Je suis une âme charitable, je suis prête à leur donner une petite chance de s’éloigner de toi pour éviter de subir les dommages collatéraux de la guerre qui s’annonce.
C’était donc ça, elle voulait m’isoler et retourner mes amies contre moi.

 

118

 

«  Ne t’inquiète pas Jess, je n’ai pas l’intention de laisser cette vipère m’éloigner de toi. Je n’ai pas peur de ses représailles ». Je ne doutai pas une seconde  de la fidélité de Gabrielle, mais je surpris le doute traverser le regard de Sue. Elle avait toujours donné beaucoup d’importance à sa réputation, et n’était pas du genre à prendre le risque de se faire mal voir au lycée.
- Merci pour ta proposition, mais je préfère encore rester seule que mal accompagnée par une peste écervelée et superficielle telle que toi. Si tu veux la guerre avec Jessica, c’est avec plaisir que je m’y invite, et ne t’attends pas à ce que mes crasses soient invisibles, tu ne pourras pas les manquer, renchérit soudain Gaby à ma grande surprise. Je ne l’aurais jamais imaginé capable de tant d’agressivité et d’audace.
Stacy et Alicia semblaient tout aussi stupéfaites que moi, et ne s’attendaient certainement pas à trouver en Gabrielle une adversaire à craindre. Stacy tourna alors son regard vers Sue, qui ne disait rien. Celle-ci baissa les yeux, signifiant alors son hésitation.
- Prends le temps de bien y réfléchir ma petite Sue, mais n’attends pas trop quand même. Ça serait dommage que toi aussi tu deviennes la pestiférée du bahut.
Elles s’éloignèrent enfin, fières d’avoir pu semer le doute et le conflit dans notre petit groupe. Je me tournai alors vers Sue, le regard interrogateur.
- Je ne voudrais surtout pas que notre amitié t’attire des problèmes, je comprendrais si tu décidais de m’éviter.
- Non…Jess, ce n’est pas aussi simple, je pense juste qu’on pourrait éviter de trop se monter ensemble, au lycée bien sur. C’est juste que je n’ai pas envie d’être la victime de Stacy et Alicia, elles ont trop d’influence et…
- C’est bon, tu n’as pas à te justifier, la coupai-je déçue. Bien que je m’y sois préparée, j’avais tout de même espéré que nos années d’amitié auraient eu plus de valeur à ses yeux. En d’autres circonstances, si ma vie n’avait pas été aussi étrange, et si Gabrielle n’avait pas été là; je savais que je n’aurais pas supporté cette trahison qui m‘aurait anéanti. Mais à présent ce genre de futilités n’avait plus d’importance.
- Bien, je vais devoir vous quitter je dois passer voir Théo au travail avant d’aller déjeuner. « On se retrouve tout à l’heure », ajoutais-je pour Gabrielle avant de m’éloigner.
Sue n’osait plus me regarder en face, l’air coupable et ne chercha pas à me retenir, quand à Gaby, elle m’adressa son habituel regard plein de douceur et de compassion. Elle était désolée pour moi et trouvait la situation vraiment injuste. Mais son amitié m’aidait à être plus forte, et je savais que avec elle, je ne serais jamais seule.

 

119

 

Je me pressai donc en direction du commissariat, espérant y trouver mon frère et peut être avec un peu de chance, Jeremy.
Cette fois-ci, je n’oubliai pas de frapper avant d’entrer, Théo sembla surpris de me voir. La tension entre nous était palpable, et son visage fermé me fis comprendre qu‘il n‘était pas prêt à me laisser une chance de nous réconcilier, c’était comme si nous n’avions jamais partagé toutes ces années de complicité fraternelle. Nous n’avions jamais été en conflit aussi longtemps et de manière aussi sérieuse.
- Qu’est-ce que tu viens faire ici? Me dit-il froidement en détournant son regard.
- En fait j’avais oublié que je devais passer par toi pour la gestion de mon compte puisque je suis encore mineure, et que tu es mon tuteur légal. Et je vais avoir besoin d’une autorisation de ta part pour pouvoir sortir l’argent de mon chèque en liquide.
- Ah, je passerai à la banque m’occuper de ça dès que j’aurais un peu de temps.
- Je vais te donner le chèque pour tu le déposes en même temps, je ne pourrais pas y aller à cause des cours.
Je lui déposai le chèque sur son bureau, et cherchai un prétexte pour ne pas m’en aller immédiatement. Je tenais réellement à faire la paix et retrouver le frère que j’avais toujours connu.
- Tu as l’air d’avoir beaucoup de travail à ce que je vois. Tu as eu le temps d’aller manger quelque chose?
- Non, je suis trop débordé, je ne pourrais pas prendre de pause aujourd’hui, me répondit-il toujours aussi distant.
- Je peux aller te chercher quelque chose à manger si tu veux, il ne faut pas que tu te laisses mourir de faim, proposai-je en espérant l’adoucir un peu.
- Non merci, ça ira. Son ton sec me fit comprendre que la discussion était close et que ma présence n’était plus la bienvenue dans son bureau.

 

 

120

 

J’allais donc repartir, quand je sentis soudain monter en moi le besoin irrépressible de m’expliquer avec lui et d‘arranger les choses maintenant. Nous n’allions pas continuer ainsi à nous éviter éternellement. Je n’en pouvais plus, j’avais besoin de mon frère, surtout en cette période difficile pour moi où je perdais tous mes repères.
- Je suis sincèrement désolée pour l’autre soir, je sais que mon geste t’a profondément déçu et que je n’ai aucune excuse. Mais j’allais vraiment très mal et quand tu as parlé de maman, je ne sais pas ce qui m’a prise mais…
- Ce n’est pas le bon moment pour discuter de ça, j’ai une affaire urgente sur les bras et je n’ai pas le temps de t’écouter te justifier pendant une heure, me coupa-t-il sèchement. Son regard était dur, hermétique à toute sensibilité. Son rejet me fit l’effet d’une gifle, et je sentis les larmes me monter. Sans rien ajouter, je sortis avant de craquer devant lui. Je refusais qu’il me voit pleurer et qu’il comprenne à quel point il avait réussi à me blesser.
J’arrivai au bout du couloir, lorsque je faillis percuter Jeremy, qui se trouva comme par hasard sur mon passage. Il se figea face à moi, surpris de me voir, visiblement troublé par ma présence.
- Tu pourrais au moins me dire bonjours. Lançai-je, agressive.
- Je ne m’attendais pas à te voir ici.
- C’est tout ce que tu as à me dire? Je suis navrée d’exister encore, mais mon frère travaille ici. Donc tu devras supporter de me croiser de temps en temps.  Mais je suis ravie de constater que tu à l’air de t’être très bien remis de notre rupture.
Je voulais lui faire mal, le faire réagir mais mon cœur brûlait de désir de le serrer dans mes bras et de lui crier combien je l’aimais.
- Je ne vais pas bien, tu te trompes.
Ses yeux gris, humides, trahissaient ses émotions torturées et la souffrance d‘être si près de moi. Je savais que lui aussi m’aimait toujours et qu’il devait certainement se faire violence pour ne pas m’embrasser.
- Tu as raison d’être en colère, je comprends que tu me détestes après ce que je t’ai fait…J’espère que tu me pardonneras un jour et que tu comprendras que c’est pour ton bien, parce que je t’aime que je ne peux pas rester près de toi.
Une larme s’échappa le long de sa joue, sa voix se brisait à chacun des mots qu’il prononçait, déchiré par l’idée que je pouvais le haïre. «  Mais non je ne déteste pas! Je t’aime, j’ai mal », hurlai-je intérieurement. Mon cœur cognait de toutes ses forces et mon ventre se serrait de douleur. Je me retenais pour ne pas m’effondrer en larme devant son regard implorant mais résigné.
- Si ça peut t’aider à mieux te supporter devant le miroir, tu n’as qu’à continuer à te persuader que c’est pour mon bien que tu m’as brisé le cœur après avoir bien profité de ma naïveté de petite mortelle idiote. Et toi qui me disais que tu ne voulais plus passer un seul jour sans moi…Tu as vraiment de grands talents d’acteurs. J’ai vraiment cru que tu m’aimais, tu as joué avec mes sentiments c’est dégueulasse…
- Non pitié, ne dis pas ça je t’aime…Sanglota-t-il désespéré le visage ruisselant de larmes.
- Tu m’aimes? Alors que tu me détruis! Tu crois qu’il suffit de m’oublier pour que ma vie reprenne son cour? Tu crois que me faire abandonnée par le premier homme que j’ai aimé, à qui j’ai offert ma virginité me fait du bien? J’ai eu envie de mourir quand tu as lâchement obéi à ton Conrad, comme si je n’avais aucune valeur et que tu pouvais me jeter comme un vulgaire objet!
- Non je t’en supplie ne dis pas ça! Implora-t-il en cachant sa tête entre ses mains, désespéré. Je ne pouvais plus contenir mes larmes et je refusais de garder en moi tout ce que j’avais sur le cœur. C’est lui qui avait fais ce choix de me quitter, et même si il m’était insupportable de le voir s’effondrer ainsi, il devait assumer les conséquences de ses actes.
- Si tu m’aimais tu ne laisserais personne nous séparer…
Il s’approcha lentement de moi, prêt à céder et m’enlacer enfin dans ses bras, lorsque une main derrière moi me saisit brusquement par le bras pour m’écarter de lui.

 

121

 

Stefan s’interposa entre nous, l’air grave. Il me jeta un regard plein de reproches avant d’ordonner à Jeremy de retourner à son bureau. Celui-ci, hésitant, finit par lui obéir et disparut en sanglotant.
- Suis moi! M’intima fermement Stefan en me tirant brutalement vers son propre bureau.
Je repoussai violemment sa main de moi lorsqu’il referma la porte.
- Ne me touche plus jamais ou tu le regretteras je te le jure! Crachai-je pleine de haine à son visage.
- Sinon quoi? Répondit-il menaçant, les dents serrées en me saisissant à nouveau par le bras. Ma réaction ne se fit pas attendre, et je sentis mon poing s’écraser contre sa mâchoire.
Surpris par mon geste inattendu, il me dévisagea stupéfait. Mon coup n’avait apparemment pas réussit à le blesser, il semblait l’avoir à peine senti, sans même faire reculer son visage.
- Je t’ai dis de ne plus me toucher, tu ne me fais pas peur!
Il bondit brusquement sur moi, m’immobilisant totalement par sa force surhumaine, plaquée contre la porte. Ses deux mains maintenaient fermement mes poignets, et son visage s’approcha dangereusement  mien, le regard sombre. Ses yeux bleus intenses, s’enfonçant dans les miens, n’exprimaient plus aucune colère, seulement de la peine.
- Jessica, je suis désolée. Je sais que tu souffres et que tu crois que nous n’en avons rien à faire mais c’est faux. Tu ne comprends pas les risques dont nous voulons te protéger, et j’aurais du réagir tout de suite quand je vous ai surpris dans la réserve. Je regrette de ne pas avoir vu ce qui se passait entre vous. Mais tu ne dois plus t’approcher de lui.
Je sentais qu’il essayait de m’hypnotiser de sa voix persuasive en usant de son charme redoutable, qui à mon grand étonnement, ne me laissa pas insensible. Il était encore plus beau que je ne le pensais.
- Ça ne marche pas sur moi! Conrad ne t’a pas prévenu. Tu ne crois tout de même pas que je vais t’obéir docilement.

 

 

122

 

Apparemment, Conrad avait du garder mon secret d’après l’expression de stupeur que je lus dans son regard avant que celui-ci ne se durcisse à nouveau. Il resserra douloureusement mes poignets, visiblement irrité par mon insensibilité à son pouvoir.
- Alors comme ça tu es immunisée? Je vais donc te le dire autrement, je t’interdis d’essayer d’approcher Jeremy! Il est encore jeune et assez naïf pour ne pas mesurer les risques qu’il prend avec toi. Et je ne laisserai pas une petite humaine irresponsable causer sa perte et détruire notre clan.
Son ton était agressif et ses canines menaçantes, découvertes si près de mon visage que je pouvais sentir son halène envoûtante et glacée. Je commençais réellement à avoir peur de lui, je ne savais pas de quoi il était capable et jusqu‘où son côte sombre pouvait le pousser. Mais je pris sur moi pour contenir mes tremblements, je ne voulais surtout pas qu’il sente ma terreur.
- Je n’ai jamais eu l’intention de le détourner de vous, je l’aime et ce n’est pas parce que tu considères les mortels comme des êtres inférieurs que tu peux nous empêcher de nous aimer. C’est toi qui lui fais du mal. Je ne suis pas un danger pour lui, murmurais-je, haletante.
- Depuis que nous l’avons recueilli, il se bat contre lui-même pour résister à l’envie de se nourrir sur des proies innocentes et faciles, et toi tu l’incites à boire ton sang! Tu n’imagines pas la culpabilité qui se cache en lui et ce sentiment de honte de pouvoir ressembler aux monstres qui l’ont tué. Un jour tu finiras par mourir comme tous les humains, et lui n’aura pas changer. Te perdre le détruira, si il ne craque pas avant en te transformant en vampire, en se condamnant éternellement à la culpabilité de t’avoir pris ton âme et ton humanité. Alors je préfère qu’il souffre maintenant tant qu’il n’est pas trop tard, plutôt que de se damner pour toi pour l’éternité à laquelle il est déjà condamné.
- Ce n’est pas juste…

 

123

 

Ses mots me brisaient par leur fatalité, il réussissait à réveiller le doute en moi, et je sentais que son inquiétude pour Jeremy était sincère, il voulait le protéger. Je ne pus retenir mes larmes, et m’effondrai-je sur son épaule. Il relâcha doucement son emprise de mes poignets, et me serra délicatement contre lui pour apaiser mes sanglots.
- Je sais, ce n’est pas juste, je suis désolé.
- Mais pourquoi serait-ce si mal de me transformer?
Les mots sortirent de ma bouche malgré moi, et je sentis son corps se raidir. Il saisit brusquement mon menton, et planta son regard grave dans le mien.
- Non! Oublie tout de suite cette idée, il est hors de question qu’il te transforme, tu n’imagines pas l’horreur d’être comme nous lorsque l’on décide de refuser le mal.
- Mais si c’était mon choix, qu’on ne me l’imposait pas…
- Non, ça le traumatiserait de te prendre ta vie après ce qu’il a vécu.
- Et si ce n’était pas lui qui me transformait?
Il s’écarta de moi horrifié, en comprenant le sens de mes paroles.
- Jamais! Tu ne sais plus ce que tu dis, tu es perdue et la souffrance te fait perdre la tête.
Il avait peut être raison, jamais l’idée de devenir un vampire ne m’avait effleuré. Mais j’étais désespérée, et je refusais d’accepter l’idée de ne plus jamais être avec lui.
- Alors laisse nous être ensemble, et je te jure que je disparaîtrais de sa vie lorsque la mienne s’approchera de la fin.
- Non, tu ne seras pas en sécurité près de nous! Tu n’as aucune idée du monde dans lequel nous vivons. Il ne s’agit pas de gentils vampires qui travaillent paisiblement avec ton frère et viennent dîner amicalement chez toi. Mais de monstres assoiffés de sang et de tortures, pleins de haine que nous combattons chaque jours pendant que tu vis tranquillement ta petite routine sans te douter du danger auquel tu est en train de survivre. Ceux que nous traquons nous traquent aussi, et seraient ravis d’apprendre que l’un d’entre nous à une petite humaine vulnérable comme point faible. Tu serais constamment menacée, et  nous ne pourrions pas te protéger indéfiniment.

 

124

 

 

Je ne réussissais plus à lui en vouloir, et mon hostilité s’étouffa en moi, laissant place à un profond respect pour cet homme qui consacrait son existence à protéger des humains tels que moi, sans rien attendre en retour, renonçant à la facilité d’une éternité de plaisirs destructeurs pour défendre des innocents. Comme si il se sentait obligé de payer pour tous les autres monstres de son espèce.
- J’ai besoin de temps pour réfléchir à tous ça. Je comprends tes raisons et tes inquiétudes, mais je ne peux pas renoncer à lui aussi simplement, c’est tellement fort entre nous…
- Écoute, je n’ai rien contre toi, et si je t’ai dis tout ça c’est parce que j’estime que tu méritais une explication. Mais ne crois pas que ça me dissuadera de t’empêcher de l’approcher. Je ne veux pas qu’il soit déchiré par le doute à chaque fois qu’il croisera ton regard. Je te demande une dernière fois de ne plus remettre les pieds ici. N’insiste plus, c’est terminé entre vous.
- Ce n’est pas à toi d’en décider.
- N’abuse pas de ma patience! Répondit-il sèchement.
- Je dois retourner en cours, coupai-je pour éviter de lui laisser le temps de me faire promettre. Il s’écarta de la porte pour me laisser sortir, sans me lâcher du regard. Je me pressai hors du commissariat, bouleversée. Je n’avais plus envie de croiser accidentellement qui que ce soit.
Cette rencontre inattendue avec Stefan m’avait encore plus perturbé que je ne l’étais déjà, j’avais l’impression d’avoir halluciné cette conversation irréaliste. Je ne supportais plus la manière étrange dont ma vie était en train de changer si soudainement, je ne la reconnaissais plus, je ne savais même plus qui j’étais. Plus rien n’avait de sens depuis ces derniers jours qui m’avaient semblé une éternité. 

 

 

 

 

125
 
  



 



 
 
     





 

Créer un site gratuit avec e-monsite - Signaler un contenu illicite sur ce site