Chapitre V (troisième partie)

Gabrielle comprit immédiatement en me voyant revenir que quelque chose de grave venait de se produire. Elle n’eut qu’à écouter le flot de pensées torturées qui s’affrontaient dans mon esprit pour savoir ce qui c’était passé. Elle devina mon désir de ne pas en  parler, et respecta mon silence tout le reste de la journée, me soutenant par sa présence bienveillante et son empathie évidente, tacite.
J’errais tel un fantôme, incapable d’ouvrir mon attention à ce qui se passait autour de moi. Enfermée au fond de moi-même, les paroles de Stefan résonnant inlassablement dans ma tête. Un combat terrible entre ma raison et mes émotions se déchaînait dans mon esprit, je ne savais plus où j’en étais. Je savais que Stefan avait raison, que cet amour impossible était dangereux, autant pour Jeremy que pour moi. Mais mon cœur m’interdisait de renoncer à la plus belle chose qui me soit arriver, j’avais besoin d’être près de lui, je ne pouvais pas cesser de l’aimer c’était plus fort que moi. Le lien unique qui nous unissait valait la peine d’affronter tous les risques et de me battre de tout mon être pour que rien ni personne ne nous sépare. J’étais prête à endurer toutes les souffrances du monde pour être avec lui, mais pouvais-je lui imposer de les subir aussi? N’était-il pas égoïste de ma part d’attendre de lui qu’il prenne tous ces risques par amour? Pourrais-je vraiment lui offrir plus de bonheur que de peine? Avais-je le droit de bouleverser sa vie pour le caprice de mes sentiments? Ce conflit entre ma tête et mon cœur était bien plus violent que ceux qui m’opposaient à Stefan et Conrad, c’était moi-même que je devais affronter et convaincre, et je sentais que mes émotions risquaient de gagner ce duel.

 

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L’après midi s’était écoulée d’une exaspérante lenteur, et je fus soulagée de me retrouver enfin seule chez moi lorsque les cours furent enfin finis. Chaque parcelle de mon être bouillonnait d’impatience de revoir Jeremy, telle une droguée en manque de sa dose quotidienne. Je ne pouvais pas continuer ainsi à attendre qu’il change d’avis et revienne vers moi de lui-même, Conrad et Stefan avaient trop d’influence sur lui et je craignais que l’éloignement prolongé ne puisse rendre son choix définitif. Il fallait que qu’il me voit pour douter et remettre en question cette séparation. Ma décision était prise, je n’abandonnerais pas! Même si pour cela il me faudrait affronter son clan ou tout autre danger, l’évidence que la vie n’aurait aucun sens sans amour s’était imposée en moi, et je refusais que la peur prenne le contrôle de mon existence. Il fallait que j’élabore un plan pour le reconquérir, et Gabrielle m’aiderait à le préparer.
 

 Il faisait déjà nuit lorsque j’entendis la porte du salon claquer, Théo était enfin revenu du travail, et je descendis l’accueillir, déterminée à régler enfin les choses entre nous, cette crise avait assez duré!
Il avait l’air de mauvaise humeur et son regard fuyant exprimait une profonde rancœur en me voyant le rejoindre. Je pris une grande inspiration, et comptai-je jusqu’à trois avant de me décider à l’aborder.
- Tu as passé une bonne journée?
- Non, et je suis très fatigué, me lança-t-il pour me faire comprendre qu’il n’avait pas envie de discuter. Ce qui ne réussit pas à me démotiver.
- Moi aussi j’ai passé une sale journée, et je t’avoue que ce froid entre nous y est pour beaucoup. On ne va continuer à s’éviter éternellement, alors si tu veux m’insulter, me gifler ou me punir ne te gènes pas, mais parle moi je t’en prie!
Il continuait de fixer son assiette feignant de ne pas me voir, mais je constatais à l’expression de son visage qu’il n’était pas indifférent à mes paroles.
- Tu es mon frère, la seule famille qui me reste, alors je refuse de détruire tout ce qu’on a vécu juste pour un faux pas que je regrette sincèrement.
Son regard s’agita, trahissant ses émotions. Lui aussi semblait mal supporter cette situation.

 

 

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- Un faux pas? Tu as levé la main sur moi, tu m’as menti, et j’ai l’impression de ne plus reconnaître ma sœur ces derniers jours, me dit-il enfin, les yeux rougis par des larmes qu’il se retenait de pleurer.
- Je suis désolée, sincèrement. Je sais que je n’ai aucune excuse et j’ai honte de mon comportement. Ça ne se reproduira plus je te le promets.
Je m’assis face à lui, le suppliant du regard. Je sentais qu’il hésitait lui aussi, entre ses émotions et sa fierté blessée. Mais il tourna enfin ses yeux vers moi, capitulant. Ses traits se détendirent, et je compris que la réconciliation était enfin possible.
- Je ne veux plus que tu me mentes, reprit-il enfin.
- Je n’ai pas envie de te mentir… Mais je ne peux pas tout te dire. Je n’ai plus 14 ans, et comme toutes les filles de mon âge j’ai besoin d’avoir une certaine intimité. Tu sais que j’ai toujours été raisonnable, alors si tu me faisais un peu confiance…?
- Je veux bien mais je veux savoir où tu es et avec qui!
- Comment veux tu que je me confie à toi si tu joues au flic à la maison?
L’expression de son visage s’adoucit enfin, et je crus percevoir un léger sourire se dessiner aux coins de ses lèvres.
- Tu es ma petite sœur et je fais de mon mieux pour être un bon parent avec toi, je ne veux pas qu’il t’arrive quelque chose, je ne le supporterais pas.  C’est difficile de ne plus te voir comme une petite fille, je vais avoir besoin de temps pour m’y faire.
Je glissai timidement ma main sur la table vers lui, il la saisit gêné, et me rendit enfin mon sourire.
- Alors on fait la paix? Tu me manques tu sais…
- Toi aussi tu me manques.
Il serra tendrement ma main, et je compris que c’était sa manière à lui de me pardonner et d’accepter la réconciliation. Un immense soulagement vint alléger le poids qui pesait sur mon cœur, je retrouvais enfin un repère rassurant dans ma vie instable et compliquée. Je ne pus m’empêcher de me lever pour le serrer dans mes bras, sans pouvoir retenir mes larmes d’émotions. Toujours aussi pudique lorsqu’il s’agissait de montrer ses sentiments, il enfouit sa tête dans mon épaule en me serrant timidement dans ses bras pour cacher ses yeux humides. Puis se redressa mal à l’aise, tentant maladroitement de dissimuler ses émotions.
- Tu n’imagines pas à quel point ça me faisait mal qu’on ne se parle plus, je suis heureuse qu’on ai fait la paix.
- Moi aussi…Bon maintenant que je ne t’en veux plus, tu peux me préparer une bonne tarte aux noix de pécan pour fêter ça, plaisanta-t-il pour intérompre cet élan de sensiblerie qui le gênait tant. J’étais heureuse de l’entendre à nouveau reprendre son ton taquin habituel, celui que j’avais toujours connu.
- A vos ordres!
- Comment? Je n’ai pas bien entendu?
- A vos ordres maître vénéré de l’univers.
- Oui je préfère, mais tu peux faire mieux.
- N’abuse pas!
C’était tellement bon de se chamailler à nouveau, j’avais l’impression de ne pas avoir ri depuis des siècles et l’espace d’un instant, je me sentis redevenir celle que j’avais toujours été, insouciante et naïve, dans une vie normale.
Le reste de la soirée se déroula dans la complicité et la bonne humeur, m’éloignant quelques heures de mes interminables cogitations obsessionnelles sur Jeremy. Je réussis à m’endormir un peu plus sereinement grâce à mes retrouvailles rassurantes avec Théo. Bien que je ne puisse chasser son image de mon esprit et mon désir brûlant de le retrouver. Je ne renoncerais pas à le reconquérir, quoi que cela puisse m’en coûter, j’étais déterminée.

 

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Partagée entre le plaisir de retrouver Gabrielle, et peut-être même Dylane, et l’angoisse découvrir le programme que m’avait préparé Alicia, je me pressai de rejoindre le lycée. Nous avions prévu de nous retrouver une petite demi heure avant le début des cours, de manière à pouvoir discuter librement de notre petit secret, sans risquer d’être espionnées par des oreilles indiscrètes. Je me demandais si Dylane avait enduré le même état que nous après le premier choc, et surtout, quelle allait être sa réaction envers moi, maintenant que l’effet de surprise s’était dissipé.
Mon étonnement dut résonner suffisamment fort dans mon esprit lorsque j’arrivai enfin; Gabrielle était là, assise sur le petit muret devant l’entrée, souriante face à Dylane. Elles durent entendre mon exclamation de surprise intérieure, et tournèrent simultanément leurs regards sur moi avant même que je les eus rejoint.
- Salut Jess, t’es en retard! S’exclama Dylane avec assurance. Comment savait-elle que nous avions rendez-vous aussi tôt?
- Je vous ai entendu dans ma tête lorsque vous avez dit qu’il serait mieux de se retrouver en avance, répondit-elle spontanément à mes pensées.
- Oh, tu nous entends déjà à distance? Moi je ne t’ai pas entendu…
- Dylan a passé l’après midi à dormir, dans ton esprit…elle a tout entendu. Je viens donc de lui expliquer un peu toute cette histoire pour qu’elle ne soit pas trop perdue.
L’attitude amicale de Gaby envers Dylane me stupéfia, et moi qui craignais qu’elle ne l’accepte pas! Sa timidité habituelle semblait même avoir disparu devant notre nouvelle amie.
- Oui, j’ai entendu votre conversation hier et les inquiétudes de Gaby. J’étais un peu gênée, je ne voulais pas causer de problèmes entre vous, alors je l’ai appelé, si on peut dire, pour qu’on puisse avoir une petite explication en tête à tête…
- Et je ne m’inquiète plus du tout, Dylane est vraiment super…
Elles répondaient à chacune à mes pensées avant même que j’envisage de trouver les mots appropriés pour poser mes questions.

 

 

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«  Eh oui! Désolé mais maintenant que j’ai ce nouveau pouvoir je ne vais pas me gêner. Mais je vous plaints pour toutes les choses peu catholique que vous risquez de trouver dans ma tête! » S’empressa de commenter Dylane, souriant avec malice.
- C’est vrai qu’il va falloir que je fasse attention à ne pas penser à quoi que ce soit de trop gênant devant vous, j’ai presque peur de réfléchir maintenant, plaisantai-je en me concentrant pour ne rien imaginer de trop personnel. Cette situation bien que très excitante et agréable par certains aspects, commencait à me mettre mal à l’aise, je ne pouvais plus avoir aucun secret.
- Moi aussi j’ai peur de penser à certaines choses devant vous, mais je suis sure que notre amitié nous permettra de rester indulgente et compréhensive aux pensées les plus étranges des deux autres. On ne se jugera pas et on s’acceptera telles que nous sommes, de toute façon on n’a pas le choix, ajouta Gaby, pleine d’une assurance que je ne lui connaissais pas.
Au même instant où elle évoquait ces pensées gênantes, je surpris le visage de Stefan s’inscrire dans son esprit, qu’elle chassa immédiatement, gênée.
- Et bien je vois qu’il t’a laissé une forte impression dans mes souvenirs!
- Euh…non c’est juste que comme toi aussi tu craquais un peu sur lui avant, tu m’as transmise tes émotions avec les souvenirs, elles sont indissociables, tenta-t-elle de se justifier un peu honteuse.
- Ah oui! C’est le mec trop canon que j’ai vu dans mon rêve hier, le vampire? Moi aussi je suis fan et je n’ai pas besoin de tes émotions pour craquer littéralement! J’en veux un comme ça pour Noël! Renchérit Dylane toute excitée.
- Tu as donc vu tout ce qui c’est passé dans son bureau alors?
- Oui et sérieusement j’ai adoré ta manière de réagir, tu as eu raison de lui en coller une, mais à ta place je l’aurais embrassé après le coup de poing. Alors c’est quoi cette histoire, il t’interdit de revoir ton copain c’est ça? Qui soit dit en passant est tout aussi craquant, à ta place je prendrais les deux…
Elle plaisantait avec tant de naturel de cette situation qui jusqu’à présent, m’avait semblé épouventable. Sa dérision me fit appréhender toute cette histoire d’un œil nouveau, tout cela n’était peut être pas si dramatique et insoluble que je ne l’avais imaginé.
- Oui c’est un peu ça…Il pense que je suis un danger pour Jeremy, et que eux même en sont un pour moi, enfin tu sais déjà tout ce qu’il m’a dit donc je n’ai pas besoin de t’expliquer.
- C’est n’importe quoi, tu ne dois pas les laisser décider de ce qui est bon pour toi, ni pour lui. Il n’y a pas de règle pour ces choses là, tu ne dois pas te laisser faire. Et puis maintenant tu as deux supers alliées avec un super pouvoir pour t’aider à le récupérer! Nous aussi on forme un clan à présent!
Je sentais que ce nouveau lien si particulier entre nous ne l’effrayait pas le moins du monde, bien au contraire elle semblait déborder d’enthousiasme et d’excitation face à ce nouveau pouvoir.
- C’est vrai Jess, je suis totalement d’accord avec Dylane, tu ne dois pas laisser qui que ce soit vous séparer. J’étais là, dans ta tête pendant vos instants de complicité et de tendresse, et ce qu’il y a entre vous est tellement fort, moi aussi je l’ai ressenti… Non, tu ne peux pas renoncer à quelque chose d’aussi beau, et nous aussi on va s’en mêler si ce maudit clan veut se mettre entre vous.

 

 

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Je sentis l’espoir renaître en moi, me sentir aussi soutenue et encouragée par ces deux nouvelles amies me redonnait toute la force que je croyais avoir perdu. Elles avaient raison, je ne devais pas renoncer à cet amour.
- Mais qu’est-ce que je peux faire à votre avis? L’enlever? Il y a toujours ces geôliers près de lui qui le surveillent. Et Stefan a été plutôt clair là-dessus, il m’empêchera de lui parler.
- Tu ne peux pas faire ton tour là…tu sais celui que tu as fait à la vieille Penny…
- C’est quoi cette histoire? J’ai du rater un épisode, s’étonna Gabrielle.
- Jess l’a hypnotisé, elle obéissait comme un vrai zombi!
«  Est-ce que nous aussi on peut faire ça? » S’interrogea-t’elle avec envie.
- Je n’en sais rien, je ne sais même pas comme je réussis à le faire, en fait je cherche une sorte petite faille dans le regard et je m’y engouffre en essayant d’être la plus persuasive possible. Mais je ne sais pas si ça fonctionnera sur Stefan ni même Conrad, ils sont plus vieux et plus expérimentés que Jeremy.
«  Si j’étais capable de faire pareil avec mon père… », ne put s’empêcher d’espérer Gaby. Comment pouvais-je oser me lamenter ainsi pour mes petites histoires de cœur alors que c’était elle qui souffrait le plus.
Dylane m’adressa un regard perplexe, elle ne savait pas encore ce qu’endurait Gabrielle, et son sourire s’effaca lorsqu’elle lut dans mes pensées l’horrible souvenir que celle-ci m’avait fait partager.
- Oh, Gabrielle…je ne savais pas, c’est monstrueux! Tu vas voir, je vais aller lui rendre une petite visite dont il se souviendra ce salaud! S’insurgea Dylane révoltée, son impulsivité agressive était terrifiante, je sentais la rage monter en elle, puissante et instinctive.
- Non surtout pas! Réagit fermement Gaby.
«  Si tu faisais ça il nous le ferait payer très cher après. Et puis nous allons bientôt nous enfuir, ce n’est plus qu’une question de temps. Alors oublie cette idée, et promets moi de ne rien faire je t’en supplie » pensa-t-elle terrifiée à l’idée des conséquences terribles que pourrait avoir la visite de Dylane.

 

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D’autres élèves commençaient à arriver de plus en plus nombreux devant l’entrée du lycée, et nous comprîmes qu’il était temps de mettre fin à cette petite réunion de clan, j’aimais bien cette idée que nous aussi formions un clan. Ce lien étrange qui nous liait les unes aux autres avait quelque chose de rassurant, et de fiable qui me donnait l’impression d’être plus forte.
Nous rejoignîmes le bâtiment principal en direction de nos casiers, partageant l’appréhension de retrouver mon redoutable petit comité d’acueil. En arrivant devant le mien, je découvris une inscription à la peinture rouge encore fraîche taguée sur la porte.

 « Jessica la bouffone achète ses petits copains sur pauvre-fille-désespérée. Com. Faites un don pour l’aider à financer »

Des petits gloussements derrière nous, annoncèrent la présence D’alicia et de Stacy, entourées de leurs disciples en train de s’exclafer fièrement de leur plaisenterie répugnante. Dylane, hors d’elle, bondit dans leur direction. Je dus la retenir de toutes mes forces, aidée de Gabrielle pour l’empêcher de les attaquer.
- Bande de salopes mal baisées, vous perdez rien pour attendre! On se retrouvera à la sortie! Prenez vite des photos de vos dents elles vont bientôt vous lâcher…
«  Calme toi je t’en prie, ça n’en vaut pas la peine », tentai-je de la calmer. Mais elle était déchainée, et je dus attendre que le troupeau s’éloigne avant de relacher son bras.
- Je déteste ce genre de petites…
- Laisse tomber, on va nettoyer ça avant que ça sèche!
La haine transpirait par tous les pores de sa peau, et je redoutais qu’elle finissent par s’attirer de gros problèmes si par malheur elle venait à en démolir une.
Gabrielle, encore choquée, tentait silencieusement d’éffacer les traces de ces insultes. Cette inscription semblait l’avoir bien plus blessé que moi, et sa sensibilité empathique la rendait encore plus fragile à ce genre de méchanceté gratuite.
Je vis soudain apparaître Sue au bout du couloir, elle aussi semblait attristée de ce qu’elle voyait, mais elle détourna son regard et s’éloigna comme si elle ne m’avait pas vu. Cette lâcheté de sa part me touchait bien plus que ces quelques mots agressifs sur mon casier. Nous avions toujours été amies, et jamais je n’aurais osé imaginer qu’elle puisse un jour m’abandonner aussi facilement. Mais j’avais gagné deux merveilleuses et loyales amies, que l’étrange destin avait fait surgir miraculeusement dans ma vie, et je ne regrettais pas l’échange.

 

 

 

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Les cours de la matinée s’écoulèrent avec lenteur jusqu’à midi. Après être passée rapidement au commissariat déposer le déjeuner de Théo, déçue de ne pas y croiser Jeremy, je revins au lycée pour assister au pire des cours, celui que je détestais et redoutais le plus, bien avant les mathématiques: le sport!
Mon seul réconfort, fut celui d’être à nouveau réunies avec Gabrielle, dont la classe participait aux même activités que nous. Mais me rappelais-je avec angoisse qu’Alicia aussi allait être présente.
Les petites hostilités commençèrent dès le vestiaire, par quelques vannes dîtes intentionnellement trop fort pour que les entende. Cette situation me stressait beaucoup, mais la présence de mes amies me rendait moins vulnérable. Je sentais que Dylane était au bord de l’explosion, prête à mordre. J’étais stupéfaite de constater cette solidarité naturelle s’instaurer si rapidement entre nous, je la connaissais à peine et pourtant, je savais que je pouvais compter sur elle.
Ce premier cours commença par une partie de volley, et à mon grand désespoir, je fus placée dans l’équipe de Stacy et Alicia, qui jubilaient déjà de pouvoir m’infliger leurs crasses tout au long de l’heure qui s’annonçait interminable. Je ne supportais pas leurs regards posés sur moi, dans mon dos, à épier chacun de mes gestes prêtes à se moquer.
L’ambiance était électrique, je savais qu’elles n’attendaient qu’une occasion pour attaquer. Et celle-ci ne se fit pas attendre, à peine deux minutes que la partie avait commencé, qu’Alicia me jeta la balle en pleine face, alors que j’étais dans le même camp qu’elle. Elle me percuta de plein fouet le visage, m’arrachant un petit cri de douleur qui suscita l’illarité générale.
- Oh pardon, je suis tellement maladroite! Je vais essayer de faire plus attention, il ne faudrait pas que tu t’enlaidisses d’avantage.
Tous les muscles de mon corps se crispaient d’un désir violent de lui arracher les cheveux et de lui crever les yeux, mais je me retins, encerclée par le camp ennemi.
Dylane sur l’autre terrain, brûlait de rage, Gabrielle dut la retenir malgré elle pour qu’elle ne débarque pas sur notre partie. Elle aussi était révoltée, je l’entendais dans ses pensées, pleines d’insultes à leur égare que je n’aurais jamais imaginé sortir de sa bouche.
Je ne dus pas attendre longtemps avant de recevoir le second coup, Alicia poussa violement une pauvre fille sur moi, et me fit m’étaler au milieu du terrain. Je n’en pouvais plus, le prof ne disait rien feignant de ne rien avoir vu, et les spectateurs étaient partagés entre fou rire et gêne écoeurée, mais silencieuse.

 

 

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J’allai me relever enfin, prête à rendre à cette peste la monnaie de sa pièce à coups de poings, lorsque je la vis se faire projeter à deux mettres de moi par une silhouette enragée qui l’avait chargé. Son hurlement de douleur me fit immédiatement comprendre que le coup avait été très sauvage, elle ne bougeait plus. Debout devant son corps inherte, Dylane la fusillait du regard, haineuse, une expression étrange de surprise sur le visage. Tout le monde était choqué autour de nous, et se précipitait sur Alicia pour lui porter secours.  Dylane tourna enfin son regard vers moi, l’air terrifié. « Quoi qu’est-ce qu’il se passe tu l’as tué ou quoi? » M’inquiétai-je soudain.
« C’est pire encore…. » me répondit-elle sous le choc. Je commençais à paniquer moi aussi, et me relevai-je rapidement. Que voulait-elle dire par « pire ». Je n’imaginais pas Dylane capable d’être effrayée par quoi que ce soit. Mais c’est Alicia qui répondit elle-même à ma question.
«  Cette brute m’a électrocuté avec je ne sais pas quoi…oh mon Dieu je me sens mal…très mal ».
- Non! Hurlais-je horrifiée. Comment cela était-il possible? Comment-pouvais-je entendre ses pensées à elle.
Le professeur aida Alicia à se relever, celle-ci dévisagea Dylane, haineuse.
«  Alors toi tu vas me le payer très cher! » Menaça-t-elle dans son esprit.
«  Je crois que je le paye déjà... », ne put s’empêcher de répondre Dylane.
«  Non ne lui réponds pas… » Pensai-je certainement trop fort, oubliant qu’elle pourrait lire les miennes.
Ses yeux s’écarquillèrent alors de surprise, son regard passa de Dylan à moi, incapable de comprendre ce qui lui arrivait.
«  Je me suis cogner la tête beaucoup trop fort…Cette folle m’a causé un traumatisme crânien…je vais mourir…il faut que j’aille à l’hopital…oh mon Dieu j’ai des hallucinations…, » se dit-elle pour se rassurer.
- Si seulement c’était vrai et que tu étais vraiment sur le point de mourir, on se réjouirait, répondit soudain une voix glacée derrière moi.
Gaby était figée d’horreur le regard plein de dégoût pour Alicia.
Celle-ci nous fixa chacune notre tour, avant de s’évanouir dans les bras du professeur qui la soutenait.

 

 

 

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