Chapitre VI - Souffrance (première partie)

Gabrielle, le loup, la forêt, tout avait brutalement disparu. Je m’étais sentie aspirée dans un trou noir, avant de revenir enfin dans mon lit.
Le réveil fut brutal.

J’ouvris immédiatement les yeux, mon corps parcouru de spasmes me lançait douloureusement. Une souffrance atroce m’élançait en provenance de mon bras et de mes mollets, et lorsque je voulus les bouger, je ne pus contenir un hurlement de douleur. Je me redressai avec peine pour constater l’étendu des dégâts, et découvris avec horreur mes draps ensanglantés.
Habillée de mes vêtements de la veille déchiquetés, souillés de terre et de sang, mon corps gisait dans une mare rouge. Mes jambes et mon bras charcutés n’étaient plus que des plaies béantes. Je n’avais donc pas rêvé, tout cela était bien réel, j’avais été attaquée par un loup!
Je crus que j’allais vomir au bord du malaise, mais je réussis tout de même à me redresser hors de mon lit. Dehors il faisait encore nuit, mon réveil n’affichait que 2H15 du matin. Non, ce n’était pas possible, cette course poursuite, la rencontre avec Gaetan et Aurora…tout cela m’avait semblé durer une éternité…
Il fallait que j’aille d’urgence à l’hôpital, mes blessures semblaient beaucoup plus importantes que dans mon cauchemar, c’était une véritable hémorragie et je supportais assez mal la vu du sang. Mon frère devait être encore en train de travailler dans le salon, et bien que j’aurais préféré lui cacher mon état, je n’avais pas le choix il fallait qu’il me conduise aux urgences. Je rejoignis difficilement l’escalier,  et tentai de le descendre prudemment accrochée à la rampe pour m’éviter de tomber. Mes jambes me faisaient vraiment très mal, et je sentais qu’elles risquaient bientôt de me lâcher.
- Théo…Théo…l’appelai-je d’une voix faible.
- Quoi? Je suis en train de travailler avec Conrad, on en a encore pour des heures c’est vraiment pas le moment! L’entendai-je répondre du salon avec impatience.
- Théo vient m’aider je t’en supplie…
A bout de force, je m’effondrai lourdement dans l’escalier. Le choc fut brutal, et mon frère accourut immédiatement en entendant ma chute, suivit de Conrad qui à mon grand regret n’était toujours pas parti.

 

 

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Lorsqu’il découvrit l’état de mon corps, la panique s’empara de Théo, qui ne put s’empêcher de hurler, choqué. Je lus dans le regard de Conrad une profonde inquiétude mêlée de stupeur, lui aussi semblait complètement déstabilisé. Ils se précipitèrent sur moi pour m’allonger sur le dos et ausculter mes entailles.
- Oh mon Dieu! Jess…que t’es-t-il arrivé…Comment t’es tu fait…QUI t’a fait ça?
- Je n’en sais rien, je dormais…
- Il faut lui faire un garrot et l’emmener d’urgence à l’hôpital! Aide moi à la porter jusqu’à la voiture, s’exclama Conrad en glissant précautionneusement ses mains sous mes épaules. Cette proximité inhabituelle avec lui me mit immédiatement mal à l’aise. J’avais honte de me montrer aussi faible et vulnérable devant lui après tous mes efforts port lui paraître forte et invincible.  Mon frère s’empressa de me soulever les jambes, évitant de toucher mes blessures.
Épuisée, je tombais finalement dans un état d’inconscience, le son de leurs voix se brouillant dans mon esprit, puis le trou noir…

 

 

 

 

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Lorsque je revins enfin à moi, je sentis la tiédeur  rassurante d’une main se crisper sur la mienne. Un bip répétitif résonnait dans ma tête, je compris que je devais être à l’hôpital.
- Jess, tu m’entends? Parle moi si tu m’entends…
- Laissez-lui le temps de reprendre ses esprits, l’effet de la morphine ne s’est certainement pas encore dissipé, dit une voix de femme sur un ton ferme.
Je réussis à ouvrir lentement mes yeux, ma tête tournait désagréablement et une sensation de lourdeur étrange s’écrasait sur tout mon corps.
Éblouie par la lumière vive de la chambre, je mis instinctivement ma main devant mes yeux en grognant.
- Baissez la lumière…marmonnai-je.
- La lumière? Mais il fait tout sombre dans la chambre, répondit Théo surpris.
- Elle est trop forte, elle me fait mal à la tête, éteignez là!
- Conrad, tu peux éteindre la petite lumière, laisse la porte du couloir ouverte pour éclairer…C’est mieux comme ça ma puce?
Je dégageai enfin ma main de mon visage, et malgré la lumière éteinte, discernaischaque détail de la pièce avec la même netteté qu’en plein jour. Théo était penché sur moi, les traits tirés par l’inquiétude et la fatigue accumulées de ces derniers jours. Conrad se tenait derrière lui, l’air impassible et mystérieux.
- Comment te sens-tu?
- Ça va…les anti-douleurs font leur effet…
- Qu’est-ce qu’il t’est arrivé?
- Je n’en sais rien, je dormais…J’ai du faire une crise de somnambulisme et me blesser en tombant dans l’escalier…
- On ne se blesse pas ainsi dans une chute! Si tu t’es fait du mal il faut que tu m’en parles. Je sais que tu traverses une période difficile en ce moment et…
- Oh non! Maintenant tu m’accuses d’auto mutilation? C’est n’importe quoi… ne vas pas te faire tout un film ce n’est qu’un accident.

 

 

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Comment pouvait-il imaginer que j’avais pu m’infliger ces blessures de moi-même? Cela faisait bien longtemps que j’avais dépassé cette période sombre de ma vie. J’avais bien traversé des moments difficiles de doutes et de dépression après la mort de mes parents, mais tout cela était loin derrière moi et je n’avais plus aucune idées noires depuis au moins deux ans.
 Conrad me fixait d’un air étrange, comme si il avait cherché à lire dans mes pensées. Et bien qu’il ne puisse pénétrer mon esprit, je lus dans son regard qu’il n’était pas dupe lui non plus, mais il ne dit pas un mot.
- D’accord, tu as besoin de repos on reparlera de tout ça demain quand tu auras bien dormi et que tu seras remise du choc.
- Oui si tu veux…
Je ne me sentais pas en état d’improviser un bobard plausible à lui raconter, et je ne voulais pas prendre le risque de dire quoi que ce soit de compromettant devant Conrad. Je n’avais qu’une envie, me retrouver enfin seule pour essayer de joindre Gabrielle et Dylane.
Je m’inquiétais de leur état, elles aussi avaient été mordues par les loups et je devais m’assurer qu’elles allaient bien à présent que j’avais enfin retrouvé ma lucidité.
Théo déposa un tendre baiser sur mon front avant de s’éloigner hésitant.
- Ne vous inquiétez pas, elle est hors de danger ce ne sont que des blessures superficielles, elle a juste besoin de repos, pressa l’infirmière en escortant les deux hommes vers la sortie.
- Je reviens te chercher demain matin, et l’hôpital m’appellera au moindre problème…je t’aime, lança-t-il avant que celle-ci ne referme la porte.

 

 

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J’attendis un instant avant de me redresser péniblement sur mon lit, ma tête se mit à tanguer immédiatement, encore groggy. L’effet de la morphine me rendait toute fébrile, mais à mon grand soulagement, je ne ressentais plus aucune douleur de mes membres. Malgré l’obscurité de la chambre, mes yeux s’accoutumèrent sans difficulté, et à mon grand étonnement, j’avais l’impression de voir comme en plein jour. Mon bras et mes jambes étaient recouverts de bandages, une perfusion enfoncée dans ma main. Beurk! Je détestais les aiguilles, et détournai  immédiatement mon regard avec dégoût. Il fallait que je me concentre sur Gabrielle pour me connecter à ses pensées.
«  Gaby…Tu m’entends? Est-ce que tu vas bien? Réponds moi je t’en prie » pensai-le plus fort possible à son intention.
J’attendis un instant avant de l’entendre enfin, et poussai un long soupire de soulagement.
«  Oui ça va…Je suis en train de soigner ma main dans la salle de bain, j’essaie de faire le moins de bruit possible…Et toi, tes blessures? Tu es à l’hôpital! » Comprit-elle en lisant mes pensées.
«  C’est plus laid que je ne le pensais, il m’a bien amoché le clébard! Je suis tombée dans les pommes à cause de la vue du sang, il y en avait partout c’était dégoûtant…Tu as des nouvelles de Dylane et Alicia? ».
Une seconde voix apparut alors dans mon esprit.
«  Moi je vais bien je n’ai pas été blessée, mais je n’arrivais pas à te joindre depuis tout à l’heure, je m’inquiétais pour toi… » je reconnus facilement la voix de Dylane, plus forte que celle de Gaby.
«  Et Alicia? L’une de vous deux l’a entendu? » Me risquai-je à demander, inquiète.
«  Non, et ce n’est pas mon problème! » Répondit-elle sans aucune considération pour notre ennemie commune.
«  Moi non plus, je ne l’ai pas entendu, mais je n’ai pas cherché à lui parler » ajouta Gaby.
« Eh! Elle m’a défendu dans la forêt lorsque le loup m’a attaqué…je sais qu’elle est insupportable mais elle a subi le même cauchemar que nous, et là elle est toute seule, et peut être blessée. Alors il faut s’assurer qu’elle va bien même si nous ne la portons pas dans nos cœurs. Nous sommes liées à elle qu’on le veuille ou non. »
Gabrielle et Dylane marmonnèrent chacune dans leurs coins quelques remarques désapprobatrices mais inaudibles.
Une troisième voix pleine de larmes retentit soudain dans nos esprits.

 

 

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«  Je vais bien, merci de t’en inquiéter »
C’était Alicia. Je pus ressentir une profonde détresse émaner de ses émotions, elle était perdue, et se sentait seule pour la première fois face à ces phénomènes étranges qui venaient de bouleverser sa vie. Elle avait tout entendu des commentaires peu élogieux de Gaby et Dylane, et je sentais que cette indifférence de leur part pour sa sécurité l’avait réellement blessé.
«  Es-tu blessé? Comment te sens-tu? » Je ne comprenais pas moi-même cet inquiétude sincère que je ne pouvais m’empêcher de ressentir pour elle malgré moi.
«  Juste quelques égratignures mais rien de grave, merci. » Me répondit-elle mal à l’aise.

« Oh mon Dieu…suis-je encore en train de rêver? Suis-je réellement en train de lui parler par télépathie? Toute cette histoire ne peux pas être réelle, je suis en pleine hallucination…j’ai besoin d’aide je ne suis pas nette…Il faut que j’en parle à quelqu’un, me faire soigner… » Ne put-elle s’empêcher de penser à voix basse dans son esprit, sans se douter que nous pouvions encore l’entendre.
«  Non Alicia tu n’es pas folle. Il ne faut surtout en parler à personne! » M’empréssai-je de répliquer pour l’en dissuader. Elle cessa soudain toute réflexion, paralysant ses pensées - «  Elles entendent tout…Je ne dois plus penser à rien, faire le vide…C’est horrible elles espionnent tout dans ma tête je n‘ai plus rien à moi…Tais toi, arrête de réfléchir…visualise un mur blanc, oui un mur blanc sans émotions… ».
Je sentais que notre présence intrusive hors de son contrôle commençait à la faire paniquer. J’imaginais l’horreur que cela devait être de se sentir encerclée de l’intérieur par trois esprits hostiles. Elle était sur le point de craquer, au bord de la crise d’angoisse.

 

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«  Alicia, calme toi je t’en prie. Je sais que nous ne sommes pas amies et que c’est encore plus difficile pour toi de supporter la situation. Nous allons trouver un moyen de régler ce problème, et en attendant, nous feront tout notre possible pour fermer nos esprits à tes pensées. Vous êtes d’accord les filles? On se concentre toutes les trois pour sortir de sa tête et la laisser tranquille… » Je me concentrais de toute mes forces pour devenir hermétique à ses pensées.
«  Moi je ne demande que ça, je n’ai pas du tout envie de cohabiter dans son petit cerveau de blonde. C’est bien trop étroit pour moi! » Ne put s’empêcher de répondre Gabrielle sarcastique.
«  Gaby ça suffit! Tu ne comprends pas qu’elle est sur le point de péter les plombs! Sors de sa tête et garde tes commentaires! »
Pourquoi Gabrielle était-elle aussi agressive avec Alicia, ce n’était pas à elle qu’elle s’en était prise, mais à moi. Comment ma douce Gaby pouvait-elle prendre tant de plaisir à profiter de la situation, ce n’était pourtant pas son genre d’être méchante, ou du moins je ne connaissais pas cette sombre facette de sa personnalité.
«  C’est bon je ne l’entends plus », s’exclama soudain Dylane qui à mon grand étonnement, ne fit aucun commentaire désagréable.
Non, Alicia n’était plus là, nous avions réussi à sortir de sa tête. Je ne ressentais plus sa présence, seulement  celles de Dylane et Gaby.
«  Bon débarra! » S’empressa de répliquer Gabrielle à voix haute.
«  Mais qu’est-ce qu’il te prend Gaby? Elle n’y est pour rien si nous sommes connectées à elle, Alicia aurait certainement voulu s’en passer si elle avait eu le choix! Alors ça ne sert plus à rien de s’acharner sur elle ».
Je ressentis un sentiment de colère monter soudainement en elle.
« - Pourquoi prends-tu sa défense? Cette peste s’attaque à toi depuis la rentrée, et maintenant tu fais comme si de rien était? Si ça continue tu vas bientôt nous demander d’être ses amies pendant qu’on y est…Moi je ne pardonne pas aussi facilement, elle n’a que ce qu’elle mérite et pour moi la guerre n’est pas finie! »  

 

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« - Les choses sont différentes à présent! On ne peut pas continuer à faire comme si rien n’avait changé. Gaetan nous a bien dit de rester unies, et tant que nous ne savons pas ce que tout cela signifie et comment inverser ce processus, nous devrions mettre de côté nos petits conflits qui n’ont plus aucun sens depuis cette nuit. » Tentai-je de la raisonner. Mais Gaby restait insensible à mes arguments, et ne semblait pas être prête à faire la paix avec Alicia.
«  Jessica a raison, on est toutes dans la même galère…Et même si je suis la première à rêver de lui arracher les cheveux, on ne peut pas profiter de la situation pour régler nos comptes. Il y a une grosse différence entre lui coller mon poing dans la face, et la harceler dans sa tête. Moi ça me rendrait folle à sa place, si j’avais du partager ce pouvoir avec Stacy et sa bande je me serais tiré une balle. Elle mérite pas mal de vacheries, mais certainement pas ça… » Intervint Dylane en ma faveur à ma grande surprise. On aurait dit que mes deux amies avaient échangé leurs rôles. Gabrielle, explosive se faisait tempérer par Dylane la raisonnable, le monde était à l’envers!
Je sentis l’effet de la morphine peser sur mes paupières et la fatigue m’assaillir à nouveau. Cette nuit irréaliste et mouvementée avait eu raison de mes forces, et je ne me sentais plus en état de poursuivre ce débat insoluble.
«  On reparlera de tout ça demain, j’ai eu ma dose d’émotions fortes pour la nuit, j’ai besoin de dormir… » dis-je pour mettre fin à la conversation.
«  Oui moi aussi » me répondirent-elles en cœur avant de s’éloigner de mes pensées.

«  Bonne nuit, à demain… »  



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Rassurée de les savoir en sécurité, je m’abandonnai enfin à un sommeil paisible incapable de lutter plus longtemps pour garder mes yeux ouverts.
J’avais besoin de ressentir le vide s’emparer de mon esprit, oublier cette nuit irréelle, et toute cette semaine incroyable qui avait bouleversé ma vie. Depuis toujours je n’avais cessé de fantasmer une existence palpitante et différente de ma fade et ennuyeuse routine, rêvant d’aventure et de passion. Mais tout avait basculé bien trop vite, et ces quelques jours insensés m’avaient fait perde tous mes repères. A présent je ne désirais plus que retourner en arrière, retrouver mes petites préoccupations insignifiantes et mon monde imaginaire. Redevenir cette fille quelconque amoureuse d’un homme inaccessible, raconter mes petites histoires à Sue et me chamailler avec Théo comme des enfants puériles. J’aurais tellement voulu que maman soit là, qu’elle puisse me rassurer et me dire que tout allait bien se passer pour moi. Je l’imaginais assise sur le bord de mon lit, son sourire apaisant et ses yeux pleins de tendresse veillant sur moi pendant mon sommeil en me caressant tendrement les cheveux, comme elle avait l’habitude de le faire lorsqu’elle venait me border.
Je sentais la douceur de ses doigts effleurer mon visage, ses mains si douce…si froide!


Oui, cette main glacée sur ma peau était bien réelle, et son contact me sortit immédiatement de ma rêvasserie. Mes yeux s’ouvrirent brusquement, et mon cœur s’emballa à tout rompre lorsque je reconnus la présence à coté de mon lit.

 

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Jeremy était là, debout, penché au dessus de moi le regard chargé d’émotions et de tendresse.
- Je ne voulais pas te réveiller, murmura-t-il doucement tout en continuant de caresser mon visage.
- Tu es venu…
- Dès que j’ai su ce qu’il t’était arrivé je me suis empressé de te rejoindre.
- Comment à tu su que je…
- J’ai entendu Conrad raconter à Stefan l’état dans lequel il t’avait retrouvé en bas de l’escalier. Lorsque j’ai compris que malgré mon absence tu étais en danger, je n'ai pas hésité…
Il détourna son regard emplit de révolte, la mâchoire serrée.
- Conrad a reconnu des traces de morsures sur ton corps. Mais ce n’était pas celles d’un vampire. J’étais devant ta fenêtre cette nuit lorsque tu es partie te coucher…
- Tu me surveillais?
- Oui. Je te surveille à distance pour être certain que rien ne puisse t’arriver. Conrad pense que le fait que tu ais été…mordue par moi risque d’attirer l’attention d’autres vampires sur toi, et je voulais m’assurer que tu étais en sécurité loin de moi…
  Il ne m’avait oublié, il était venu veiller sur moi en secret et cela me prouvait qu’il m’aimait encore. Stefan et Conrad ne pouvaient rien contre ses sentiments et je perçus alors une lueur d’espoir pour nous deux. Tout n’était pas perdu.
- Lorsque tu t’es soudainement endormie sur ton lit, sans même prendre le temps de te changer, je me suis approché pour m’assurer que tu n’avais pas eu de malaise. Mais quelque chose d’étrange s’est produit. Ta chambre est devenue tellement sombre qu’il m’était impossible d’y voir quoi que ce soit à l’intérieur. Et pourtant mes yeux n’ont pas besoin de lumière…J’ai essayé de rentrer par la fenêtre, mais une force invisible m’empêchait de l’ouvrir.
- Une force invisible?
- Oui…J’ai pensé que peut être mon clan avait trouvé un moyen de jeter un sort entre nous pour m’empêcher de t’approcher…et puis je savais que Conrad était chez vous et qu’il veillait sur toi. Mais quand j’ai su que tu étais ici…

 

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Ses yeux gris envoûtants étaient plongés dans les miens, intenses et pleins de désir. Sa main parcourait avidement mon visage, comme si c’était la dernière fois qu’il pouvait le toucher. Tout mon corps frissonnait au contact de ses doigts, et je sentais une tension magnétique s’intensifier entre nous. Je voyais bien qu’il hésitait à se rapprocher un peu plus de moi, et que ses lèvres brûlaient du même désir de m’embrasser que les miennes.  
- Tu m’as manqué, tu n’imagines pas à quel point.
- Moi aussi je n’ai pas arrêté de penser à toi, je ne regrette pas d’avoir été blessée, au moins tu es revenu…
- Non, je ne reviens pas. Je ne peux pas.
Ses mots me heurtèrent comme une gifle, il éloigna sa main de mon visage et détourna son regard du mien.
- Alors pourquoi es-tu venu? Pour m’abandonner encore?
Ma voix tremblait, je sentais les larmes monter dans ma gorge. Je ne pouvais pas le laisser partir une seconde fois, c’était trop dur.
- Je veux savoir ce qu’il t’est arrivé. Je sais que tu mentiras à ton frère et à Conrad, mais si je veux te protéger il faut que tu me dises qui t’a fait du mal.  
Sa voix et son regard étaient redevenus froids et sa distance soudaine me déchira le cœur comme si il me rejetait à nouveau.
- Oh je vois! Tu veux juste utiliser mes sentiments pour me soutirer quelques informations! C’est une idée de Conrad ou de Stefan?
- Comment oses-tu imaginer que…
- Je ne te dirais rien! Alors si ta mission était de récoler mes aveux en me soudoyant par quelques caresses tu peux t’en aller.
Je mentais, je ne voulais pas qu’il s’en aille mais la provocation était le seul moyen que je connaisse pour exprimer ma souffrance.

 

 

 

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- Je t’interdis de croire que je ne suis venu que pour t’interroger! Conrad et Stefan ne savent même pas que je suis ici, et si ils l’apprenaient j’aurais de gros problèmes.
- Je ne te comprends pas. Tu ne peux pas veiller sur moi et m’éviter en même temps. Tu dois faire un choix, soit tu m’aimes et ne laisses plus rien nous séparer, soit tu m’oublies définitivement.
- Je refuse de te mettre en danger…
- Mais je n’ai pas besoin de toi pour me mettre en danger! Et nous savons tous les deux que tu ne me feras jamais aucun mal. Mais tu es trop lâche pour affronter ton clan et te battre pour nous!
  J’avais touché un point sensible, et je vis son visage se décomposer. Il s’approcha brusquement de moi, ses lèvres tout près des miennes, le regard brûlant de rage.
- Je renierais mon âme, mon clan et ma foi si cela pouvait t’épargner la moindre souffrance. Et si je dois trahir mon cœur pour protéger le tien je n’hésiterais pas une seconde, explosa-t-il révolté par mes insinuations.
Je ne l’avais jamais vu en colère, et cette réaction inattendue de sa part m’effraya un peu. Je sentais son souffle haletant caresser mon visage, et son regard parcourir mes lèvres avec envie.
- Alors si tu veux protéger mon cœur, ne m’abandonne pas. Je ne serais jamais plus en sécurité que à tes côtés, murmurai-je timidement en rapprochant un peu plus mon visage du sien, jusqu’à effleurer ses lèvres.
Il ne put se contrôler d’avantage, et me saisit brusquement par le coup pour m’embrasser d’un baiser passionné et sauvage. Sa bouche s’empara fougueusement de la mienne dans un élan de désir, et son torse puissant se plaqua contre ma poitrine. Instinctivement, je l’encerclai dans mes bras, arrachant la perfusion de ma main. J’avais tellement rêvé de ce moment où je pourrais enfin le sentir tout à moi.

 

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Ses baisers se firent alors plus doux, hésitants, avant qu’il ne s’éloigne à nouveau de mes lèvres et blottisse sa tête contre ma poitrine en soupirant.
- Je ne suis qu’un égoïste immature…incapable de te résister
- Mais pourquoi devrais-tu me résister?
- Lorsqu’un vampire choisi d’aller contre sa nature pour le Bien, il renonce alors aux plaisirs et à la facilité. Il n’y aurait aucun mérite à choisir ce chemin si il n’imposait pas un certains nombre de sacrifices. J’ai bouleversé ta vie, mis en danger mon clan et notre mission, et aujourd’hui tu es en danger…tout cela à cause de mes choix impulsifs et égoïstes.
Je ne pouvais pas le laisser se condamner ainsi, c’était trop injuste. Je saisis alors fermement son visage entre mes mains en relevant son menton et plantai profondément mon regard dans le sien.
- Si je dois souffrir et renoncer à l’amour qui nous unit au nom du Bien, alors j’aimerais savoir ce que me propose le Mal. Si l’amour n’est pas divin, je choisirais le diable pour être avec toi.
Jeremy me dévisageait stupéfait, l’air sévère.
- Ne dis pas des choses pareilles. Tu ne sais pas de quoi tu parles.
- Et toi cesse de te laisser dicter tes choix par Conrad et Stefan! Notre histoire n’est pas impossible. Il faut savoir prendre des risques en amour, sinon ça serait trop facile. Et malgré leurs siècles d’existence ils ne comprennent rien à ce qu’il se passe entre nous.
Il saisit tendrement ma main dans la sienne, m’adressant un regard suppliant. Lui aussi était perdu, partagé entre ses sentiments et ses craintes inutiles. Il était tellement beau que j’aurais put passer toute la nuit à continuer de l’admirer en silence. Comment pourrais-je me passer de ce visage angélique, de ces yeux pleins de douceur, de ses gestes rassurants…Je devais trouver les mots qui puissent réussir à contrer ceux de Conrad.

 

 

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- Je ne suis pas certaine que les motivations réelles de ton clan pour nous séparer soient de me protéger. Je pense qu’ils ont surtout peur que je puisse te détourner de votre mission et t‘éloigner d‘eux.
- Tu te trompes, ils ne sont pas comme ça. Tu ne les connais pas.
- Tu crois? Alors comment est-ce que je pourrais savoir que Conrad t’a hypnotisé pour t’empêcher de raconter ta transformation? Si ce n’est pas une tentative de contrôle absolu je ne sais pas ce que c’est. Et Stefan m’a menacé de tout faire pour m’empêcher de m’approcher de toi et de « semer le doute » dans ton esprit. Tu ne vois pas combien ils te manipulent et se servent de toi. Tu n’as aucun libre arbitre, ils pensent à ta place et toi tu n’es pas assez fort pour leur résister.
Apparemment, j’avais enfin réussi à « semer le doute » dans son esprit. Son regard exprimait de la confusion, et je sentais qu’il remettait en question l’autorité de ses mentors. Je n’avais rien contre Conrad, mais puisque c’était sa décision qui avait suffit à nous séparer, mon seul moyen de le contrer serait de le décrédibiliser aux yeux de Jeremy, de toucher sa fierté.
- Tu me sous estimes. Je ne suis pas aussi naïf que tu l’imagines. Conrad n’a pas autant de pouvoir sur moi que ne le crois et je sais réfléchir par moi-même. Il n’est pas mon maître et ne peux rien m’imposer,  je suis libre de mes choix.
- Alors si tu me rejettes à nouveau tu seras le seul et unique coupable de mon malheur.
- Nous devrons être très discret cette fois-ci, finit-il par me dire enfin le regard fuyant.
- Tu veux dire que ce n’est pas fini entre nous?
Mon cœur s’accélérait de plus en plus vite dans ma poitrine, j’avais envie de hurler ma joie  comme une hystérique et réveiller tout l’hôpital pour partager mon bonheur.

 

 

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- Non, ça ne sera  jamais fini entre nous, je t’aime trop. Tu es mon obsession, plus rien ne compte depuis que tu es entrée dans ma vie.
Il releva alors ses irrésistibles yeux gris vers moi et s’avança à nouveau pour m’embrasser. Je me délectai de la douceur de sa langue glissant voluptueusement sur la mienne, et de ses mains possessives qui caressaient mon corps sans aucune pudeur. Son corps viril pressé contre le mien, je sentis alors son désir se durcir et réveiller en moi une fièvre brûlante et incontrôlable. Il me fixait de son regard de prédateur affamé, tout en retirant sa ceinture. Mes mains parcouraient avec délice chaque partie de son corps, dur et musclé parfaitement sculpté. Je n’avais jamais rien vu d’aussi beau que son corps, et je n’avais qu’une envie; ne faire plus qu’un avec lui.
Un bruit de pas résonna soudainement derrière la porte de ma chambre, Jeremy se redressa tellement vite que je n’eus pas le temps de le voir disparaître lorsque la porte s’ouvrit enfin.
- Tout va bien mademoiselle? La vieille infirmière alluma la lumière et inspecta ma chambre d’un air suspicieux.
- Euh, oui tout va bien pourquoi?
- J’ai entendu des bruits étranges depuis le couloir.
Elle me détailla d’un regard inquisiteur, et je réalisai subitement que ma blouse gisait sur le sol, et par conséquent, que j’étais quasiment nue. Je me hâtais de tirer le drap sur ma poitrine, rouge de honte.
- Je…j’avais très chaud, certainement un peu de fièvre et j’ai préféré la retirer…
Les sourcils froncés, elle me regardait d’un air de reproche.
- Vous avez arraché votre perfusion! Pourquoi ne nous avez-vous pas appelé?
Elle se précipita vers mon lit pour inspecter ma main.
- Non, ce n’est rien, je déteste les aiguilles et de toute façon je n’ai plus du tout mal. Je veux juste éteindre cette lumière atroce et dormir. Ne vous inquiétez pas pour moi je m’en vais dans quelques heures.

 

 

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Elle comprit que sa présence m’importunait, et se résigna à sortir en soupirant agacée. Elle devait certainement me prendre pour une folle nudiste qui parlait toute seule, et n’insista pas.
J’attendis un instant que le bruits de ses pas se soient éloignés pour appeler Jeremy.
Il réapparut immédiatement par la fenêtre d’un bond gracieux et léger, un sourire moqueur sur les lèvres.
- Ce n’est pas drôle! Bougonnai-je vexée.
- Oh que si! Le regard qu’elle t’a lancé quand elle a vu que tu étais toute nue. J’espère pour toi qu’elle ne le notera pas dans son rapport. Ça serait comique que le médecin te demande des explications devant Théo à ta sortie, lança-t-il d’un air taquin.
Je lui balançai mon oreiller qui le manqua de peu.
- Tu n’as pas honte de te moquer d’une pauvre malade dans son lit d’hôpital!
- Pas le moins du monde.
Il revint s’asseoir sur le bord de mon lit, et déposa un tendre baiser sur mes lèvres.
- Je pense que nous devrions attendre d’être dans un lieu plus intime avant de laisser libre court à nos pulsions, me murmura-t-il de sa voix la plus séduisante avec son petit regard malicieux plein d‘ambiguïté.
- Je ne sais pas si je tiendrais très longtemps, dépêche toi de nous trouver une cachette pour nos petits rendez-vous secrets.
Son sourire s’effaça soudain, et son expression se fit grave.
- Je vais devoir m’en aller avant que le jour se lève. Il ne faudra pas que tu tentes de me joindre, c’est moi qui viendrai te voir lorsqu’il n’y aura aucun risque. Je ne veux pas éveiller les soupçons du clan et tu vas certainement être sous leurs surveillance après ce qui t’es arrivé cette nuit.
- Tu reviendras vite, promets le moi…

 

 

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- Dés que je le pourrais je te le promets. Je vais continuer à veiller discrètement sur toi. Mais maintenant j’ai besoin que tu me dises qui t’a agressé tout à l’heure. Il faut que je sache contre quoi je dois te protéger.
Son regard se faisait insistant, et j’hésitai un instant à lui révéler toute la vérité sur cette étrange histoire de Kelowe et de prophétie. Mais mon intuition me disait de garder le secret tant que mes amies et moi-même n’en saurions pas assez sur cette affaire. Nous nous étions promis de ne pas en parler à qui que ce soit, et malgré mon amour pour Jeremy je ne pouvais pas trahir ma parole. J’évitai alors son regard, cherchant une réponse appropriée qui ne serait pas un mensonge.
- Je ne peux pas t’en parler pour le moment, je suis désolée.
-  Pourquoi? Quelqu’un t’a menacé de te faire du mal si tu le dénonçais?
- Non, je t’assure que je ne suis pas en danger, ce qui s’est passé cette nuit était exceptionnel et ne se reproduira plus. C’est très compliqué…
- Mais pour quelle raison ne peux-tu pas me le dire? Tu n’as pas confiance en moi?
- Bien sur que si j’ai confiance en toi, mais je ne suis pas la seule concernée par ce secret, je ne peux pas le trahir. Tout ce que tu dois savoir, c’est que personne ne cherche à me faire du mal, ça ne sert donc à rien de me surveiller je t’assure.
Il me dévisageait perplexe, surpris que je puisse vouloir garder le secret de mon agression. Mais n’insista pas et se releva enfin, prêt à s’en aller.

 

 

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- Tout ce mystère autour de ton secret m’inquiète beaucoup, j’espère que tu n’es pas en train de mijoter quelque chose de dangereux, et que tu ne tarderas pas à tout m’expliquer.
- Je te dirais tout dés que je le pourrais, je te le jure.
Sa main se serra sur la mienne, et il me saisit une dernière fois dans ses bras pour m’embrasser d’un tendre et sensuel baiser. Puis il s’éloigna, détachant ses doigts entrelacés aux miens.
- N’oublie jamais que je t’aime, et que pour toi je suis prêt à tout, au pire.
- Moi aussi je t’aime, reviens moi bientôt.
Il disparut alors par la fenêtre, tel un félin silencieux et rapide, me laissant seule dans cette chambre qui me parut soudainement immensément grande et vide sans lui.
Cette nuit avait vraiment été excessivement riche en émotions, j’étais exténuée. Le jour allait bientôt se lever, et il ne me restait plus beaucoup de temps pour me reposer. Le cœur plus léger d’avoir retrouver Jeremy, je sentis le sommeil me submerger rapidement, enivrée par son odeur qu’il avait laissé sur les draps.
Je m’endormis paisiblement, le sourire aux lèvres. Nous étions enfin réunis.

 

(...)

 

 

 

 

 

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